samedi 26 juillet 2014

Le chien jaune – Festival du polar à Concarneau


Un festival du polar, cela ne se refuse pas… mais lorsque, en plus, il se situe à Concarneau, forcément, cela invite à se déplacer ! Je me suis donc rendue le samedi 19 juillet dans la citée portuaire afin de rencontrer quelques-uns des auteur présents. Coup de chance, il n’y avait pas trop de monde lorsque je suis arrivée, si bien que j’ai pu échanger avec des écrivains disponibles.

Ainsi, nous avons parlé livres et blogs avec Karine Giebel et Christian Blanchard qui s’est prêté à la photo souvenir.
Christian Blanchard
Après avoir échangé un moment avec elle, j’ai aussi assisté à une conférence de Danielle Tiéry. Cette écrivaine, que je ne connaissais pas, a un parcours professionnel tout à fait passionnant. Elle fut la première femme commissaire divisionnaire en France. Connue pour ses scénarios (de Quai n°1 par exemple), elle a aussi écrit des livres sur la Police, sur son expérience mais aussi de nombreux polars dont certains font intervenir un personnage récurrent, le commissaire Edwige Marion. Je garde en mémoire son évocation de certains  moments difficiles qu’elle porte encore, et qui sont parfois des moteurs pour l’écriture. Ainsi, son roman Affaire classée est né de la frustration de n’avoir pu aller au bout d’une affaire liée au meurtre d’une enfant de quatre ans retrouvée au fond d’un puits. Si j’ai acheté le premier d’une trilogie, Crimes en Seine, le roman précité sera ma prochaine lecture de cette romancière. Alors que je publie ce billet, j'ai presque terminé Crimes en scène et je compte vous en parler dans un prochain article !

D. Thiéry
Du soleil, la mer, un vent léger pour se rafraîchir, des bateaux, des écrivains souriants et disponibles, des livres à foison… c’est bien les vacances !... 

Le port de Concarneau

mardi 15 juillet 2014

La Locandiera de Goldoni

Lorsqu'on s'inscrit quelques jours avant une date limite à une lecture commune, on lit forcément vite et on propose un billet express... Pourtant, c'est une pièce qui mérite qu'on s'y arrête puisque Goldoni, dans son avis au lecteur, dit avoir composé ici sa comédie la plus "morale, la plus utile, la plus instructive."

L'intrigue

Dans l'Italie du XVIIIe siècle, à Florence. Mirandoline, jeune et belle aubergiste, séduit tous les hommes qui passent chez elle. Ainsi, le marquis de Forlipopoli et le comte d'Albafiorita séjournant dans son hôtel, rivalisent pour obtenir ses faveurs et même l'épouser. Le comte lui offre cadeaux, argent et diamants pendant que le marquis, ruiné mais bien né, lui propose nom et protection. Le chevalier de Ripafratta, lui, fuit les femmes. Il ne les connaît pas et pour éviter tout désagrément issu de la gent féminine, il a choisi l'esquive. Le noeud de l'intrigue se tisse donc autour d'un trio masculin qui affronte une femme.

Mise en scène de Rosseti
Le chevalier, fort de son mépris pour les femmes, va bientôt éveiller la cruauté de la belle hôtelière. Celle-ci, délaissant le comte et le marquis, va user de tous ses charmes afin de faire succomber le chevalier. Pendant ce temps, les personnages secondaires apportent de la complexité et des éléments comiques à la pièce. Fabrice, le valet de Mirandoline, l'aime, et l'on se demande quand va s'arrêter le jeu cruel que celle-ci lui impose. Hortense et Déjanire, deux comédiennes arrivées à l'auberge, se font passer pour de "grandes dames", confondant le comte et le marquis, trop occupés par leurs tentatives de séduction pour voir ce qui pourtant crève les yeux. Tout cela finira par un mariage... mais pas forcément par celui que l'on attendait...

