Voilà une lecture qui m’a réservé
bien des surprises ! Tout d’abord concernant la biographie du conteur.
Car Andersen n’était pas seulement conteur. Tenant ces textes pour des écrits
mineurs, il fut également dramaturge, poète, romancier, journaliste mais aussi
autobiographe, tout en étant un diariste régulier qui laissa un Journal intime de
4500 pages (encore plus fort que Gide) !
Il a rédigé 173 contes et nous
ne connaissons, le plus souvent, qu’une part infime de sa production. La première
série est publiée en 1835, il a alors 30 ans. Deux petits ouvrages de Contes racontés aux enfants (on y
trouve, entre autres, « La Princesse au petit pois ») paraissent et
il va être fort surpris par le succès qu’ils rencontrent !
Andersen est né à Odense, en
Fionie, au Danemark. Fils d’un cordonnier et d’une lavandière, l’homme était
présenté comme assez étrange, solitaire et présentant un physique particulier,
tout en longueur (on pense à sa description de L’Ombre dans le conte
éponyme). Issu d’un milieu pauvre, il dut très tôt apprendre à se débrouiller
seul. L’héritage familial est plutôt corsé : une mère qui deviendra
alcoolique, un grand-père fou, un tante prostituée, etc… Cela ne l’empêchera
pas, à 13 ans, de monter à Copenhague, la capitale. Aidé par des protecteurs,
il y sera tour à tour chanteur, danseur, acteur. A 17 ans, il entre au lycée.
Il y souffrira terriblement de la différence d’âge avec ses camarades. C’est en
1831 qu’il entreprend un premier voyage, en Allemagne. Il en rapportera un
récit de voyage et une passion pour cette activité qui marquera son existence.
De 1833 à 1835, il voyage dans toute l’Europe et rencontre Victor Hugo, H.
Heine, Bertel Thorvaldsen (un grand sculpteur islandais). Ce périple lui
inspire L’Improvisateur, le roman qui va consacrer son succès. En 1840,
il tombe follement amoureux de Jenny Lind, « le rossignol du nord »,
une cantatrice suédoise, mais cet amour n’est pas réciproque. Il sera à
l’origine des contes comme « Le Rossignol » ou « L’Ange ».
![]() |
| Jenny Lind |
Dans sa préface de 1993 pour
l’édition Folio, Régis Boyer insiste sur la manière dont les contes (et ses autres textes) sont
marqués par une « subjectivité triomphante et écrasante ». On
comprend mieux alors les motifs récurrents qui renseignent sur les obsessions
de l’auteur. Hans Brix dira même de lui qu’il a peint plus d’autoportraits que
Rembrandt lui-même… Cette soif de se dire se couplait avec un amour des distinctions
lié à son désir de reconnaissance (relire « Le vilain petit
Canard »…).
Il faut rappeler également qu’Andersen s’inscrit dans une longue
histoire, celle de la riche histoire littéraire des Scandinaves, commencée avec
les sagas islandaises. Nos amis d’Europe du Nord présentent une verve narrative
qui ne s’est toujours pas démentie et on retrouve chez le conteur qui nous
intéresse les thèmes qui lui sont propres : le culte de la nature, la
magie, les êtres merveilleux (elfes, trolls…). Les arbres y trouvent une place
de choix comme dans le triste conte intitulé « Sous le saule ».
![]() |
| Andersen |
L’auteur meurt en 1875, d’un cancer du foie. Le roi du Danemark
viendra le voir alors qu’il est alité. Il avait 70 ans et il aura passé 9 ans
de sa vie à voyager en Europe ! Ses derniers mots tracés à l’écrit seront
pour son Journal.
L’édition proposée par Régis
Boyer, chez Folio, propose une sélection de contes (31 sur les 173 connus) qui
sont classés dans l’ordre de leur publication. On y trouve bien sûr les
histoires les plus connues comme « La Princesse au petit pois »,
« La Petite sirène », « La Petite fille aux allumettes »,
etc. La première surprise de cette lecture aura été de découvrir des contes
beaucoup plus noirs que le sont les adaptations proposées de ces textes.
« La Petite Sirène » par exemple, s’avère d’une tristesse qui nous
éloigne à pas de géant de la mièvrerie de Walt Disney. On se prend d’ailleurs à
penser que l’on ne raconterait pas toutes ces histoires à des enfants. La
deuxième surprise s’est nichée dans la poésie de textes qui, tout en étant très
fluides et d’une lecture aisée,
proposent un univers où la fantaisie s’infiltre partout. C’est un monde qui
chante et qui parle. L’aiguille comme le bouquetin parlent, chantent ou
philosophent encore mieux que les pauvres humains qui se débattent dans un
monde qui les dépasse. Et dans ce monde, la Nature s’avère souvent la plus
forte. Pour s’en convaincre, il suffit de lire « La Vierges des
glaces », superbe texte que je suis ravie d’avoir enfin lu. Ode à la joie
de vivre, ce conte ramène aussi l’humain à sa juste mesure face à la montagne
et au froid. Il nous rappelle qu’il n’est pas toujours bienvenu de vouloir
défier les éléments. Enfin, surprise de taille, la noirceur extrême de certains
contes qui s’apparentent au genre du romantisme noir. J’ai ainsi
particulièrement goûté « L’Ombre » qui propose l’histoire d’un homme
dont l’ombre va prendre vie. On y plonge dans un fantastique gothique mâtiné de
poésie. Pour conclure, j’ai voyagé avec délices dans cet univers où les arbres
voyagent et où les vilains petits canards finissent par se transformer en
cygnes magnifiques. Si vous en avez l’occasion, ne vous privez pas de cette
lecture !
Lecture commune : les billets de Claudialucia et Nathalie.
Et j'avais oublié que ce billet entre aussi dans le challenge romantique de Claudialucia...


















