Quel film ! Alors que je commence à rédiger ce billet, je suis encore sous le charme de cette séance de cinéma... Deux heures trente passées presque aussi vite qu'un coup de pinceau. Ce biopic signé par Mike Leigh nous raconte les vingt-cinq dernières années de W. M. W. Turner (1775-1851). Le film se divise en deux parties séparées par la mort du père.
Dans la première partie, nous découvrons la vie domestique et professionnelle du peintre. Père visiblement peu intéressé par sa famille, il a quasi abandonné son ex-compagne et ses deux filles. Il est secondé dans son travail par son père qui achète les poudres de couleur, fabrique les toiles et veille à la bonne marche de la maison. Une gouvernante fidèle et d'une patience à toute épreuve - la pauvre - veille également à l'intendance. Artiste déjà reconnu, il vit dans une "maison-musée" où il fait admirer ses toiles mais il expose aussi avec ses camarades de la Royal Academy of Arts. Personnalité bourrue et peu loquace, il consacre toute son énergie à son art dédié à la lumière solaire.
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| Turner et sa gouvernante |
Après la mort de son père, l'artiste s'isole encore plus et régulièrement, s'éloigne en direction de la mer. Il prend une chambre dans une petite auberge où il va rencontrer celle qui va devenir sa dernière compagne, Mrs Booth. Cette nouvelle relation semble lui insuffler une nouvelle vie artistique et ses toiles, toujours aussi lumineuses, vont également aller vers plus d'abstraction.
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| Turner et Mrs Booth |
J'ai été totalement conquise par ce film. Tout d'abord peut-être parce qu'il nous laisse le temps d'aller à la rencontre des personnages, sans nous donner les clés de personnalités ni prévisibles ni formatées. Turner est un vieil homme taciturne. Il s'exprime peu et lorsqu'il se décide à communiquer, il émet parfois uniquement des grognements dignes d'un ours des cavernes. Il montre une grande sensibilité mais en même temps est capable de trousser les jupes de sa gouvernante pouvant à peine respirer, le nez dans les livres de la bibliothèque... Il séduit pourtant Mrs Booth de manière à la fois sophistiquée et juvénile. Enfin, vous l'avez compris, nous voilà dans des effets d'estompage face à l'humain qui n'est jamais concentré dans une seule de ses facettes.
J'ai également aimé la manière de filmer les corps, et les visages. Les gros plans sont nombreux et nous permettent d'aller quêter le monde intérieur des personnages. Tous ces portraits (je pense ici à la belle scène de la photographie) nous mettent face à des visages enfin ridés, qui expriment une palette très large de sentiments parfois contraires. Quand la planète botox s'éloigne, on a tout à coup l'impression de redécouvrir la vie...
Et puis, bien sûr, il y a la peinture... Le film présente des couleurs proches de celles du peintre et la photographie a été très travaillée. Je pense par exemple à cette magnifique image du peintre, juste après la mort de son père. Il est seul, dans une barque. Il pêche dans ce qui semble un petit lac entouré de végétation. L'ambiance glauque et aquatique est presque irréelle (la photo ici proposée ne rend que très partiellement l'impression ressentie au cinéma... et il manque le plan en plongée...).
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| Mr Turner |
Le réalisateur a laissé une grande place à la peinture. Il n'a pas eu peur de filmer les tableaux ainsi que le travail qui accompagne la création, même lorsqu'il s'agit de cracher sur une toile pour diluer un effet de couleur. Mention spéciale pour la manière de filmer le contraste entre la beauté artistique des toiles et la rugosité de l'homme.
C'est de la belle ouvrage, le genre de film qui invite à retourner au cinéma, à aller au musée et à découvrir toute la production de Turner... Initiateur du mouvement impressionniste mais issu du romantisme anglais, le peintre me permet d'ajouter un billet coloré et enthousiaste au challenge romantique !