samedi 25 avril 2015

Projet 52 (17) - Ville

C'est beau une ville la nuit...
encore plus quand la lumière se met en mouvement.
Paysages nocturnes capturés de chez moi, le soir du 25 avril 2015.
Et une nouvelle participation au projet 52 de Ma'.

mercredi 22 avril 2015

Littérature jeunesse, en vrac, pour « grandmoyen »



Traqué d’Andrew Fukuda

     J’ai pris beaucoup de retard dans la rédaction de mes billets. Je voulais pourtant absolument vous parler de cette excellente série de littérature jeunesse doublée de littérature vampirique ! Un échange de commentaires avec Lor a accéléré le processus car elle semblait intéressée pour l’un de ses enfants. Ce billet est donc dédié à « Grandmoyen » !
  Je lis peu de littérature jeunesse et suis tombée totalement par hasard sur ce livre, à la bibliothèque. Il était classé en science-fiction et il faut avouer que l’ouvrage est à la croisée de plusieurs genres (fantastique, science-fiction, jeunesse). Comme j’ai un faible pour les ouvrages inclassables, ce livre était pour moi… 
  Le début ressemble furieusement au classique de Matheson, Je suis une légende. En effet, dans un monde futuriste, la planète est peuplée de vampires. Ils ont pris totalement possession de la terre et les humains semblent avoir disparus. Toutefois, il reste un humain, Gene, jeune homme de dix-sept ans héros du livre. À la première personne, il raconte la manière dont il a réussi à survivre dans ce milieu plus qu’hostile. Son père, avant de disparaître (sans doute dévoré), lui a appris à se faire passer pour un vampire. Il a donc grandi au milieu de ses prédateurs et se conduit comme eux. Cela n’est pas sans risque car il doit masquer toute odeur humaine et bien sûr éviter à tout prix de saigner… Lorsqu’il rit, il doit se gratter fébrilement le poignet et surtout, éviter d'activer le moindre signe sur son visage.
  Gene arrive donc à se fondre dans la foule des vampires... jusqu’à ce qu’il soit sélectionné pour un jeu collectif. Tous les dix ans, le gouvernement organise une chasse, la « loterie homifère », destinée à une poignée de vampires. Quelques humains détenus en captivité sont lâchés dans la nature et les participants peuvent alors laisser libre court à leur instinct de prédateur. Gene va donc se retrouver en bien fâcheuse posture, ses comportements humains, dans ces conditions, étant beaucoup plus difficiles à masquer.
  Je suis entrée très rapidement dans cette histoire… à un point tel que j’ai acheté le premier tome et me suis ruée sur le deuxième que l’on trouve aussi en version poche. Pourquoi un tel engouement ? L’attrait exercé par cette série tient essentiellement en trois points. Tout d’abord, c’est bien écrit et le suspense fonctionne du début à la fin (ce qui n’est pas toujours le cas en littérature jeunesse, il faut l’avouer). Ensuite, le mythe du vampire est ici bien renouvelé. Les théories scientifiques tiennent la route et le comportement des vampires, évolutif, questionne tout en étant assez effrayant (attention, quelques passages gores). Mention spéciale à leur technique pour dormir… Enfin, tout l’intérêt de la série réside dans ce qu’elle met en évidence grâce aux déviances vampiriques, à savoir ce qui fait de nous des êtres humains. Gene devant, en permanence, contrôler ce qui fait de lui un humain, le roman nous invite à réfléchir sans le savoir sur ce qui caractérise « l’humanité ».  
  Le deuxième tome est tout aussi intéressant que le premier. Je ne vous dévoile pas l’intrigue car cela vous révélerait une partie de la fin du premier volume… Un troisième tome est sorti en grand format. J’ai pour le moment résisté à tout achat impulsif, pour le moment...


