Avant d'adopter le mode nomade, je viens vous proposer une première lecture commune associée au challenge littérature nordique. Il s'agit de l'intégralité des Contes d'Andersen, grand écrivain danois. Difficile de passer à côté de ce grand classique de la littérature mondiale qui a le mérite de nous plonger dans l'univers imaginaire du grand Nord. Idéal pour commencer notre métamorphose en "Reines des neiges" !
Je vous propose une lecture pour la fin août (le 31), ce qui nous laisse un peu de temps.
Pour les mois qui suivent, j'ai pensé à La Maison de poupée d'Ibsen (un peu de théâtre...) et au Palais de glace de Tarjei Vesaas, mais rien n'est encore fixé. Vous pouvez me donner votre avis ou faire des propositions qui peuvent nourrir mon inspiration pour la rentrée...
Je profite de ce billet pour vous dire que je passe en mode nomade... D'ici quelques jours, ma présence va se faire épisodique pendant un moment, le temps de lire et de rédiger des billets, dans des lieux qui seront loin de toute possibilité de connexion. Rien de mieux pour se reposer, rêver de grand nord et écrire.
Je vous souhaite un bel été ainsi que des lectures aussi enrichissantes qu'enthousiasmantes !
C'est avec délectation que j'ai replongé en ce début d'été dans la saga romanesque de Herbjorg Wassmo consacrée à Dina, magnifique personnage féminin. Pour éclairer ceux et celles qui ne connaissent pas cette fresque qui se déroule dans le nord de la Norvège, à Reisnes, un comptoir dédié au commerce maritime, elle se compose de 8 volumes.
- La trilogie dite du Livre de Dina (titre du premier volume). On y découvre Dina enfant, au milieu du XIXe siècle. Elle deviendra une jeune fille fougueuse qui, bien que mariée à un homme beaucoup plus âgée qu'elle, mènera une vie riche et indépendante.
- Le diptyque Fils de la Providence où l'on retrouve la sulfureuse Dina mais aussi son fils Benjamin, parti faire ses études de médecine à Copenhague.
- L'ensemble se clôt par la trilogie de L'Héritage de Karna dont j'avais lu le premier volume, et abandonné le deuxième, sans doute prise par d'autres occupations. Ma participation au défi "Les trilogies et les séries de l'été" ainsi que le challenge "littérature nordique" étaient deux excellentes raisons pour reprendre cette lecture et connaître enfin la fin de cette grande saga norvégienne.
J'ai littéralement dévoré ces deux premiers opus.Mon péché n'appartient qu'à moi m'a permis de retrouver les différents personnages de la saga de Dina (Stine, Oline, Anders, Benjamin, etc.) et de faire connaissance avec la petite Karna. Le personnage central de cette trilogie est la fille de Benjamin, et donc la petite-fille de Dina. Enfant éveillée tout autant que sauvage (on repense à Dina enfant bien sûr...), elle est atteinte d'épilepsie. Ce volume voit Benjamin revenir à Reisnes, après ses années de médecine à Copenhague. Le retour sur cette côte battue par les vents est l'occasion de découvrir un monde nouveau, car en cette fin de XIXe siècle, le hareng a disparu. Je me suis installée auprès des personnages sans bouder mon plaisir tout en suivant avec fébrilité les relations compliquées entre les membres du trio amoureux Anna, Hanna et Benjamin. J'ai commencé le deuxième volume alors que je venais à peine de tourner la dernière page du premier...
Il faut dire que la motivation était au rendez-vous puisque Le pire des silences voit Dina revenir enfin à Reisnes. Le livre s'ouvre en 1878 et c'est durant un jour de mai, "en plein vent d'ouest et par un ciel d'orage" que Dina débarque à Strandstedet. Ce retour de l'aventurière, de celle qui a abandonné son enfant durant dix-huit ans, va bousculer le fragile équilibre de la petite communauté maritime. Car Dina revient avec de l'argent, et avec des idées assez précises sur la manière de survivre à la Révolution industrielle qui est en marche. Mais surtout, ce retour fait resurgir les anciennes blessures, que cela soit le dépit d'Anders, le mari délaissé, ou la colère de Benjamin, l'enfant abandonné. J'ai lu ce deuxième opus aussi vite que le premier ! J'ai été particulièrement sensible au rôle joué par le passage du temps dans les relations entre les personnages. Autant vous dire que j'ai déjà le troisième et dernier opus de la série que je vais commencer au plus vite.
