mercredi 13 avril 2016

Daddy love de Joyce Carol Oates

   Daddy Love, c’est le surnom d’un homme qui enlève des petits garçons pour les soumettre à sa volonté. Un jour d’août 2012, il s’attaque à Robbie, 5 ans, et à sa mère. L’enfant disparaît et les parents entrent dans un monde nouveau. La mère milite dans une association d’aide aux parents d’enfants disparus pendant que le père continue à espérer le retour éventuel de l’enfant, tout en participant à toutes les interventions qu’il estime pouvoir être utiles à cet éventuel retour. Je m’arrête ici en ce qui concerne l’intrigue afin de ne pas vous dévoiler la fin d’un roman à l’impact certain.
   Ce dernier roman de Joyce Carol Oates pourrait être un roman policier. Les ingrédients habituels du polar sont présents : un enlèvement d’enfant, une enquête qui tourne court mais des parents qui continuent à attendre et à chercher, un psychopathe d’une perversité glaçante. Sauf que la romancière américaine ne braque pas le projecteur sur l’enquête. Elle n’utilise pas non plus le suspense, ou peu. Si le roman fait frémir, c’est justement parce que l’important est ailleurs. Cet ailleurs, il réside dans le contact avec la monstruosité. Le récit fait grandir l’enfant aux côtés de son ravisseur et nous montre la manière dont l’enfant « s’adapte » à son horrible situation. Il nous laisse entrevoir tout autant les rouages de l’esprit dérangé de Daddy Love que des aménagements aveuglés de ceux qui seront en contact avec lui et avec l’enfant.
   Les habitués de ce blog savent combien j’admire le talent de Joyce Carol Oates. J’ai pourtant hésité avant d’acheter ce roman. Le sujet me semblait peu propice au « romanesque » et je redoutais plus que tout la complaisance face à ce genre de fait divers (on a tous en tête les visages de ces enfants disparus, toujours pas retrouvés, et l’on n’ose imaginer le quotidien des parents qui vivent avec cela). Et bien je ne regrette pas du tout cet achat car la romancière a évité toute dérive de ce genre (autrement dit le registre "putassier" comme je l'ai lu dans le Télérama à propos de certaines séries). Elle propose seulement une variation sur une déviance et une réflexion sur le pouvoir de contamination du « mal ». C’est un roman profondément dérangeant car il pose de très nombreuses questions sur le libre arbitre, sur les pouvoirs de l’éducation et sur le rôle du paraître dans nos sociétés modernes. Elle invite également à de salutaires interrogations sur les pouvoirs de la religion (sujet ô combien d’actualité avec les affaires qui ont récemment éclaboussé la hiérarchie de l’Eglise à Lyon). Car Daddy Love est prédicateur et il se déplace avec un véhicule surmonté d’une énorme croix, allant de ville en ville pour prêcher la bonne parole, tout en ayant dans son pick-up un enfant enlevé…
   Le roman se clôt sur une dernière page qui s’avère tellement troublante que l’on a envie de relire le roman pour comprendre quelque chose qui restera sans doute inaccessible. Vous l’avez compris, c’est du grand art. Une fois de plus, Joyce Carol Oates nage en eaux troubles, voire ici franchement délétères, mais elle en tire un suc vénéneux tout autant qu’intelligent. Sans jamais céder à la facilité ou au voyeurisme, elle brode une fois de plus une trame sur les relations de pouvoir et les conséquences de la prédation sur les plus faibles. Les enfants victimes d’adultes en position de figure d’autorité sont des figures récurrentes dans son œuvre. Toutefois, elles sait aussi montrer leur part d’ombre, y compris lorsqu’ils sont victimes. C’est ce qui dérange souvent dans ses récits où même les faibles peuvent se transformer en salauds. Plusieurs jours après avoir fermé l’ouvrage, je pense encore aux personnages, et je tourne dans tous les sens les options laissées en suspens dans la pages finale. Du grand art je vous dis !