Enclave d'Ann Aguirre 

     Moins bien écrit et moins intéressant mais assez efficace, le livre d’Ann Aguirre surfe sur la vague apocalyptique qui balaie les rayons de SF. Dans un monde en ruines, l’héroïne du roman vit dans une « enclave ». Dans les souterrains de la ville qu’elle ne connaît pas, elle vient d’être élevée au grade de chasseuse. Elle a donc perdu son nom d’enfant (Fille 15 !) pour devenir « Trèfle ». Elle pourra maintenant partir chasser les monstres qui hantent les alentours de l’enclave et se nourrissent de tout ce qu’ils trouvent… On apprendra plus tard que ces monstres sont en fait des mutants et que leur transformation est sans doute liée aux armes utilisées durant le « second holocauste ». Les Aînés, qui ne vivent pas beaucoup plus longtemps que vingt-cinq ans, ont fixé les règles d’un monde qui se limite à la survie en milieu très hostile… Tout va pour le mieux dans le plus dangereux des mondes possibles donc, jusqu’à ce que Trèfle et son second, Del, soient exilés de l’enclave. Ils vont donc être obligés de monter « au dessus » et devront affronter les gangs qui ont pris le contrôle de ce qui reste de la ville…
Ici encore, c’est une série et ce premier volume en appelle un second, qui, je crois, n’est pas encore sorti. Si cette lecture a reposé mes neurones en surchauffe, je n’irai pas jusqu’à courir après le deuxième volume, quoique… Pour amateurs de fins du monde et d’ambiance apocalyptique…



dimanche 19 avril 2015

Projet 52 (16) - Se déplacer

Kerlouan, été 2009

     Pour cette nouvelle participation au Projet 52 de Ma', j'ai été obligée de piocher dans mes vieilles photos (voyez la légende...). En effet, partie aujourd'hui en bord de mer bien décidée à vous proposer un bateau (car, pour se déplacer, il n'y a rien de mieux), devinez quoi... j'avais oublié la carte mémoire de mon appareil photo. Quelques photos dans la boîte sur le disque dur, je rentre et... j'ai oublié le câble de l'appareil près de mes bois... Ou quand on atteint les limites des miracles de la technologie... Mais des bateaux, j'en ai plein, je ne me lasse pas de les photographier ! En plus, le ciel d'aujourd'hui valait bien celui de l'été 2009 en Finistère ! Je vous souhaite un excellent dimanche à tous, avec du repos et du soleil.

vendredi 17 avril 2015

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie de Katarina Mazetti


     Katarina Mazetti a fait une entrée remarquée dans le monde des écrivains avec Le mec de la tombe d’à côté. Le succès de ce premier roman (que je n’ai pas lu) paru en 2006 ne l’a pas empêchée de continuer à écrire, et dans des registres variés puisque son 8e roman se déroule à l’est du Blekinge, à la fin du Xe siècle. Elle nous emporte donc en ces temps obscurs du Moyen Âge, à l’époque dite des Vikings. Les mordu(e)s de la série éponyme trouveront ici un très bon produit de substitution entre deux saisons…
Katarina Mazetti aime l’histoire et lit des romans historiques. Dans l’intéressante postface du roman, elle explique comment elle s’est instruite sur une période qui n’a laissé que peu de documents en terme de sources écrites. Les matériaux « en dur » sont déjà plus nombreux : gravures rupestres, tombeaux et nécropoles abondent. Mais il existe aussi des bateaux-tombes, des barrières de pieux et des pierres runiques. L’écrivaine a bien sûr puisé dans les contes et sagas dont les fameuses sagas islandaises. Pour ceux que le sujet passionne, le musée historique de Stockholm est une mine… 

Pierre runique
 L’histoire
  
   Tout commença dans une ferme délabrée à Möckelö, île située sur la côte est du pays, le Blecinga bordé par la mer Baltique. Le propriétaire de la ferme en question était un grand gaillard aux cheveux grisonnants que l’on reconnaissait à cause de sa lèvre fendue mal dissimulée par une barbe épaisse. L’homme aux yeux bleus s’appelait Säbjörn et exerçait le métier de charpentier de marine. Il construisait des bateaux, et s’avérait particulièrement doué pour fabriquer des knörrs, larges esquifs destinés aux expéditions commerciales. Säbjörn avait deux fils, Kåre et Svarte. L’homme se laissait parfois aller à des colères mémorables auxquelles personne n’osait s’opposer. Cela venait sûrement de la disparition de sa femme. Car un jour, Alfdis était partie et l’on n’avait jamais su ce qu’elle était devenue. Elle avait laissé derrière elle ses deux enfants et un mari brisé par la tristesse.
Le premier chapitre nous présente le contexte du roman et nous raconte la disparition de la femme de Säbjörn vécue comme une malédiction. Le deuxième nous emporte à Kiev chez Chernek, un marchand d’escalves. Celui-ci a une fille, Milka, et un fils, Radoslav. Tous ces personnages  seront les principaux acteurs d’un récit riche en rebondissements. En effet, une deuxième disparition mystérieuse va venir marquer l’île de Möckelö dès le troisième chapitre…