Une façon enthousiasmante pour moi de vous proposer un premier billet pour le challenge littérature nordique, et pour vous inviter à commencer cette saga à lire absolument.
Alors que l'été nous annonce des chaleurs importantes, il est temps de partir se mettre au frais. Je propose donc, pour une durée d'un peu plus d'un an, de partir découvrir les littératures nordiques.
Le challenge commence aujourd'hui et sera clôt le 31 août 2018
Voilà déjà un moment que je souhaite découvrir plus avant une littérature riche et variée puisqu'elle englobe les auteurs islandais, finlandais, norvégiens, danois et suédois (on parle de littérature scandinave lorsqu'on enlève la Finlande et parfois l'Islande...). J'ai choisi de monter dans le grand Nord et d'inclure les Islandais, ne serait-ce que pour profiter des polars d'Indridason !
Outre que je souhaite découvrir la littérature contemporaine nordique, cela s'accompagne pour moi d'un challenge personnel, à savoir inverser la tendance qui s'affiche sur ce blog (une majorité d'auteurs anglo-saxons : je n'ai rien contre eux mais la diversité ne nuit pas !).
Je proposerai durant la durée du challenge des RAT nordiques et l'hiver, bien sûr, sera le moment fort du challenge ! J'envisage également un mois "polars nordiques", ainsi que des lecture communes (vous pouvez aussi en proposer). Il s'agit de lire des auteurs nés dans les pays pré-cités. Tous les genres sont acceptés, y compris la littérature jeunesse ou les albums, le principal étant de partir à la découverte d'une culture (ou de cultures)... Des semaines thématiques pourront être envisagées afin de découvrir la cuisine par exemple, ou le théâtre (je pense à Ibsen...).
L'inscription de fera sur ce billet.
Je propose trois catégories :
- Poucette : niveau de découverte un à trois livres.
- Petite sirène : niveau curieux, de trois à cinq livres.
- Reine des neiges : niveau "expert", plus de cinq livres.
Je m'inscris en catégorie "reine des neiges", ayant déjà commencé mes lectures avec la reprise de la trilogie de Karna d'Herbjorg Wassmo (dernière série de l'histoire de Dina). Afin de vous donner des idées de lectures, je vous mets les liens des billets "nordiques" déjà publiés (Islande, Norvège, Suède). Pour le moment, je n'ai rien du côté du Danemark et de la Finlande. Je proposerai durant l'été une petite promenade dans la littérature nordique... J'en profite pour vous souhaiter un bel été, avec de nombreuses lectures.Vi sees senere ! A bientôt !
Les participantes enthousiastes et leurs billets :
Attention, attention, voilà un
magnifique roman qui oscille entre gravité et légèreté, comme un morceau de
Bach. Et de Bach il est bien question dans cette histoire construite autour des
Variations Goldeberg du musicien. Le livre s’ouvre sur les quatre
premières mesures de l’aria qui sert d’introduction au premier chapitre. Il en
sera de même à la fin : le livre se clôt sur l’Aria Da Capo de l’œuvre
musicale. Les deux arias encadrent donc trente chapitres, comme les trente
variations, et chaque chapitre s’ouvre sur les quatre premières mesures d’une
variation. C’est un roman étonnamment musical, que j’ai lu sans écouter Bach,
mais que je relirai un jour avec. Car c’est un roman d’une force extrême. La
musique, si elle sert « d’accompagnement », est surtout la compagne
d’une vie qui se « joue » devant nous, au fil de la lecture et des
mesures.
Une femme, tout en jouant du
piano, écrit. Elle analyse les Variations Goldberg, les interprète, tente de
comprendre l’écriture de Bach. En écho aux variations se tissent petit à petit en
elle les souvenirs d’une vie, de la naissance des enfants à aujourd’hui. C’est
tout le passé qui se déploie au son du piano. Dans chaque chapitre, un morceau
de la vie familiale, heureuse, et des réflexions sur l’œuvre musicale.
Entre les notes et entre les
lettres, Anna Enquist nous propose une réflexion sur les pouvoirs de l’art.
Comment il peut participer à la reconstruction de soi, comment il peut
accompagner la pensée quand elle se délite dans la souffrance et la peine. Un
très beau livre qui m’a bouleversée et que j’ai refermé doucement, comme on
ferme doucement un coffret où sont enfermés de délicats objets. Un livre à
relire en écoutant, ou, encore mieux, en jouant les Variations Goldberg.