https://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2010/02/17/et-un-challenge-un/
11e participation au challenge JC Oates

mardi 12 avril 2016

Semaine 1 du RAT de printemps - Billet de suivi et bilan


Mardi 12 avril 2016 - 16h15

Après un bilan assez satisfaisant hier, j'ai commencé mes lectures ce matin après une promenade au bord de l'eau. Rien de tel pour se mettre en forme ! Avec un bilan de 207 pages à 23 h hier soir, je démarre la journée d'excellente humeur, prête à avaler ma PAL entière ;-) J'ai donc attaqué dès le petit déjeuner, ayant laissé la veille ce pauvre Octave des Confessions d'un enfant du siècle en assez mauvaise posture. Après un chapitre et la promenade matinale, j'ai repris les Contemplations de ce cher Hugo. A l'heure où je rédige ce billet, j'ai terminé le sixième livre. Me reste juste la postface à lire, et, plus difficile, le billet à rédiger ! Je l'ai lu en plusieurs fois, en alternant avec le roman de Musset que j'aimerais bien terminer ce soir.


Le bilan de l'après-midi est tout a fait satisfaisant : 193 pages lues. Je vais peut-être bien arriver aux mille pages prévues. Je vous souhaite une belle journée, avec autant de soleil qu'ici où la nature se réveille à grands pas !

23h30 - Lecture du soir
J'ai enfin terminé La Confession d'un enfant du siècle et juste commencé l'appareil critique proposé dans la collection des Classiques de poche. Cela sera pour demain ! Bilan de la soirée : 91 pages.

Total de la journée : 284 pages lues (491 en deux jours). Le défi n° 3. Lire un livre dont l’intrigue se passe au XIXe siècle a été relevé !

Mercredi 13 avril 2016

La journée sera consacrée à la rédaction de mes deux billets "romantiques". Je vais donc m'atteler à lire l'appareil critique des œuvres afin d'embrayer l'écriture car pour le moment, je me sens exactement comme le personnage de la caricature proposée par Christw, ICI
Après ma promenade matinale, je commence donc tardivement cette troisième journée de RAT avec les commentaires des Contemplations par Jean Gaudon.

Matinée sans soleil...
14 h - Je n'ai lu que 20 pages d'un thriller de Maxime Chattam, acheté ce matin en grande surface (où il n'y avait pas grand chose...). La lecture en est facile et cela va reposer mes neurones avant la rédaction prévue cette après-midi. 

16h30 - J'ai terminé mon billet sur Les Contemplations que vous découvrirez bientôt. J'ai lu en le rédigeant les 28 pages qui suivaient les poèmes, dont la fameuse postface de Jean Gaudon.

19h45 -  J'ai littéralement dévoré le photo-journal d'Annie Ernaux qui précède ses œuvres dans le Quarto Gallimard (90 pages). Me voilà enfin prête pour la lecture de Mémoire de fille.

Lire Annie Ernaux

23h45 - Deux chapitres (22 pages bien noires) de La Patience du diable de Maxime Chattam pour finir la journée. Ce thriller démarre fort et va sans doute me tenir éveiller dans les jours à venir ! 
En début de soirée, j'ai enfin commencé Mémoire de fille et cette lecture ne me laisse pas indifférente... J'espère pouvoir vous en parler bientôt plus longuement, au risque de saturer la blogosphère avec un énième avis sur ce livre.
Plus prosaïquement, j'ai lu 71 pages de ce livre, ce qui fait un total pour cette journée de mercredi de 231 pages. Me voilà tout à fait satisfaite de ce score honorable ! surtout en ayant rédigé mon fameux billet sur Les Contemplations (j'avais vraiment peur de "sécher"...). N'est-ce pas formidable ces jours où l'on est content de soi-même ?...
Au troisième jour de cette semaine de RAT, je cumule 722 pages de lecture. Je devrais donc, sans trop de difficulté, arriver à mon objectif des 1000 pages puisque j'ai encore 4 jours devant moi.

