Alors que l’on
fête en ce moment Duras, Shakespeare et Gary, entre autres, les éditions de
L’Herne viennent de publier un très beau livre dans leur collection
« Correspondances ». Il s’agit
des lettres de Colette à Musidora, qui couvrent la période de 1908 à 1953. Les
deux femmes se rencontrent alors que la future « vamp » n’a que
dix-sept ans. En 1943, Colette, dans Nudité,
écrit : « Musidora que j’ai
connue au sortir de l’enfance ». La romancière est alors encore mariée
à Willy et celle qui va devenir la muse du cinéma muet est fascinée par le rôle
de Claudine créé par Polaire… tout autant que par l’écrivaine à laquelle elle
va envoyer des missives enflammées. Colette répond. En 1912, les deux femmes se
retrouvent sur une scène de music-hall et c’est le début d’une amitié
indéfectible, qui résistera aux nombreuses turbulences que devront affronter
les deux artistes.
Les lettres présentées ici dans un texte établi, présenté et
annoté par Gérard Bonnal nous permettent de suivre les étapes de cette relation
amicale. Seules les lettres de Colette sont présentées, celles qu’elle a envoyées
à son amie et d’autres adressées à Pierre Labrouche, peintre et graveur, ami de
Colette et amoureux passionné de l’actrice.

Ce livre est à
recommander à plusieurs titres. Tout d’abord, il est très beau et agréable au
toucher ! Le titre orangé est mis en valeur par la couverture vert
d’eau. À l’intérieur, le texte est bleu et aéré, ce qui rend la lecture fort
agréable, d’autant plus qu’elle est agrémentée par des illustrations. Ensuite,
il permet de se replonger un peu dans l’univers
artistique de la première moitié du XXe siècle : music-hall, mime, théâtre
et cinéma muet revivent sous la plume alerte de Colette. Enfin, pour tout
admirateur de l’écrivaine, ce livre est l’occasion de suivre à nouveau les
étapes de sa vie au travers de l’évolution de cette amitié constante et fidèle.
Une lecture vraiment agréable, qui de plus accepte les pauses ou les lectures
sur des temps courts. Car Colette
épistolière reste Colette, et l’on retrouve avec grand plaisir les saveurs des Vrilles de la vigne au travers de
certaines de ses lettres… j’ai dévoré l’ensemble sans bouder mon
plaisir !
Extrait
« Le cadre de ma fille est délicieux. Tout est verdures craquantes
et juteuses, roses, orchidées sauvages, myosotis, « compagnons » des
prés qu’on ne peut pas cueillir sans qu’ils se fanent, - et l’odeur de tout
cela, le matin et le soir, donne à la fois sommeil et envie de ne pas dormir.
Les rossignols, les rainettes, et les petits crapauds à voix de cristal ne
dorment d’ailleurs jamais. Il faudra quitter tout cela samedi…. A samedi donc,
mon petit Musi-aîné (plaisanterie de Colette qui considère Musidora comme
sa fille. Depuis la naissance de Bel-Gazou, Musi est donc
« l’aînée », note de Pierre Bonnal, p. 51) . Nous t’embrassons
tous deux, tendrement (…) »
Lettre de mai 1914
rédigée à Castel Novel, lieu de séjour de Colette et de son époux de l’époque,
Henry de Jouvenel