L'Aria da capo
Extrait (incipit)
« La femme au crayon,
penchée sur la table, lisait une partition de poche des Variations Goldberg. Le
crayon était en bois noir de qualité. Il était coiffé d’un embout argenté, où
se dissimulait un taille-crayon. Le crayon était suspendu au-dessus d’un cahier
vide. A côté de la partition étaient posés des cigarettes et un briquet. Un
petit cendrier en métal, cadeau compact et brillant d’un ami, trônait sur la
table.
La femme s’appelait tout
simplement ‘femme’, peut-être ‘mère’. Il y avait beaucoup de problèmes
d’appellation. Il y avait beaucoup de problèmes. (…) »
Nos librairies
sont des lieux miraculeux ! C’est en flânant dans les rayons de la mienne
que je suis tombée sur cette perle. Alors que je ne lisais plus de
science-fiction depuis bien longtemps, depuis cette année, j'y reviens. Il faudrait d’ailleurs que je fasse un billet à propos des ouvrages lus dans
ce genre qui se renouvelle avec brio. Retour à la librairie : la
quatrième de couverture de ce livre - mis en évidence sur le présentoir de
SF/Fantasy que je regarde toujours- m’interpelle. Lecture du premier
chapitre : je suis fébrile, debout et déjà ferrée ! Je sors de la
librairie avec quatre livres et avec une seule envie, continuer cette lecture
au plus vite… Le lendemain, le livre est lu et je sais déjà que son
empreinte sera profonde. Autant dire que 2017 marque un retour en fanfare
vers le genre de la science-fiction !
Il s’agit d’un roman de SF écrit
il y a une dizaine d’année (1ère édition en 2002 chez Aléa) par un agrégé de mathématiques qui en connaît un
rayon au niveau scientifique. Et tout l’intérêt de cet opus est qu’il associe plaisir
d’une lecture enthousiaste (malgré le côté glaçant, j’y reviendrai) et
intelligence. Mais vous devez attendre le résumé et je tergiverse, encore
sous le choc, oui oui, le choc. Et il ne s’agit pas ici de faire vendre ou de
proposer une hyperbole à noter sur une 4e de couverture…
Le récit se fait à la première
personne. Robert Poinsot, quelque part dans les Alpes, dans de vieux
cahiers trouvés sur la route, raconte ce dont il a été témoin. Un vendredi
de 2 022, sans que l’on sache bien pourquoi (ou plutôt, on le savait, mais
rien n’a été fait pour l’éviter…), une crise systémique a éclaté. Le
détonateur : un « conflit lié à des questions de concurrence entre de
très grosses entreprises américaines et chinoises ». La suite :
crise économique mondiale et totalement incontrôlable.Effet domino
avec faillites en chaînes et délitement des économies européennes. Après la
suspension des salaires et l’hystérie collective, un système de troc qui se met
en place puis les pillages commencent, avant que chacun tente de
survivre aux bandes…
Je vais bien me garder de vous
dévoiler la manière dont Jean-Pierre Boudine imagine la suite de cette
histoire. On y trouve de nombreux éléments qui ressemblent tellement aux prodromes
qui sont déjà présents dans notre société que cela donne parfois envie de
crier « Attention ! ». Car l’écrivain explique bien la manière
dont, en creusant les inégalités sociales, on prépare le chaos à venir.
Il montre avec brio, au travers de ce roman de SF « post-apo » comme
on le dit maintenant, combien le lent délitement des institutions et des
États fabrique des « déclassés » qui, le jour où ils n’auront
véritablement plus rien à perdre, encore moins à espérer, et où les instances
de régulation seront aux abonnés absents, risquent de faire payer cher la
hargne accumulée.
C’est un roman totalement
glaçant. Pourtant, pas de « gore » ou de descriptions à la
violence complaisante. Non, simplement la lente mais inexorable chute de la
civilisation. Un retour au chaos et à la barbarie sous la forme d’une
descente de toboggan que l’on ne peut stopper. Un retour au chaos lié à
l’emballement et la potentialisation de l’ensemble des problèmes qui sont, pour
certains, déjà là : surpopulation, changement climatique, tout
technologique… sur fond scandaleux de creusement des inégalités (voir un exemple
ICI avec le salaire du PDG de Renault).