Jeudi 14 avril 2016

Ce matin, lecture commencée au petit déjeuner (on ne s'en lasse pas...) : un chapitre de Maxime Chattam, soit 12 pages. J'ai ensuite lu la fin de Mémoire de fille (impossible de me décrocher du livre avant...). Il faudra vraiment que je rédige un billet, c'est un livre "fort", de ceux qui restent en mémoire. 72 pages lues.
23h30 : je vais enfin éteindre la lumière. J'ai eu bien du mal à arrêter de tourner (compulsivement) les pages de La Patience du diable ! Que voilà un livre diablement efficace ! 63 pages lues ce soir.


La Patience du diable à la fontaine
Total de la journée du jeudi : 147 pages (869 pages au 4e jour du RAT)

Vendredi 15 avril 2016

16 pages lues depuis ce matin... trop de choses à faire aujourd'hui pour me consacrer à la lecture, hélas. J'espère avoir le temps de lire quelques pages ce soir !
Merci Maxime Chattam... La Patience du diable a un tel pouvoir addictif que lorsque je commence un chapitre, je ne peux m'arrêter avant d'avoir avancé un peu. Conclusion : 80 pages lues en soirée.

Bilan du jour : 96 pages et un thriller qui avance bien (965 pages au 5e jour du RAT).

Samedi 16 avril 2016

Et bien voilà, à lire tous vos billets tentateurs, j'ai fait un tour chez mon libraire aujourd'hui au lieu de me consacrer à mes lecture en cours... voilà le résultat : 

Chez mon libraire on trouve...
Pour le moment, je n'ai lu que 22 pages de La Voie des fleurs dont il faudra absolument que je vous parle ! A suivre...

20h40 : j'ai repris ma petite merveille, La Voie des fleurs. 59 pages lues et je garde le reste pour ce soir car, c'est sûr, La Voie des fleurs ouvre les portes de la zénitude propice à l'arrivée du sommeil... 33 pages du Chattam ensuite avant une pose apéro ! Je pense lire encore un peu tout à l'heure, en fonction de la durée de l'apéritif (c'est we !)... 

Plus tard... 32 pages de Maxime Chattam (je prends des risques, il y a de quoi vous couper le sommeil. Point de Voie des fleurs ici...).

Bilan du jour : 146 pages et un thriller qui avance toujours bien (1 111pages au 6e jour du RAT). L'objectif des 1 000 pages est atteint !

 
Dimanche 17 avril 2016

11h : lecture matinale de mon thriller. Si je veux atteindre mes objectifs 1 et 2, à savoir : lire un thriller et lire un ouvrage de 500 pages, il va falloir être tenace... 46 pages lues. Mais il fait beau et l'appel du dehors est le plus fort... Je vous retrouve plus tard. 

18h40 : 42 pages lues seulement... j'avance comme une tortue... mais on sait bien depuis la fable de M. La Fontaine que la tortue peut arriver sur la ligne en temps et en heure ;-) L'énigme insoutenable de la soirée sera la suivante : aurais-je le temps de terminer mon thriller avant demain ?

Source ICI
Très tard... trop tard ! : thriller terminé, 241 pages lues. Le réveil de demain va être difficile...  
Bilan du jour : 329 pages lues et défis relevés !


Le bilan de la semaine est tout a fait satisfaisant puisque j'ai réussi à aller au bout de mes trois défis : 
1. Lire au moins un thriller : La Patience du diable de Maxime Chattam

2. Lire un livre d’au moins 500 pages : le livre de Maxime Chattam en compte 573.

3. Lire un livre dont l’intrigue se passe au XIXe siècle : La Confession d'un enfant du siècle de Musset.
Au total, 1 440 pages lues. Elles seront, je l'espère, le support de billets à venir.
Je vous invite encore une fois à aller soutenir les courageuses "readathoniennes" ici : Chroniques littéraires, l'initiatrice du challenge, L'Or rouge, Arieste, My Lou Book.

lundi 11 avril 2016

RAT de printemps J1 et A ce stade de la nuit de Maylis de Kerangal

 
Ce matin, départ tranquille pour ce marathon de lecture printanier. Pour la matinée, je décide de rester dans un premier temps au XIXe siècle car j'ai des lectures à terminer. Je commence donc avec les Contemplations de Victor Hugo que j'ai déjà avancé. J'attaque à 9h15 le cinquième livre (l'ouvrage en compte six) intitulé "En marche" (reconnaissez que c'est tout à fait d'actualité...). Terminé à 11h : 80 pages d'une lecture lente mais savoureuse. La poésie nécessite un peu de lenteur...