Compagnie Alfraprosa
Comédie en trois actes jouée pour la première fois en 1753 au théâtre Saint-Ange, La Locandiera a pour particularité d'avoir été interprétée sans masques. Celui qui a été surnommé le "Molière italien", à l'égal de son prédécesseur français, rêvait de tragédie et a brillé dans le registre comique. Il voulait réformer le théâtre italien mais en 1762, il gagna la France où il apprit l'italien aux princesses de la cour. Il s'éteindra d'ailleurs à Paris au n°1 de la rue Pavé-Saint-Sauveur, en 1793.
J'ai aimé cette pièce au rythme soutenu et qui propose un personnage féminin intéressant en la personne de Mirandoline. Alors bien sûr, je regrette de n'avoir pas eu le temps de voir la pièce mise en scène... et j'avoue que l'interprétation de Dominique Blanc dont je vous propose un extrait ci-dessous me tente beaucoup, reste à voir si elle a été filmée. Le théâtre est un art fugace... comme les sentiments qui agitent les personnages de cette pièce où la transformation règne en maître. 



Lecture commune : les billets de Maggie et de Claudia. Ce billet compte aussi pour le challenge de Miss Léo, catégorie théâtre.

http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html


dimanche 13 juillet 2014

Lectures estivales (1) - La reine de la Baltique de Viveca Sten


   Au large de Stockholm se trouve un archipel. L’île de Sandhamn vit des hordes de touristes qui débarquent avec pique-nique et marmaille afin d’échapper un moment au rythme urbain. Chacun se connaît et la vie tranquille des insulaires est rarement perturbée en dehors des beuveries des adolescents qui viennent pour le week-end. Alors, lorsqu’un premier cadavre est découvert sur une des plages de l’île, la stupéfaction est à son comble. Thomas Andreasson, ancien de la brigade maritime et habitué des lieux est chargé de l’enquête. En pleine période estivale, alors que chacun rêve de vacances, il va falloir mettre les bouchées doubles, d’autant plus qu’un deuxième cadavre vient ternir l’image du lieu de villégiature. Ainsi donc, plus personne n’est à l’abri, pas même sur ce lieu idyllique ? L’inspecteur de la criminelle Andreasson, au lieu de partir dans sa maison de Harö, mènera donc l’enquête avec l’aide inattendue de Nora, brillante juriste et amie d’enfance.

   Ce premier roman de Viveca Sten est une réussite. On s’attache assez vite aux personnages principaux et on entre très vite dans l’intrigue. Si j’ai deviné assez vite certains des événements à venir, je me suis vraiment laissée emporter par l’ambiance insulaire de ce roman policier. L’écrivaine a passé nombre de ses vacances à Sandhamn et l’on sent qu’elle connaît bien le milieu décrit. J’avoue avoir pris plaisir surtout à découvrir cette vie sur l’archipel, entre terre et mer, ce qui n’est pas sans me rappeler certaines îles dont j’ai déjà parlé ici… Une bonne lecture d’été donc et si je ne suis pas aussi enthousiaste que les citations proposées sur la quatrième de couverture qui évoquent un « premier roman absolument exceptionnel » (à se demander si les journalistes ne sont pas payés par l’éditeur…), je suivrai les prochaines parutions de cette écrivaine.

Catégorie romans policiers

samedi 5 juillet 2014

Pause


L'heure de la pause estivale a sonné. A l'heure où vous lirez ce billet, je serai partie en direction de la mer et de mes bois, avec une valise de livres et du soleil dans les yeux. Quelques billets seront peut-être postés durant l'été, cela dépendra de la direction du vent... J'espère que votre été s'annonce sympathique... je vous souhaite de bonnes vacances, et pour ceux et celles qui ne peuvent partir, de bonnes lectures !