Ce qui glace, c’est tout ce
qui est en germe dans notre société. Et le démantèlement du Code du travail
qui s’annonce dans les mois qui viennent se place directement dans cette
fabrique des exclus qui nous prépare des lendemains qui déchantent. Un livre à
lire, et à faire lire, à méditer aussi, qui est accompagné d’une passionnante
postface de Jean-Marc Lévy-Leblond. Un livre que l’on devrait distribuer
dans les écoles de commerce, au lieu d’apprendre comment faire toujours plus de
profit et engendrer toujours plus de précarité. Un livre qui laisse un goût étrange dans
la bouche car on ne peut s’empêcher de se demander s’il n’est pas déjà trop
tard…
Extrait
« Beaucoup de personnes
vivaient dans la rue, le jour, parce qu’elles n’avaient rien à faire, en
particulier les enfants. La situation des écoles était tout à fait comparable à
celle des laboratoire de mon lieu de travail : absentéisme galopant. J’ai
su que certains professeurs étaient restés fidèles au poste, et de même,
certains élèves. Un quart, peut-être.
Je me demande comment se
passaient les classes. Dans un climat bien étrange, certainement : des
élèves motivés avec des enseignants motivés ! Quel rêve ! Une
véritable école, enfin. Mais trop tard. »
Addendum : pour ceux qui veulent mettre de la SF dans leur valise, des conseils judicieux dans l'excellente émission de France Culture, La Méthode scientifiqueICI.
Je dispose de peu de temps en ce moment, mais je prends tout de même un instant pour venir vous parler de deux romans qui peuvent constituer un début de petite bibliothèque noire pour l'été... En plus, s'ils sont tous deux écrits par des Anglaises, ils sont très différents, voire opposés en ce qui concerne leur thématique, ce qui prouve une fois de plus que le polar est un genre "riche". Je commence par le roman de Val McDermid, le plus récent, sorti en mars de cette année. Il nous permet tout d'abord de retrouver deux héros récurrents de l'auteur, Tony Hill, le célèbre profileur, et sa comparse Carol Jordan. Le duo va se reformer pour faire face à la mort suspecte de femmes ayant comme point commun un engagement féministe, un engagement s'étant soldé par un cyberharcèlement. Alors que le police pense au départ à des suicides, nos deux limiers, aidés par une équipe de choc, vont bientôt flairer l'odeur du meurtre... Des meurtres étrangement mis en scène puisque on a retrouvé près de certains corps des livres de femmes engagées comme Virginia Woolf ou Sylvia Plath !
J'ai pris grand plaisir à retrouver ces deux personnages que je n'avais pas côtoyés depuis le très bon Chant des sirènes. Mais surtout, j'ai apprécié le traitement des problèmes très contemporains qui nourrissent la trame de l'histoire : le mésusage des réseaux sociaux et les violences faites aux femmes, qui, décidément, changent de forme mais restent toujours aussi dramatiquement présentes. Un bon polar à glisser entre la crème solaire et la serviette de plage...
Dans un registre très différent, je vous conseille aussi ce roman de Kate Mosse que j'ai d'ailleurs du mal à classer dans mon rayon "polars". Il joue des différents registres et nous emporte dans une histoire qui frôle de près le fantastique et le roman historique. Durant l'hiver 1928, Freddie Watson, un jeune anglais du Sussex, voyage en France. Le jeune homme peine à se remettre de la mort pourtant lointaine de son frère George "porté disparu" pendant la Grande Guerre. Alors qu'ils se trouve sur les routes de l'Ariège, il frôle l'accident de voiture et son véhicule quitte la route. Hébété, il erre dans les bois avant de se retrouver dans un village isolé où une étrange apparition va le mener à s'interroger sur lui et sur le rôle de la mémoire.
Roman à l'ambiance nostalgique et inquiétante, Fantômes d'hiver est tout d'abord un livre bien écrit, dans lequel on se retrouve véritablement "plongé". Je l'ai lu en quelques jours et j'avais toujours du mal à abandonner Freddie dans les ruelles de ces villages aux maisons pleines de vieilles histoires. Le mélange de références à la Grande Guerre et aux mystères des Cathares ont fait le reste : à placer entre la crème solaire et la serviette de plage...