   Je continue avec de la littérature contemporaine : A ce stade de la nuit de Maylis de Kerangal. 20 pages avant la pause déjeuner. 

 
   En début d'après-midi, après une promenade champêtre (printemps oblige), je continue le petit livre de M. de Kerangal. Belle réflexion sur les noms à la page 37, qui s'inscrit dans sa réflexion sur les lieux et les toponymes, très importants dans son œuvre : "Je pense à ces noms inscrits dans les paysages et je pense aux paysages véhiculés par les noms." Image de la corniche Kennedy et des corps d'adolescents du roman éponyme. 
   Dans ce petit récit de 74 pages, Maylis de Kerangal propose une variation autour du nom de Lampedusa. Ce texte est le fruit d'une commande passée à l'auteur à l'occasion des 14e Rencontres littéraires en pays de Savoie. Il fut alors publié, en 2014, dans la collection "paysages écrits" avant d'être réédité par Gallimard en 2015. 
   Lampedusa donc. Durant une nuit de 2013, la narratrice entend ce nom à la radio, à l'occasion d'un sordide accident : un bateau chargé de plus de 500 migrants a fait naufrage près de l'île italienne et l'on déplore près de 300 victimes. Ce sinistre événement va éveiller chez cette femme une série de souvenirs qui semblent s'ouvrir comme des huîtres cachant de sombres perles. Tout d'abord se fait le lien avec le visage de Burt Lancaster, héros du film de Visconti, Le Guépard, lui-même adaptation du roman de Tomasi di Lampedusa. Ensuite, une réflexion sur la toponymie nous emporte sur des îles visitées par la narratrice, de Stromboli à Salina, avant de dessiner une belle définition du paysage : "ce que nous gardons en mémoire après avoir cesser de regarder".
   La répétition de "à ce stade de la nuit", qui ouvre chaque chapitre, tisse le temps du récit et amorce les micro-événements émaillant le quotidien de la narratrice. Tout à la fois réflexion sur l'âme insulaire et triste constat de la violence qui sévit même sur la mer avec la mondialisation et ses trafics associés, ce texte sent l'air du large. Véritable invitation à l'errance géographique, il passe d'un lieu à l'autre, en route vers l'exil comme les migrants, ces 13 000 personnes ayant demandé l'asile cette année sur l'île.
   En une nuit, Maylis de Kerangal nous rappelle la définition d'un mot aujourd'hui peu usité : hospitalité. Entre le monde du prince de Salina qui sombre et celui d'un écrivain, le mot "Lampedusa" trace dans ce récit un "état du monde" que je vous invite vivement à découvrir. 

   Alors que je rédige ce billet, j'ai lu, à 16h30 146 pages. Je vous donne rendez-vous demain, sans doute dans l'après-midi, pour la suite de ce marathon. Je pense commencer ce soir le dernier roman d'Annie Ernaux, pour rester dans la littérature "du réel". Bonne après-midi à vous !

Vous pouvez aussi aller voir chez les autres participantes comme Revoir un Printemps (je n'ai pas encore la liste, je vais essayer de faire mieux demain, si les bibliothécaires ne me délogent pas d'ici, lassée par mes cliquetis...).

   Ajout du mardi 12/04 : j'ai continué mes lectures le soir. Au menu : La Confession d'un enfant du siècle de Musset que je dois terminer. Je reprends le livre au chapitre V de la 2e partie. Arrêt à 23 heures, à la fin de la troisième partie. 61 pages de plus, ce qui fait un total pour ce premier jour de 207 pages