The Viking farm
Ferme viking


Mon avis

    J’ai pris grand plaisir à lire ce roman historique totalement dépaysant. Très bien documentée, K. Mazetti nous convie à découvrir le quotidien des Vikings au Xe siècle. J’ai été particulièrement intéressée par le sort réservé aux femmes (la bibliographie de l’ouvrage permet de creuser le sujet mais hélas, la plupart des ouvrages ne sont pas encore traduits). On apprend donc avec plaisir car le livre n’est pas ennuyeux du tout et encore moins surchargé de détails qui viendraient alourdir l’intrigue. On s’attache très rapidement aux personnages et la seule difficulté, au départ, a été pour moi de retenir leurs noms. Je pense d’ailleurs qu’il vaut mieux se plonger dans le livre et ne pas trop le lâcher afin de rester « baigné » dans cette atmosphère tout à fait particulière.

Je n’ai pas lu d’autres romans de Katarina Mazetti mais la construction de cet ouvrage montre qu’elle maîtrise parfaitement bien les techniques romanesques. On bondit d’un chapitre à l’autre, on s’attache à Petite Marmite et à Poisson d’Or, les deux étranges esclaves de Milka, on rêve d’un Orient Moyenâgeux et on frissonne en lisant les récits de pillage… n’est-ce pas romanesque à souhait ?
Je remercie donc chaudement Claudia pour ce prêt ! Son billet est ICI.

 Extrait

« Svarte avait un point faible. Il n’aimait pas faire commerce d’esclaves. Ils se plaignaient, étaient récalcitrants et suivaient d’un regard haineux ses moindres mouvements à bord, même quand ils étaient mis aux fers. Ou alors ils répandaient les maladies du sud, ou mouraient subitement au beau milieu d’une traversée, de sorte qu’on ignorait toujours combien on en ramènerait. Il savait que quand il accosterait à Stenshamn sur Utlängan pour décharger sa cargaison, son père se tiendrait sur le plus gros ponton et lui crierait de loin : « Combien » ? ».

dimanche 12 avril 2015

Projet 52 (15) - Fleur


Le Projet 52 de Ma' proposait cette semaine de s'attarder
sur une ou des fleurs.
Voilà mon petit bouquet de la semaine !
Bon dimanche à tous.