Ils sont trois. Trois petits
rats de l’Opéra de Paris a avoir été sélectionnés par l’école de danse de
Paris : Chine, Delphine et Stéphane. Et Astrid Eliard nous fait
entrer dans leur demi-pointes pour nous faire découvrir leurs premiers
entrechats. Et ce qui pourrait être un énième témoignage de la vie d’une jeune
fille en justaucorps, entre stress et demi-pliés, se transforme en un livre à la
fois gracieux et drôle.
L’alternance des voix narratives n’y est pas étrangère. En
effet, nous suivons successivement les trois personnages et découvrons à la
fois leur vie passée, leurs espérances et leurs émois d’adolescent(e)s. Chine
a treize ans lorsqu’elle entre à l’école. Avec son mètre cinquante-quatre
et ses trente-huit kilos, on ne lui donne pas douze ans. Jeune fille timide et
réservée, elle est heureuse d’avoir fuit la vie collective et ennuyeuse du
collège. Quant à l’internat, il lui permet d’échapper à une mère immature.
C’est avec elle que nous découvrons le ton souvent humoristique du livre :
« Il y a bien eu un ou deux garçons qui ont essayé
[de frotter leur langue sur la sienne…], mais ils sentaient trop fort le
déodorant ou avaient des dents de cheval. Au moins, Sanders m’a fait comprendre
l’immense fossé qui me séparait des autres, ceux qui embrassent, celles qui se
maquillent dans les toilettes, celles qui ont des seins. Mois j’ai deux timides
renflements à la place. Tu me diras, les filles à poitrine, ici, on ne les
prend pas. Il y a une attitude, un corps à avoir pour danser, un corps pas très
émancipé, aux muscles longs, minces, qui disparaît totalement sous les jeans et
baskets quotidiens, et ce corps, c’est le mien. »
Stéphane, lui, est le
cinquième garçon d’une famille très organisée qui va se trouver fort
embarrassée avec ce nouvel enfant lorsque celui-ci se révèlera plus que
turbulent. La danse sera tout autant une manière de le sauver de son
« mauvais caractère » qu’une manière de le révéler. C’est en
regardant un documentaire sur Nicolas Le Riche, danseur étoile, qu’il
sera subjugué :
« Le lendemain, dans le jardin, j’ai essayé de faire
pareil. Je courais pour prendre de l’élan et faisais des tours, des grands
écarts en l’air. J’ai passé une heure comme ça, à sauter et bondir, en
repassant dans ma tête les images du documentaire. »
Delphine, elle, est la fille
unique et adorée d’un couple qui a bien du mal à la voir partir de la demeure
familiale. Elle sera celle qui loupe des cours pour aller manger du Maalox,
prise de crampes et d’aigreurs d’estomac face à la pression des cours
mais aussi face à l’éloignement familial qui lui est imposé. Sans compter qu’elle
a laissé son chien Capuche, un golden retriever affectueux. Plutôt extravertie,
elle va se retrouver dans le même « box » que Chine et une amitié ne
va pas tarder à naître entre les deux jeunes danseuses.
Une lecture très agréable, que je
conseillerai vivement aux adolescents, mais aux grands aussi ! Pas de
considérations mièvres, juste un portrait de trois jeunes gens dans un moment
phare de leur existence puisque de ces premières années dans l’école dépend
leur avenir professionnel. Des passages très drôles, ce qui ne gâche rien, et
aussi, une grande tendresse portée sur ses personnages auxquels l’on s’attache
très vite. Un livre dévoré en deux jours, qui fait rêver sauts-de-chat et
dégagés-demi-plié-révérence, le tout en tutu bien sûr…
Voilà une pièce de Victor Hugo
qui aura attendu bien longtemps avant de figurer dans le Théâtre en
liberté. Commencée en 1866, elle attendra 1934 pour être éditée, entre
le Théâtre de jeunesse et les Plans et projets ! Si elle n’est
pas la pièce la pièce la plus connue ou la plus jouée du répertoire hugolien,
elle a tout de même été montée par la Comédie française en 1995, sous la
direction de Jean-Paul Roussillon.
On y retrouve les grands thèmes
chers à Victor Hugo, avec, en tête, l’injustice. Mais si j’ai pris grand
plaisir à la lire, c’est avant tout pour deux raisons : tout d’abord la
richesse narrative de ce drame qui présente un côté ébouriffant, ensuite les
personnages, et particulièrement celui de Glapieu (j’y reviendrai…).