samedi 9 avril 2016

Un marathon de lecture follement printanier


   Comme je suis partie près de mes bois, sans accès à l'internet, pas facile de venir chez vous ou de publier durant cette période bénie des vacances de Pâques... Toutefois, les bibliothèques dont je ne cesse de vanter les mérites, pour certaines transformées en "médiathèques", permettent d'avoir accès de manière épisodique à un ordinateur... Alors que je baguenaudais chez mes copinautes, voici que je tombe sur un RAT de printemps ! Impossible de résister. Vous pouvez trouver les détails chez "Chroniques littéraires".
Je suis inscrite en catégorie "gazouillis" et dois lire, durant la semaine prochaine, 1 000 pages.
Je me suis fixé en plus trois défis :
1. Lire au moins un thriller,
2. Lire un livre d’au moins 500 pages
3. Lire un livre dont l’intrigue se passe au XIXe siècle.
J'espère bien pouvoir venir vous tenir au courant de l'avancée des travaux, et bien sûr aller encourager les participant(e)s ! 
Bon we à vous, pensées printanières,
Margotte

lundi 4 avril 2016

Être ici est une splendeur de Marie Darrieussecq


Marie Darrieussecq a écrit deux livres cette année, une nouvelle traduction de Virginia Woolf et celui-ci, sous-titré Vie de Paula M. Becker. Il s’agit de la biographie d’une femme peintre, post-impressionniste peu connue. C’est à l’occasion de la mise en place d’une exposition Paula Modersohn-Becker au musée d’Art moderne deParis, commencée ce mois-ci, que l’écrivaine s’est lancée dans l’écriture de sa vie : « un printemps et un été pour Paula, cent dix ans après son dernier séjour parisien. »
« Elle est ici, Paula, avec ses tableaux. Nous allons la voir », affirme la romancière. Quant à moi, je ne suis pas sûre de l’avoir totalement cernée au travers de cet ouvrage sur lequel je suis partagée. 
Autoportrait de 1906
Trois points négatifs
1. L’écriture au présent. Chez Karine Giebel, cela présente le mérite de rendre l’action plus vive et d’accentuer le suspense. Dans le cadre d’une biographie qui se déroule entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, cela perturbe un peu le cadre temporel. Le déroulement chronologique est trop souvent flou, comme si les dates affichées régulièrement se trouvaient effacées par le présent historique. 
2. L’abondance de phrases courtes et non verbales, à la Duras, mais sans sa petite musique. Exemple : « Alors Paula renonce. Un froid dans la chaleur. Silence. ». L’association avec des paragraphes courts, qui fractionnent le texte, accentue l’effet mosaïque de l’ensemble. On cherche la cohérence, on passe d’un épisode à l’autre sans toujours faire le lien entre les deux. On revient en arrière pour comprendre puis finalement on continue parce que le paragraphe suivant peut se lire individuellement.
« A seize ans, partie en Angleterre chez sa tante Marie pour apprendre à tenir un ménage, Paula Becker rentre plus tôt que prévu. Elle s’est mise à dessiner, plus intensément que prévu. Sa mère l’y encourage et prend même une locataire pour financer ses cours. Et son père ne voit pas ça d’un trop mauvais œil, mais pour avoir un métier, l’enseignement. En septembre 1895, Paula a obtenu son diplôme d’institutrice. » 
3. Un livre dans lequel on n’entre pas vraiment, comme s’il s’agissait de rester sur le seuil. Il présente pourtant des atouts. Ce sont eux qui poussent à le terminer mais j’avoue avoir été tentée plusieurs fois de le laisser en plan.
Tête de jeune fille à la fenêtre
Trois points positifs
1. La découverte d’une femme peintre inconnue du grand public. L’ouvrage donne envie de découvrir son œuvre (en cela, il a sans doute atteint son but). Ses relations avec Rilke et d’autres artistes de l’époque sont une invitation à se (re)plonger dans les vies du poète mais aussi de Rodin ou de Manet.
2. Une réflexion sur la place des femmes dans les milieux artistiques. Marie Darrieussecq décrit par exemple ces tableaux de femmes qui végètent dans le caves des musées, pendant que ceux des confrères masculins trônent dans les étages. On apprend que le coût de l’apprentissage aux Beaux-Arts était plus élevé pour les femmes que pour les hommes, que celles-ci ne pouvaient peindre à partir de modèles masculins entièrement nus, les parties viriles étant donc soigneusement cachées par un slip bien couvrant… On a parcouru un peu de chemin depuis, mais voilà de quoi nous rappeler ce que pourrait être un éventuel retour en arrière… 
3. Des interventions fréquentes de la narratrice qui humanisent le propos. Alors que je suis restée étrangement à l’extérieur de ce texte, les interventions de la romancière venaient me tirer à nouveau dans le récit. Peut-être parce que ses questions ou ses remarques sont assez proches de ce pourraient être les miennes ?
« Tout ce que je savais en regardant cette toile, c’est que je n’avais jamais rien vu de tel. Une femme montrée ainsi, et en 1906. Qui était Paula Modersohn-Becker ? Pourquoi n’avais-je jamais entendu parler d’elle ? Et plus j’ai lu, et plus j’ai vu (d’autres allaitements puissants, la mère tenant son sein comme seule une femme peintre, peut-être, peut le donner à voir), plus je me disais que je devais écrire la vie de cette artiste et contribuer à montrer son travail. »