jeudi 9 avril 2015

Reflex de Maud Mayeras



     Un long week-end. Une sortie en librairie. Du temps près de mes bois. Le trio qui permet des découvertes inattendues et surtout, qui me laisse le loisir de me laisser aller à mon vice préféré à savoir, lire à volonté (on a les vices qu’on peut…).
  La découverte du mois, côté polar, c’est donc ce très bon opus de Maud Mayeras – attention, risque addictif important –. Je l’ai dévoré en deux jours, il n’a même pas tenu jusqu’à la fin du week-end malgré ses presque 500 pages. Je ne l’ai lâché que pour aller promener le chien et planter quelques bulbes prometteurs. Et encore, je l’ai emporté une fois avec moi lors de l’une des promenades afin de le lire sur un banc jusqu’à ce que le chien, excédé par tant d’immobilité, me demande de rentrer sur le champ… Mais bon, je m’éloigne de mon sujet. 
   Reflex donc, du nom d’un appareil photo, car Iris Baudry est photographe. Elle travaille pour l’identité judiciaire. Femme discrète et affublée d’un bégaiement, Iris prend des clichés de cadavres. Appelée nuit et jour sur les scènes de crime, elle arrive et shoot tout ce qui passe à portée de son appareil.
  Mais un jour, un sordide meurtre d’enfant la rappelle sur les lieux de sa propre enfance. Alors que la ville s’assèche sous le soleil de l’été, elle enfourche sa moto Superduke pour se trouver face à un corps dont les pieds chaussent du 32. Iris se croit alors en plein cauchemar. En effet, onze ans plus tôt, elle a perdu son fils de 11 ans. Or, il lui semble que le cadavre qu’elle vient de photographier porte le même signe distinctif apposé par le meurtrier sur son fils : il lui manque un lambeau de peau juste en dessous du bras. Et il va vite s’avérer, en effet, que dans la petite ville de Bellevue, où Iris apprend que sa mère vient d’être internée, un serial-killer semble avoir pris ses aises et dézingue à tour de bras.
  Après sept chapitres durant lesquels on s’installe très vite auprès d’Iris et de l’enquête qui se met en place, une deuxième intrigue nous ramène en 1919, auprès d’une petite fille, Julie, qui va être la victime de deux soudards. Alors, vous vous en doutez, le lecteur attend impatiemment de comprendre comment ces deux récits vont bien pouvoir s’imbriquer enfin. Et c’est là qu’il faut avouer que Maud Mayeras a vraiment excellé. Les deux histoires nous tiennent également en haleine avant de se rejoindre de manière particulièrement subtile. On ne voit rien venir et on s’accroche au livre comme un naufragé à sa pauvre barque. Chapeau bas ! Enfin, pour couronner le tout, c’est bien écrit. Autant certains polars finissent par être irritants à force de présent de l’indicatif et de phrases courtes, autant celui-ci sait varier les plaisirs : premier récit au présent, deuxième au passé avant que l’un ne vienne rejoindre l’autre tout en stimulant une attention rarement endormie… Dès que possible, je lirai le premier ouvrage de cette romancière (Hématome paru en 2006, qui a eu plusieurs prix et a été finaliste du prix polar SNCF). Et c’est promis, je vous tiens au courant !

Extrait

   La bille en fer gigote au fond de mes tripes et la nausée grimpe en flèche. La nuit est tombée et je reste figée devant cette cour qui me hurle de m’enfuir. Au bout de onze ans, voilà que je me traîne à nouveau au beau milieu de cette ville paumée. Ce trou dans lequel j’avais bien juré de ne plus jamais remettre les pieds. Dans mes écouteurs, la musique qui s’est arrêtée et le silence nocturne a pris la suite.
J’observe les façades qui se décomposent et la peinture écaillée des portes. L’établissement est totalement à l’abandon. Le chêne a disparu. La cour paraît nue et le charme rompu. Plus de courses d’insectes. Plus de belle ni de bête. Juste la fin du monde.
Cet arbre, le maire l’a fait abattre il y a longtemps. Juste avant la disparition de mon fils.
Swan.  
Il avait tout juste six ans.

PS
Mention spéciale pour la bande originale du livre qui s’ouvre sur Juicebox de The Strokes et se clôt par Speed of Pain de Marilyn Manson en passant par Here Comes the Sun de Nina Simone.

lundi 6 avril 2015

Premier amour de Joyce Carol Oates



     Quoi de mieux, pour une ébauche de retour sur la blogosphère « littéraire » qu’un court roman de Joyce Carol Oates ? L’ouvrage est sous-titré « Un conte gothique » mais affiche son genre : roman. Ce court récit d’une centaine de pages a dû être écrit pour une revue puisqu’il est d’abord paru dans l’Ontario Review. Philippe Rey, qui édite nombre des parutions de la grande dame américaine, a été fort inspiré de nous le proposer en édition de poche. Les aficionado(a)s de la romancière ne seront pas déçus. On y retrouve la JC Oates de la trilogie de Bellefleur et de ses autres romans au suc vénéneux. On y retrouve la moiteur du sud des Etats-Unis rempli d’alligators furieux et de crapauds qui parlent. On y retrouve la décomposition du bois des grandes maisons de maîtres qui cachent des secrets qui hurlent. Je m’y suis installée in media res, heureuse de retrouver une vieille amie chez qui j’aime prendre un thé dont la saveur, connue, est pourtant toujours renouvelée.