Amitiés, 
Margotte

mercredi 2 juillet 2014

La Parure et autres nouvelles réalistes de Guy de Maupassant



Librio nous propose, dans ce recueil, neuf nouvelles réalistes de Maupassant, pour la plupart très connues. La Parure, qui donne son titre au recueil, nous conte l’histoire de Mathilde Loisel, jeune femme mal mariée à un commis de ministère et qui rêve de bals et de toilettes. Un jour, son mari arrive à la maison avec une lettre. Enfin une invitation à un bal ! Mais Mathilde n’a rien à se mettre, ni toilette ni parure… alors que son mari lui propose d’utiliser des fleurs fraîches, elle s’y refuse et va emprunter à une vieille amie une parure de diamants. Elle s’achète également une robe qui lui permet de briller pendant toute la soirée qui se déroule comme un rêve. Mais le réveil est difficile car, au retour dans leur appartement de la rue des Martyrs, la parure de diamants a disparu du cou de Mathilde !
Viennent ensuite Aux champs, À cheval, Le papa de Simon, Une famille, Mon oncle Jules, Le donneur d’eau bénite (nouvelle assez étonnante par rapport à sa chute lorsque l’on fréquente régulièrement l’œuvre de Maupassant), Adieu et La rempailleuse d’une cruauté toute Maupassantienne. L’ensemble est conçu essentiellement pour servir d’appui à l’étude de la nouvelle réaliste en 4e et propose un bon choix de ce point de vue (jusqu’au tableau d’Alfred Roll en première de couverture, exploitable en histoire des arts).
Inutile de vous dire que j’ai pris grand plaisir à relire l’ensemble de ces nouvelles… mais je vois plusieurs défauts dans cette édition. Le premier : pourquoi n’avoir pas daté certaines de ces nouvelles ? On ne sait pas dans quel recueil elles ont été intégrées… Ainsi, le lecture peut penser que le livre qu’il tient entre ses mains est un recueil paru en l’état, d’autant plus qu’il n’y a pas d’introduction pour donner les renseignements en question. Alors certes, il s’agit d’une édition à petit prix, mais indiquer l’origine de la nouvelle à la fin...
Je remercie toutefois les éditions Librio pour cet envoi.

Extrait tiré de la nouvelle Adieu 

« Je l’avais rencontrée au bord de la mer, à Étretat, voici douze ans environ, un peu après la guerre. Rien de gentil comme cette plage, le matin, à l’heure des bains. Elle est petite, arrondie en fer à cheval, encadrée par ces hautes falaises blanches percées de ces trous singuliers qu’on nomme les Portes, l’une énorme, allongeant dans la mer sa jambe de géantes, l’autre en face, accroupie et ronde ; la foule des femmes se rassemble, se masse sur l’étroite langue de galets qu’elle couvre d’un éclatant jardin de toilettes claires dans ce cadre de hauts rochers. Le soleil tombe en plein sur les côtes : sur les ombrelles de toutes nuances, sur la mer d’un bleu verdâtre ; et tout cela est gai et charmant, sourit aux yeux. On va s’asseoir tout contre l’eau, et on regarde les baigneuses. Elles descendent, drapées dans un peignoir de flanelle qu’elles rejettent d’un joli mouvement en atteignant la frange d’écume des courtes vagues ; et elles entrent dans la mer, d’un petit pas rapide qu’arrête parfois un frisson de froid délicieux, une courte suffocation. »

http://bruitdespages.blogspot.fr/2011/11/challenge-maupassant.html
http://leslecturesdeleo.blogspot.fr/p/mon-challenge.html

dimanche 29 juin 2014

Sylvie de Nerval


   
   Lire un « classique », c’est souvent l’occasion de plonger dans un monde qui laisse ensuite sa trace dans notre parcours de lecteur. De plus, comme tout lecteur assidu a « entendu parler » de la plupart des auteurs ou des ouvrages qui portent la marque « classique », cela se transforme vite en jeu. Lecteur peut s’amuser à retrouver ce qu’il attendait et avait l’impression de déjà connaître. Mais surtout, une fois le livre refermé, Lecteur peut lister ce qui explique que ce livre soit encore lu aujourd’hui ; lu, parfois étudié, souvent relu et apprécié par les connaisseurs, comme l’amateur de vin reconnaît un bon cru. Dans la série de mes nombreuses lacunes se trouvait l’œuvre de Nerval et c’est grâce à sa mise au programme des prépas scientifiques 2014 que je me suis lancée dans cette lecture. Une réédition à un prix très abordable, en évidence chez mon libraire, m’a donné l’occasion de me lancer. Mais je m’égare…
Tout commence pendant la nuit. Un jeune parisien sort d’un théâtre où il est venu admirer une actrice dont il est follement amoureux. Il vit dans cette époque « étrange » qui a succédé à la Révolution (sans doute la monarchie de Juillet d’après les notes de l’ouvrage). 
« L’homme matériel aspirait au bouquet de roses qui devait le régénérer par les mains de la belle Isis ; la déesse éternellement jeune et pure nous apparaissait dans les nuits, et nous faisait honte de nos heures de jour perdues. L’ambition n’était cependant pas de notre âge, et l’avide curée qui se faisait alors des positions et des honneurs nous éloignait des sphères d’activité possibles. » 
 