Une émission très agréable à écouter sur ce livre : Marie Darrieussecq invitée de L'Humeur vagabonde sur France Inter, ICI

jeudi 31 mars 2016

Baumes de Valentine Goby

   Je l'ai déjà dit ici mais je le répète encore une fois : on ne ventera jamais assez les mérites des bibliothèques qui nous permettent de lire, par hasard, de véritables pépites. C'est sans doute le titre qui m'a arrêtée devant ce livre au fond bleu sombre. Le titre, les couleurs et la petitesse. Il est des moments où l'on ne souhaite pas se lancer dans une lecture au long court. De Valentine Goby, je n'avais lu que Banquises (non chroniqué ici mais ce fut un vrai coup de coeur). L'auteure est par ailleurs déjà connue dans notre petit monde virtuel grâce à Kinderzimmer sur lequel j'ai lu de très nombreux billets. Ce court opus de soixante-quatre pages, court récit autobiographique de 2014, a sans doute été moins commenté. Et pourtant, voilà un petit bijou finement ciselé, de ceux que l'on porte peu mais que l'on garde comme des trophées, de ceux que l'on porte les jours de pluie et de nostalgie.
   Baumes porte un titre énonciateur. Dédié au père, il s'ouvre sur la définition polysémique du mot. Celui-ci désigne à la fois la résine odoriférante qui coule de certains végétaux et les préparations pharmaceutiques qui calment la douleur. Les odeurs suivent le père qui était parfumeur. Son corps, de retour du travail, est saturé des senteurs de l'usine où se fabriquent les parfums. Ce corps, Valentine enfant l'a nommé corusine. Désincarné, il se résume aux sillages qu'il laisse derrière lui. De plus, il est souvent absent, ce corps qui voyage au quatre coins de la terre pour dénicher les tubercules les plus odoriférants. Dès les premières pages, j'ai pensé au Parfum, livre lu et relu. Or, le roman de Süskind occupe une place prépondérante dans l'histoire de la romancière. Il sera en partie l'ouvrage de la délivrance et celui qui, peut-être, autorisera le chemin vers l'écriture. 
   Rarement un livre aura ainsi éveillé chez moi des souvenirs olfactifs si intenses. Car les parfums sont très présents et marquent les étapes de la vie de la narratrice comme ils ont pu marquer chez moi des moments de joie ou de douleur, Anaïs Anaïs, Allure, Loulou, Poême et les autres. J'ai pensé à Bonheur du jour et à son Heure bleue... et en fermant le livre, quelques senteurs lointaines, volutes mémorielles insaisissables, flottaient encore dans l'air...
http://www.theperfumebaseline.com/female-perfume/poeme-lancome/