Ecoutez :

  La claque du soleil sur ton front, légère, comme en signe d’avertissement, il n’est même pas huit heures du matin, et, déjà, il fait chaud. Tu cours, cours ! Tes pieds s’enfoncent dans la terre spongieuse. De toutes parts résonne le vacarme furieux des oiseaux, des crapauds-buffles et des cigales. Au pied de la colline, des planches ont été posées en travers du marais ; tu te demandes s’il est prudent d’y mettre le pied, elles sont tellement pourries. (1ère page) 
 
   Durant l’été chaud et humide de ses onze ans, Josie se retrouve dans la maison de sa grand-mère Esther à Ransomville, dans l’état de New York. Sa mère a fui le domicile conjugal pour venir échouer avec sa fille dans le rôle de « parent pauvres dans la vieille maison des Burkhardt ». Les deux étages de la demeure immense dominent la rivière de Cassadaga, en lisière de marais. La maison du Révérend – aujourd’hui mort – est occupée par Esther et son petit-fils Jared Jr venu y passer l’été. Le jeune homme de vingt-cinq ans souhaite devenir pasteur presbytérien et suit des études dans un séminaire, à Rochester. 
  Alors que la mère de Josie, jeune femme de trente et un ans totalement immature, scelle sous le sceau du silence les raisons de son départ, sa fille se laisse entraîner dans un jeu malsain au fond des marais. Se tisse alors une étrange histoire de « premier amour » sur fond de moiteur. Les deux premières phrases du récit donnent le la : Le serpent noir. Tu te sens attirée !
  Alors que je m’apprête à commencer un livre de nouvelles de la même romancière, Étouffements, je referme ce court récit un peu sonnée. JC Oates nous propose ici de ces récits cruels dont elle a le secret. Un court récit charpenté et écrit, qui développe ses saveurs y compris une fois sagement installé entre Chutes et Délicieuses pourritures.

https://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2010/02/17/et-un-challenge-un/

samedi 28 mars 2015

Projet 52 (semaine 13) - Animal


Alors que ce blog présente en ce moment un côté végétatif, 
Il était temps de réveiller son côté animal. 
Voilà qui est fait ! 
Merci donc au projet 52 de Ma'...
 qui a su réveiller la Bête !
Bon we à tous

lundi 23 mars 2015

La plume, le pinceau, la prière - L'égyptologue Marguerite Naville (1852-1930) par Danielle Maurice-Naville, Laurence Naville et Corrine Eggly-Naville



Avertissement : ce billet a été rédigé par Mlle Margotte. Cette dernière, passionnée d'histoire, a lu le livre plus vite que sa mère, un peu débordée et peu présente ces derniers temps sur la blogosphère, comme vous avez pu le constater...
   C’est à travers trois voix que se déroule cette biographie de Marguerite de Naville de Pourtalès. Trois femmes, trois auteures, trois membres de sa famille s’associent pour raconter la vie tumultueuse de cette femme. Dessinatrice, pieuse, passionnée et bourreau de travail, Marguerite Naville a vécu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.
Issue d’une famille ancienne, sa vie a été marquée par le travail de son mari, Edouard Naville. Égyptologue suisse, il voyagera toute sa vie entre l'Égypte, la France, la Suisse ou l’Allemagne et travaillera notamment sur le mythe d’Horus et Le livre des morts.



Je n’ai pas apprécié le ton de cette biographie familiale. L’écriture s’est faite grâce à des journaux et des correspondances de Madame Naville, assemblés dans un récit à la première personne par les trois auteures. Peut-être trop habituée à la rigueur des récits historiques ou à la légèreté de mes lectures de loisirs - maudites soient ces bandes dessinées si chronophages - ce récit m’a paru artificiel.

Le livre est alors quelque chose de "bâtard", entre le récit historique, la biographie, l’autobiographie et l’épistolaire. Peut-être ce mélange des genres est-il quelque chose de positif. Personnellement, j’ai trouvé ça assez maladroit. Peut-être aurait-il mieux valu que les auteures choisissent des extraits et publient un recueil. Le récit, alors allégé, serait plus à même de transmettre les émotions et l’écriture quotidienne délicate de Marguerite qu’on sent parfois transparaître au fil des pages.