Nerval
   Nous voilà donc auprès de cette génération pâle et maladive si bien décrite par Musset. Génération rêveuse… et c’est bien un rêve que poursuit notre narrateur au travers de la femme aimée. Or, en rentrant de sa soirée au théâtre, il passe devant une salle de lecture, regarde le journal et les cours de la Bourse. Des titres qu’ils possèdent viennent d’être cotés très haut, ce qui le rend riche. Mais cette nouvelle qui devrait l’enthousiasmer s’efface devant deux autres lignes du journal : « Fête du Bouquet provincial. – Demain, les archers de Senlis doivent rendre le bouquet à ceux de Loisy. » Ces deux phrases éveillent alors de lointains échos où résonnent des sons de cor, des chants des jeunes filles et où volent des rubans colorés. Rentré chez lui, ne narrateur ne peut trouver le repos et, dans son lit, voit toute sa jeunesse s’inviter dans ses songes. 
« La belle devait chanter pour avoir le droit de rentrer dans la danse. On s’assit autour d’elle, et aussitôt, d’une voix fraîche et pénétrante, légèrement voilée, comme celles des filles de ce pays brumeux, elle chanta une de ces anciennes romances pleines de mélancolie et d’amour, qui racontent toujours les malheurs d’une princesse enfermée dans sa tour par la volonté d’un père qui la punit d’avoir aimé. » 
Une magnifique nouvelle, du genre de celle que l’on relit à peine le livre refermé car on ne veut pas laisser s’échapper les nombreuses fragrances qui s’en dégagent. Tout, dans ce texte, est volatile comme la trace d’un parfum ou d’un songe. Sa force réside dans une alliance subtile entre le rêve et la réalité, dans la rencontre entre différents temporalités, celle d’aujourd’hui, celle des songes, celle du souvenir. « Considéré comme un récit qui annonce la déstructuration romanesque des années 50, Sylvie fascina bien des auteurs du XXe siècle, au premier rang desquels Marcel Proust ». C’est ce que j’ai aimé aussi dans cette lecture, cette impression de mise en abyme de la lecture, les réminiscences du narrateur se superposant à celles du lecteur qui, tout en découvrant ce récit, se remémore celui de Proust… Je vous conseille cette édition de Garnier-Flammarion car, en plus du dossier établit par Sylvain Léda (spécialiste, entre autres, de Musset), elle propose des documents iconographiques. 
 