J’ai déjà évoqué dans un billet
précédent (ICI) le contexte de publication du Théâtre en liberté mais je
reviens tout de même sur la chronologie qui mènera à Mille francs de
récompense. En 1843, le drame de la mort de Léopoldine engendre le silence de
l’écrivain qui cesse de publier des œuvres littéraires pour se consacrer à la
politique. Toutefois, de 1843 à 1856, les fragments de ses brouillons montrent
qu’il continue à écrire. En 1854, un dossier « théâtre en liberté »
est ouvert, et ne demande qu’à accueillir de nouveaux drames en gestation. Le 3
septembre 1859, alors qu’il vient de clamer du fond de son exil, « Quand
la liberté rentrera, je rentrerai », il ébauche une « Préface des
drames à publier ».Son théâtre
alors n’a plus été joué à Paris depuis 8 ans. Fi ! il publie alors Les
Misérables (en 1862)… Or, on retrouve, dans les personnages de la pièce qui
nous intéresse aujourd’hui de nombreux éléments du roman. En 1866, il note sur
son carnet « Aujourd’hui jeudi 1er février, je tire de ma
réserve les deux rames de papier Bichard 1831 doré sur tranche. C’est sur ce
papier que, selon toute apparence, D.V., j’écrirai les deux drames Cinq cents
francs de récompense (prose) et Torquemada (vers). »
Mais qu'en est-il de l'histoire ? Elle est assez simple. Une famille Gédouard est poursuivie par les huissiers et un homme sans scrupule, Rousseline, grand machinateur, essaie de profiter de la situation (qu'il a contribué à créer) afin d'épouser la fille des malheureux. Mais Etiennette n'a aucune envie de se marier avec lui car elle aime ailleurs. Face à tant d'adversité, un voleur au grand cœur, Glapieu, va venir s'opposer à ceux qui ont tout mais veulent toujours plus.
La pièce se lit avec enthousiasme ne serait-ce que parce que les didascalies sont si nombreuses que l'on se croit parfois dans un roman. Drame romantique oblige. On "voit" ce qui se trouve sur scène : "au lever du rideau, pendant que Cyprienne parle, on voit sur le palier dans le compartiment de gauche un homme en haillons". Les quatre actes se déroulent dans des décors différents et l'ensemble est riche en rebondissements, avec vols, reconnaissance d'enfants machinations rocambolesques.
Et puis, j'avoue avoir été séduite immédiatement par le personnage de Glapieu. Imaginez Gavroche ayant échappé aux balles des soldats, un Gavroche toujours épris de liberté et de justice : c'est Glapieu. "Car qui n'a pas la liberté, n'a plus la vie", lance-t-il dans la première scène de la pièce. Sa fraîcheur s'oppose au cynique Rousseline qui a une morale simple : "la vertu finit où la bêtise commence"...
Mention spéciale à la scène 5 de l'acte III, où Glapieu monologue face au coffre-fort du baron de Puencarral, riche banquier. Extrait :
"C'est une chose bizarre que l'acharnement de nos commencements à nous poursuivre. Je veux faire une bonne action. Soit. Il faut que je la fasse avec effraction. Dans la jaunisse tout est jaune ; dans la chute, tout est faute. Une fois qu'on est dans ce que les gens du monde appellent la pègre, il n'est pas possible d'être honnête autrement qu'en se servant du moyen déshonnête. Pour aller de la rive coquine à la rive vertueuse, pas d'autre passerelle que le pont du diable."
Enfin ! Il est des auteurs que, pendant des
années, on envisage de lire. Dans les livres dont je parlais sans jamais les
avoir lu se trouvaient ceux de Jane Austen, comme se trouvent aussi, hélas, ceux
de Dostoïevski. Mais heureusement, il y a le mois anglais… N’ayant pas
forcément la disponibilité de me lancer dans des ouvrages exigeants, j'ai commencé avec ce petit opus, un inédit publié en janvier qui présente des lettres
de Jane à ses nièces mais aussi la description de « Tante Jane » par
ses nièces Anna, Caroline et Fanny. Au risque de paraître totalement frivole,
j’avoue que la belle couverture de ce Livre de Poche de la collection biblio, a
été une première accroche avant de devenir le petit plaisir journalier qui
précédait la lecture des lettres…
Voilà un livre que je conseille tout d’abord au Janeites, bien
que j’imagine qu’ils (elles) ne m’auront pas attendue pour dévorer cet objet
cher à leur cœur ! En effet, on y découvre Jane dans son quotidien et l’on
prend connaissance du milieu dans lequel elle évoluait. Née en 1775 à
Steventon, au sud de l’Angleterre, elle appartenait à la « gentry »
anglaise. Fille de pasteur, elle vécut entourée de sa famille nombreuse (elle
avait 6 frères et une sœur et eut une trentaine de neveux et nièces !). Sa
biographie reste très lacunaire car dans un souci de discrétion, sa sœur
Cassandra a détruit la plus grande partie des lettres qui auraient pu permettre
de dévoiler les aspects plus intimes de la romancière. Ces lettres, écrites
lors de leurs périodes de séparation, ont été brûlées ou soigneusement
découpées afin de censurer les passages trop personnels.