Ce livre a pourtant le mérite de laisser émerger ce qu’un récit historique pourrait considérer comme insignifiant. La plume, le pinceau, la prière nous plonge dans le quotidien d’une femme bourgeoise de la fin du XIXe siècle, ainsi que dans le monde passionnant des égyptologues. Nous sommes guidés dans cette balade par les nombreuses illustrations de l’ouvrage, pour la plupart des dessins de Marguerite ou des photographies. Le feuilletage de ce livre est une expédition dans les voyages des intellectuels européens et une ouverture sur leurs relations avec leurs voisins égyptiens tant contemporains que millénaires. Si ce livre n’a pas le mérite d’une belle écriture, il a celui-ci, et ce n’est pas négligeable.
http://delivrer-des-livres.fr/challenge-rentree-litteraire-2014/

Merci beaucoup aux éditions LaBaconnière pour cet envoi.

samedi 21 février 2015

Qui dira la souffrance d’Aragon ? de Gérard Guégan


Ce roman s’attarde sur quelques jours de la vie d’Aragon. En sept chapitres dont six centrés sur l'année 1952 (du premier au 8 septembre), il nous brosse la relation que l’écrivain noua avec le jeune Mahé. Ce dernier était de presque trente ans son cadet. En 1952, Aragon a cinquante-cinq ans. Il est alors au sommet de sa gloire comme écrivain et, à cette époque, siège au comité central du Parti communiste. Mahé, lui, est venu à Paris sur ordre du Kominform, afin de veiller au bon déroulement d’un procès politique d’importance.
Le roman décrit très bien l’ambiance des débuts de la Guerre froide, avec les rivalités internes au PC ainsi que sa politique d'épuration. La douleur du réveil après la Seconde Guerre mondiale et la glaçante découverte de l’horreur des camps n’auront pas endormi bien longtemps conflits larvés  et autres complots mesquins. Le roman nous plonge ainsi dans les méandres de l’Histoire du Parti communiste en France, sur fond de relation amoureuse entre Mahé et Aragon. 
Ce livre avait donc tout pour me plaire, mais étrangement, je n’ai pu entrer dans cette histoire pour deux raisons essentielles. La première tient justement au contexte historique. On en sait à la fois trop et trop peu sur des personnages pourtant essentiels et passionnants, je pense par exemple au couple Tillon dont le mari apparaît par exemple ici :
 « En URSS, l’été 1951, Mahé avait assisté de ses conseils Maurice Thorez, mais aussi Jeannette, son épouse, déchaînée contre ces deux « salopards », Mary et Tillon, qui n’avaient de cesse, à l’entendre, de lui reprocher de jouer les héroïnes alors qu’elle aurait passé toute la guerre au chaud dans une datcha de Crimée. »
Le contexte est passionnant mais si l’on ne connaît pas parfaitement bien les personnages cités, le déroulement resserré en sept journées ne permet pas de bien comprendre les enjeux des relations interpersonnelles, et encore moins les complexes enjeux historiques en ce qui concerne l'histoire du PC par exemple (sans parler du poids des anciens réseaux de la Résistance).
  
La deuxième raison s’avère sans aucun doute liée à mes lectures du moment. En effet, plongée avec délice dans Le Guépard de Lampedusa - donc dans une écriture à la fois ample et raffinée - j’ai eu le plus grand mal à me laisser porter par une prose laconique, sans parler d’une trivialité peu réjouissante… Je vous propose un court extrait :
« Ils s’embrassent aussitôt à bouche que veux-tu, tels des affamés cherchant à se nourrir l’un de l’autre.
On entend des grognements, des râles, et une fois, une seule, on entend Argon murmurer : ‘Donne-moi tout, mon grand chéri. Tout !’ »
Il est bien rare que j’abandonne un roman, mais ici, tous mes efforts n’ont pu me faire dépasser la troisième journée de cette aventure. Je suis repartie avec Lampedusa, emportée par une prose magnifique, de celle qui vous rappelle ce que littérature veut dire...
Un article à lire à ce propos ICI. Sinon, si vous souhaitez entendre l'auteur, il est passé à La Grande librairie le 19 février, vous pouvez encore voir l'émission ICI.

http://delivrer-des-livres.fr/challenge-rentree-litteraire-2014/

Je remercie encore une fois les éditions Stock, et tout particulièrement Valentine.