Catégorie classiques français
 

jeudi 26 juin 2014

Les vivants de Matt de la Peña


À neurones fatigués, écriture simplifiée… Voilà la maxime de la fin du mois de juin qui m’a poussée vers ce livre judicieusement placé sur le présentoir des nouveautés de la bibliothèque près de chez moi. Et je n’ai pas été déçue par cette lecture car il faut avouer qu’à défaut de trouver un quelconque style (que je n’attendais pas…) j’ai trouvé une histoire bien prenante, même si elle est un peu longue à l’allumage.
Tout commence sur un bateau. Pincemi… Shy, un jeune mexicain embauché par la Compagnie Paradis, finance en partie ses études grâce à un job d’été. Garçon de piscine le jour, il s’occupe des nantis qui passent, eux, leur été à soigner leur bronzage. La nuit, il se transforme en porteur d’eau. Il en pince pour Carmen, une belle amazone qui vient du même quartier que lui mais qui est promise à un étudiant en droit (mais bien sûr, elle n’est pas sûre des sentiments qu’elle éprouve pour son futur mari, et encore moins de ceux qu’elle ressent peut-être pour son « ami » Shy…). Comme vous pouvez le constater, le premier tiers du livre surfe sur un mélange des Feux de l’amour mâtiné de La croisière s’amuse. J’avoue avoir songé à refermer rageusement l’ouvrage plusieurs fois. Mais, n’ayant rien d’autre à lire d’adapté à l’état de ma petite cervelle, j’ai persisté : bonne pioche !  
Le roman est divisé en huit jours et à partir du deuxième, l’ambiance est moins mièvre. Pour tout dire, on se rapprocherait plutôt d’un remake de War World Z. En effet, un tremblement de terre qui dépasse l’échelle de Richter touche la Californie et un tsunami va bientôt venir troubler la quiétude de la croisière… Mais ce n’est pas tout, une étrange maladie qui a déjà touché la famille de Shy, la maladie de Roméro, se répand parmi la population.
Alors, vous vous en doutez, Shy aura besoin de puiser au plus profond de ses ressources pour faire face à un destin qui lui réserve de bien sombres surprises… brrrrrrrr. Et moi, je n’ai pas eu besoin de puiser au plus profond de mes faibles réserves du moment pour me laisser emporter par cette histoire dont le deuxième tome sortira en novembre 2014. Et oui ! il s’agit d’un diptyque alors attention, ceux qui s’y laissent prendre devront attendre, comme moi, la suite des aventures de leurs héros. 
Roman publié dans la collection « R » de Robert Laffont, Les vivants, sous-titré « Vous regretterez d’avoir survécu » (re-brrrrrr) caractérise bien la production qui peut être celle des auteurs diplômés de « Creative Writing » : un produit bien formaté qui se consomme comme un bon McD. un jour de flemme intense. Si on se laisse prendre au jeu, on ne peut que regretter toutefois le manque de subtilité de l’ensemble. Les personnages sont très stéréotypés et on frôle l’overdose d’idées reçues. M’enfin, parfois, j’aime bien manger des frites avec de la mayonnaise… OK, la comparaison est un peu grasse, mais assez adaptée, la preuve :
« Rodney remercie ses amis en se penchant par-dessus la table pour les serrer dans ses bras, manquant d’écraser les pizzas au passage. Puis il se sert une première part. Bientôt suivie d’une deuxième, et d’une troisième.
L’odeur de fromage et de pepperoni fait tellement saliver Shy qu’il prend à peine le temps d’admirer Carmen (la belle amazone…). Son estomac gronde. Il saisit une part, tamponne l’excès de graisse avec une serviette en papier, et la replie comme il peut avant de mordre dedans. »
Encore une part ? 
Attention, cet extrait se situe dans le premier tiers du livre… sachez que les six jours qui suivent vous réservent bien des frayeurs !...

Catégorie SF

mercredi 18 juin 2014

Folles nuits de Joyce Carol Oates




   Il semblerait que je commence une nouvelle période Joyce Carol Oates… Il faut dire que son œuvre permet de nombreux allers-retours puisque l'on trouve aujourd’hui presque 70 livres traduits en français…
Celui que je vais vous présenter dans ce billet est vraiment original, une « brillante récréation d’écrivain » nous dit le Magazine littéraire, ce que je confirme. La romancière, dans ces cinq nouvelles – publiées  entre 2004 et 2007 dans des revues ou des ouvrages – imagine la fin de vie de cinq géants de la littérature : Edgar Alan Poe, Emily Dickson, Mark Twain, Henry James et Hemingway.
Ainsi, dans Poe Posthume ; ou Le Phare, Edgar Alan Poe se retrouve gardien de phare. La nouvelle s’inspire d’un manuscrit d’une page retrouvé dans les documents de l’auteur après sa mort en 1849, Le Phare. Le récit se déroule sous la forme d’un journal qui n’est pas sans évoquer Le Horla.
Cela commence ainsi :
7 octobre 1849. Ah ! réveil – l’âme gonflée d’espoir ! en ce jour, mon premier dans le Phare légendaire de Viña del Mar – c’est avec émotion que je trace les premiers mots de mon journal comme convenu avec mon mécène, le Dr Bertram Shaw.
Mais vous l’imaginez, ce séjour va se révéler plus angoissant qu’une simple sinécure… car très vite, sommeil perturbé et illusions morbides vont venir troubler le quotidien de cet isolement…. qui va vite devenir l’antichambre de la folie, dans une ambiance qui oscille entre l’univers de Poe et celui de Lovecraft.
Edgar Alan Poe
   Emily Dickson, elle, dans EdicksonRépliLuxe, se réincarne sous la forme d’un androïde d’à peine un mètre cinquante qui va être acheté par un couple n’ayant sans doute pas pesé toutes les conséquences de la présence de la réplique de la poétesse chez eux.
   Quel plaisir de lecture ! et quel talent ! L’écrivaine mélange ici plusieurs exercices. Tout d’abord, elle propose des nouvelles qui se dévorent sans faim, la tension narrative nous poussant vers la chute de manière inexorable. Ensuite, elle utilise avec brio la biographie des cinq écrivains pour nous plonger dans leur univers personnel, ce qui bien sûr amuse follement tout amateur de littérature. Enfin – et là, je m’incline avec respect – elle joue avec les codes narratifs propres à chacun de ces auteurs. Comme je l’ai déjà dit pour la nouvelle qui concerne Poe, on se retrouve plongé dans l’univers de ses nouvelles, mais il en est de même pour les autres.
   Pour conclure, on se trouve ici devant une « récréation » d’une écrivaine à la fois brillante et rompue à son art. Elle est capable de se fondre non seulement dans la peau d’un personnage, mais en plus d’y ajouter des contraintes qui rendent l’exercice plus piquant. Elle s’amuse mais nous aussi, et franchement, on en redemande. 
Joyce Carol Oates