lundi 28 mars 2016

Délivrances de Toni Morrison


Toni Morrison n’a pas son pareil pour nous faire entendre des voix qui, longtemps après la lecture, chuchotent encore à notre oreille. Dans ce onzième roman, elle compose une fois de plus une mélodie polyphonique. Les points de vue de Sweetness (mère de Bride), de Brooklyn (une amie), de Sofia (ex-taularde), et des autres, sont centrés autour de celui du personnage de Lulla-Ann surnommée Bride, jeune noire née couleur de goudron. Ce noir tirant vers le bleu effraie sa mère dès l’arrivée de l’enfant et va déterminer d’événements centraux de son existence.
   Ce poids des origines leste l’ensemble de la vie de Bride et guide l’avancée du roman. Sujet central, il ne cesse de tirer les personnages vers des directions qui les perdent. Ainsi, la peur de la mère de Bride face à la couleur de sa fille va entraîner un véritable drame pour l’enfant qui n’aura de cesse d’être enfin vue, et surtout reconnue par cette mère au regard fuyant. Booker, le petit ami de Bride, est lui marqué par un deuil impossible, celui d’un frère aîné aimé comme un jumeau perdu.  
   On retrouve ici, avec le thème des origines, celui de l’enfance brisée. Presque tous les romans de Toni Morrison présentent des enfants marqués par des existences trop tôt devenues celles d'adultes. Ils sont souvent l’écho miniature des tentatives maladroites des adultes pour ordonner une vie qui n’a de cesse de repartir sur les chemins de traverse, quand ce n’est pas pour sombrer dans quelque obscur précipice. Quand j’ouvre l’un des romans de cette romancière, j’ai l’impression de retrouver la même histoire toujours renouvelée. Il y est question de l’attraction vers la vie qui se confond parfois avec celle du vide. Il y est question du mal, celui que l’on fait à ceux qu’on ne connaît pas, mais aussi à ceux qu’on aime. Il y est question des femmes dont la couleur, répulsive ou attractive, induit un regard particulier.
   C’est peut-être ce jeu des regards qui induit l’attraction, qui, de roman en roman, nous pousse à revenir vers les nouveaux personnages de l’écrivaine. Les échos qui bruissent dans son œuvre s’éveillent dès qu’on découvre la première page d’un nouveau roman. Et c’est bien à cela que l’on reconnaît les grands…


L’incipit

Sweetness
Ce n’est pas ma faute. Donc vous ne pouvez vous en prendre à moi. La cause, ce n’est pas moi et je n’ai aucune idée de la façon dont c’est arrivé. Il n’a pas fallu plus d’une heure après qu’il l’avait tirée d’entre mes jambes pour se rendre compte que quelque chose n’allait pas. Vraiment pas. Elle m’a fait peur, tellement elle était noire. Noire comme la nuit, noire comme le Soudan. Moi, je suis claire de peau, avec de beaux cheveux, ce qu’on appelle une mulâtre au teint blond, et le père de Lula Ann aussi. Y a personne dans ma famille qui se rapproche de cette couleur. Ce que je peux imaginer de plus ressemblant, c’est le goudron (…).

