Je venais juste de terminer les Confessions de Jean-Jacques Rousseau (billet ICI) lorsque je suis tombée, totalement par hasard, sur ce livre d'Isabelle Marsay. Ah, les perles dénichées en librairie, en flânant entre les rayons tentateurs... Mais je m'égare... Vous n'êtes pas sans savoir que notre philosophe a eu cinq enfants en compagnie de dame Thérèse, celle qui fut sa compagne. Ces cinq bambins furent tous "confiés" aux Enfants-Trouvés, institution qui se chargeait de recueillir les nouveaux-nés abandonnés dans Paris. Ils étaient nombreux puisque durant l'année 1751, plus de trois mille enfants finirent à l'hospice.
| 10 février 1790 - Le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette visitent l’hôpital des Enfants Trouvés à Paris |
C'est à partir de ce contexte historique et littéraire que l'écrivaine Isabelle Marsay nous propose un très beau roman. Elle y fait vivre Bapiste, le fils aîné de l'écrivain. Le roman s'ouvre en 1746, alors qu'une sage-femme vient déposer l'enfant, âgé de deux jours, aux Enfants-Trouvés. Le récit déroule ensuite la vie de ce fils imaginaire. C'est l'occasion pour la romancière de brosser un tableau passionnant de la vie au XVIIIe siècle. Elle nous offre une image de la vie quotidienne sous l'Ancien Régime à la fois vivante et haute en couleurs. L'ensemble compose donc un roman historique fort agréable à lire.
Mais elle nous propose aussi une flânerie dans l'oeuvre de Rousseau puisque les chapitres qui concernent la vie de Baptiste alternent avec des extraits des ouvrages du philosophe. Ainsi, on entre très vite dans cette histoire, tout en se questionnant sur le choix de Rousseau. A la fois invitation à la découverte de ce siècle tout autant que de l'oeuvre de l'écrivain, ce roman est vraiment une réussite. L'écriture, fluide, nous conduit rapidement à l'envie de découvrir au plus vite la suite des aventures de l'enfant, mais elle invite aussi à la réflexion, sans ennuyer une seconde. De plus, l'écrivaine ne juge pas. Elle dépose simplement devant les yeux du lecteur un texte fictif et quelques pièces à conviction tirées des livres du philosophe... le tout associé à la question qui surplombe l'ensemble du texte : comment accorder ses paroles et ses actes ?...
| J.J. Rousseau |
"L'hiver, une trentaine de nourrissons étaient chaque jour déposés à l'hospice. Déposés par une sage-femme, parfois par les parents, ou par des passants qui avaient l'heur de découvrir de petits corps transis, souvent à demi-morts, dans des ruelles obscures, sur le parvis des églises, près des maisons cossues, à la merci de la nuit, des chiens, des rats ou des garçons de mauvaise vie.
D'autres petits étaient acheminés de la province vers Paris par des commissionnaires qui les transportaient sur leur dos, dans des boîtes matelassées qui pouvaient en contenir trois. Ficelés dans leur maillot, serrés, comprimés, respirant l'air par le haut, la plupart des nourrissons périssaient de faim, de fatigue ou de froid. (...)"
L'avis de George, tout à fait convaincue aussi...