 Extrait (incipit de Papa à Ketchum, 1961)
Il (Hemingway) voulait mourir. Il chargea le fusil. Deux cartouches. C’était forcément une joke, une blague. Deux cartouches. Il était un homme doué d’humour, un joker. Impossible de se fier à un homme comme ça, le joker du paquet de cartes, la quantité inconnue. Il rit. Sauf que ses mains tremblaient et que c’était honteux. Sa tête s’était encore remplie de pus. Il fallait faire le ménage. Sa tête avait des fuites. Et ça sentait : un pus verdâtre. Son cerveau était enflammé, enflé. Il était sournois. Il se mouvait sans bruit. Pieds nus dans l’escalier. Ce devait être le petit matin. Il s’était levé et était descendu. La femme croirait qu’il était allé aux toilettes dans le noir. Il avait repéré la clé sur le rebord de fenêtre de la cuisine. Il avait le fusil maintenant. (…) 
 
Catégorie recueil de nouvelles
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2010/02/17/et-un-challenge-un/


mercredi 11 juin 2014

Enclave de Philippe Carrese

Philippe Carrese est un auteur marseillais. Né en 1956, il a déjà a son actif dix-neuf polars, souvent situés dans la cité phocéenne, et dont certains sont inspirés de faits réels (il faut avouer que dans ce domaine, la belle du Sud fournit de quoi…). Mais cet auteur se caractérise par sa polyvalence puisqu’il est également réalisateur, illustrateur, et documentariste (voir sont site, ICI).
C’est totalement par hasard que je suis tombée sur Enclave, ouvrage publié initialement en 2009 chez Plon, qui vient de ressortir en édition de poche aux éditions de l’Aube. Je précise immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un polar mais bien d’un roman que je n’ose qualifier d’aventure en raison du contexte de l’histoire…
Janvier 1945 au nord de la Slovaquie. C’est la débâcle. Les Russes avancent. Le 17 janvier, ils sont en Pologne (fin janvier, ils franchiront l’Oder). L’occupant allemand commence à avoir froid aux fesses et dans le camp de travail de Medved’, il décide d’abandonner les lieux au hasard. Un hasard calculé toutefois puisque les nazillons, toujours créatifs, décident de couper les accès au camp qui se trouve dans un lieu particulièrement difficile d’accès. Tout d’abord sidérée, la communauté du camp de travail finit par réaliser que les Allemands sont partis. Passé le choc de cette incroyable libération, les résidents du camp s’organisent et mettent en place une nouvelle hiérarchie. Le camp pourra-t-il être évacué ? Les prisonniers pourront-ils fuir ce lieu où ils ont vécu l’horreur ? Les Allemands vont-ils revenir ? Qui va diriger la communauté et comment ? Voilà une partie des questions que l’on se pose en lisant fébrilement ce roman.
J’avoue avoir hésité beaucoup avant d’acheter ce livre. En effet, le romanesque associé à la thématique des camps de concentration me gêne souvent pour des questions d’éthique (oui, je sais, le terme est passé de mode mais j’assume mon côté vieille école). Enfin, le risque de complaisance morbide étant fort, il a fallu trois visites en librairie avant que je ne finisse par l’acheter, après avoir lu les premières pages… Et j’ai bien fait car non seulement Philippe Carrese évite la complaisance ou les effets faciles, mais il pose les bonnes questions. 
A travers les déboires de cette communauté oubliée de tous, il pose les éternelles questions du bien, du mal et des rapports de pouvoir entre les hommes (et les femmes…). Nous découvrons l’univers des prisonniers au travers du regard Eidesche, « le petit lézard », jeune garçon fluet utilisé par les nazis pour explorer des tunnels dans la montagne. On s’attache très vite à certains des personnages et on lit tout cela très vite car le suspense monte aussi vite que la température descend en Europe de l’Est l’hiver. J’ai souvent pensé à Tim Willocks qui ausculte lui aussi les comportements des hommes vivants en milieu clos. Alors je vous invite vraiment à découvrir ce roman. De mon côté, j'ai bien l'intention de découvrir les autres ouvrages de cet auteur !
 