Cassandra et Jane dans le film Becoming Jane (2007)
En dehors de Cassandra, ses nièces Anna, Fanny et Caroline ont
été ses trois correspondantes les plus régulières et ce livre rassemble
l’ensemble de leurs lettres à Jane. Fanny, orpheline de mère[1],
deviendra une confidente, une « presque deuxième sœur ». Il est donc
d’autant plus surprenant de lire, à la fin du volume, une lettre de Fanny qui
présente Jane sous un jour peu positif : « oui, ma très chère, il
est tout à fait vrai que dans certaines circonstances Tante Jane ne se montrait
pas aussi raffinée qu’elle aurait dû si l’on songe à son talent. »
(extrait d’une lettre de 1877, Fanny est alors âgée de 84 ans). La présentation
de cette lettre (de Marie Dupin) évoque les hypothèses qui peuvent être
formulées pour expliquer ce qui ressemble à un règlement de compte… (hypothèses
que je vous laisse découvrir…).
Mais revenons à l’échange épistolaire qui constitue le cœur de
l’ouvrage. Il s’ouvre en 1814 par une lettre à Anna et se clôt par une lettre
de Cassandra, la sœur adorée, à Fanny, à la mort de Jane, survenue le 18
juillet 1817 (elle était âgée de 42 ans). D’une lecture très agréable, il
compose une sorte de tableau impressionniste de la romancière. C’est ainsi par
petites touches aux couleurs estompées que l’on fait sa connaissance. Nous
l’entendons ainsi donner des conseils littéraires à Anna (celle-ci vient
de commencer un roman intitulé Which is the Heroine ?) : « Durant
les quelques années où l’héroïne grandit encore, il est normal que l’intérêt
qu’on lui porte soit moindre, mais j’attends beaucoup de divertissement des 3
ou 4 prochains cahiers & ses remarques, je l’espère, ne te fâcherons pas au
point de ne plus m’envoyer ton travail. » . Nous découvrons par la
même occasion ses goûts en matière de roman : elle déteste Alicia de
Lacy de Mrs West mais apprécie « ceux de Miss Edgeworth ».
Les affaires de cœur liées aux « sentiments » de Fanny
amènent de nombreux commentaires sur l’amour ou le mariage, et sur les
prétendants de sa nièce qui trouvent rarement grâce à ses yeux… « Tout est
préférable, tout peut être enduré plutôt qu’un mariage sans affection
(…) » écrit Jane en novembre 1814.
Les "souvenirs de Tante Jane"
réunis à la fin du volume permettent de découvrir le portrait physique de
l’écrivaine, une femme aux cheveux bruns clairs qui frisaient naturellement et
aux yeux noisette (que j’imagine pétillants d’intelligence…). « Elle
portait toujours un bonnet » nous dit Caroline Austen, et commençait
toujours la journée en musique, s’exerçant chaque matin sur son piano forte.
Elle menait une vie très régulière et écrivait dans le salon, y compris lorsque
s’y trouvaient des membres de la famille. La vie s’écoulait ainsi de manière
très feutrée à Chawton, d’après ces témoignages familiaux. L’ensemble des
écrits laissent l’image d’une femme d’une grande vivacité, qui aimait le
contact avec les enfants, leur racontant des histoires de fées à volonté…
Si vous êtes arrivé au bout de ce billet, vous avez deviné que
j’ai pris grand plaisir à cette lecture. La vivacité du ton des lettres, la
délicatesse du style, le portrait qui s’y dessine par un effet d’estompe, tout
concourt à proposer une lecture charmante qui invite à se plonger au plus vite
dans les romans qu’elle signait à l’époque « by a Lady »…