vendredi 25 mars 2016

Le Cœur du Pélican de Cécile Coulon



Ce qu’il y a de passionnant, lorsque l’on suit un écrivain depuis ses débuts, c’est de voir se nouer les fils thématiques, de distinguer, au travers d’une trame encore lâche, les dessins d’une forme à venir. En lisant ce quatrième roman de Cécile Coulon, je me suis souvent interrogée sur le lien entre ses différents ouvrages. Je crois commencer à en distinguer un, vague mais présent, celui du déclassement. Et de classement, et en est bien question dans Le Cœur du Pélican qui nous propose l’histoire d’Anthime, athlète et coureur de demi-fond :
Anthime choisit de conserver sa place, s’attend à ce que le troisième, parti beaucoup trop vite, se fatigue dans les deux cents derniers mètres. C’est sa seule chance. Les deux premiers prennent de l’avance, ils se détachent, cavalent en tête, certains que la victoire se jouera entre eux. Ils ont déjà oublié les cinq adversaires qui pataugent dans leur sueur et la peur d’être disqualifiés. 
   Au travers des prismes de différents points de vue, le roman nous présente donc l’histoire d’un enfant qui, par hasard, découvre sa hargne de vaincre lorsqu’il se met à courir. Les cross du collège révèlent très vite les capacités du jeune homme propulsé du jour au lendemain héros des pistes. Les succès laissent peu de temps à l’adolescent pour réfléchir et tout semble le mener droit vers le haut du podium jusqu’au jour où il chute. Le corps blessé va radicalement transformer la vie de l’athlète qui s’enfonce alors dans une vie à l’opposé de celle dont il avait rêvé. Toutefois, le Pélican sommeille toujours en lui. Le Pélican, cet oiseau qui était son emblème de coureur. Le Pélican, l’oiseau capable de mourir pour nourrir ses petits. Sera-t-il capable de prendre encore une fois son envol ?
Tant de bruit, tant de fureur. Tant de larmes dissimulées derrière ces offrandes. Plus ils l’acclamaient, plus il sentait le poids de leurs mornes existences peser sur ses épaules. En bon pélican, il s’était arraché le cœur et nourrissait ses admirateurs avec sa propre chair.
   Ce roman a accompli un miracle. Je ne vais pas raconter ma vie ici mais je suis obligée de dire que j’ai un certain temps fréquenté les stades et les tatamis, assez pour être durablement écœurée du sport. Aujourd’hui, j’ai tendance à fuir tout ce qui concerne cet univers. Or, j’ai été totalement emportée par ce roman, au point d’avoir envie de chausser à nouveau mes baskets pour aller vider mes poumons au grand air. Pourquoi ce miracle ? Parce que Cécile Coulon décrit à merveille les sensations de la course, et surtout, du dépassement de soi. Tout y est, et particulièrement ce moment d’oubli qui anime les enfants qui courent. Un cross, en soi, c’est banal et d’un ennui à pleurer. Ce qui l’est moins, c’est la pulsion qui anime celui ou celle qui, tout à coup, ne sent plus ses jambes mais sait qu’il va gagner. Il ne voit plus les visages au bord des fossés, il n’entend plus les cris. Il avance, il court, il vole.
Qu’importe, malgré les plaintes, les odeurs, la moiteur de l’air et des peaux, le cross attirait toujours plus d’adeptes, prêts à laisser flamber jambes et poumons, à faire saigner nez et lèvres pour décrocher une place dans le peloton de tête. 

   Pas besoin, donc, d’être un adepte du sport pour lire ce roman. Il s’agit avant tout d’un l’histoire d’un homme qui poursuit un rêve. L’homme aurait pu se mettre au piano, se vouloir écrivain ou grand voyageur. Ce roman conte les rapports qui nous entretenons avec nos chimères et Cécile Coulon, malgré sa jeunesse (ou grâce à elle…) en sait déjà long à ce propos. Un excellent roman que je vous invite à découvrir… à toute vitesse !

Ici, lien avec un échange entre l'auteure et Val.

vendredi 28 août 2015

Projet 52 (35) - Horizon

Cancale, 2010
C'est la rentrée... Temps des nouveaux projets.
Horizon... le thème de cette semaine pour le projet 52 de Ma' ne pouvait mieux convenir... pour vous dire que je pars vers d'autres horizons. Ce n'est pas un départ définitif, juste une pause plus longue que d'habitude. Alors bien sûr, plusieurs mois, c'est long à l'échelle des blogs où tout va vite et où l'on papillonne beaucoup. C'est peu à l'échelle d'une vie, pour se consacrer à des projets qui nous tiennent à cœur. 
Je vous souhaite une belle rentrée littéraire, avec de nombreuses lectures enrichissantes.
Je vous retrouve en 2016 !
Amitiés,
Margotte

dimanche 23 août 2015

Projet 52 (34) - Par la fenêtre

Un mélange d'espace et d'enfermement qui rend cette photo  
(prise dans le secteur de Cancale en 2008
fascinante
J'ai tout de suite pensé à elle pour le thème de cette semaine
Pour le projet 52, toujours chez Ma'
J'espère vous trouver reposé(e)s par des vacances bienfaitrices
Très occupée par un projet en cours
Je risque d'être peu présente chez vous...
Je projet 52 sera au moins l'occasion de venir de temps en temps ici !
Pensées cordiales,
Margotte