Tatras, l'hiver, en Slovaquie
Extrait
Nous nous sommes rassemblés. Le peuple de Medved’, ou ce qu’il en restait, faisait corps. Le groupe compact s’est approché du gouffre. De la passerelle ferroviaire il ne restait que la poutre centrale tordue, qui n’arrivait même pas à rejoindre l’autre rive. Nous étions à jamais perdus sur ce bout de territoire, isolés du reste du monde. Dansko m’a dévisagé, silencieux. Il a regardé les femmes, les gamins, les survivants. Puis il est allé s’asseoir dans la neige au bord de la gorge, les jambes dans le vide. Il était tellement abattu qu’il en semblait serein. Un dernier éboulement résiduel, en face, est venu couper l’inutile route d’accès en épingle à cheveux. Le silence est revenu. Même le torrent, en contrebas, semblait rugir moins fort. Le faucon crécerelle est repassé, virevoltant à l’endroit où se dressait la passerelle, comme pour nous narguer. Ils sont partis ce matin. Et ne nous ont laissé aucune chance.


dimanche 8 juin 2014

Suis-je snob ? de Virginia Woolf


Cet essai de Virginia Woolf se compose de sept textes, dont le premier donne son titre au recueil. S’ils peuvent sembler disparates, ils ont en commun une réflexion sur l’aristocratie et le « beau », y compris dans le chapitre supprimé de Mrs. Dalloway « Un soir dans le Sussex ». 
Le premier, « Suis-je snob ? », est la transcription d’une conférence prononcée par Virginia Woolf pendant l’hiver 1936-1937 pour faire rire ses amis. Le sujet peut paraître désuet, la notion de snobisme ayant sombré dans les deux guerres qui ont embrasé le monde. Le terme désignait alors « la fascination des bourgeois pour la noblesse au sens strict » (définition donnée par Maxime Rovere dans l’introduction). Or, plus que les biens matériels dont elle ne manque pas, ou les titres, ce qui fascine Virginia Woolf dans la noblesse, c’est la « position assurée dans le monde. Le miracle de cette certitude lui paraît, pour ainsi dire, inhumain. » La réflexion qu’elle mène dans ce premier texte dépasse donc de loin la simple description des différentes classes sociales de l’Angleterre du début du XXe siècle, avec ses us et coutumes. 
Ce qui m’a intéressée dans cet ouvrage, c’est de découvrir un monde en voie de disparition. J’avais l’impression d’avoir devant les yeux les reliquats d’un monde agitant ses derniers feux avant liquidation. La vrai question qui surplombe cet essai étant : « L’art d’une époque véritablement démocratique sera – quoi ? » (question, soit dit en passant, que l'on devrait se poser régulièrement...).
J’avoue ne pas avoir été enthousiasmée par les questionnements sur l’apparence ni par l’heure du lever de la duchesse, préoccupations qui ne sont pas forcément des interrogations qui agitent ma petite cervelle, mais cela permet de mieux comprendre une époque et certains écrits. En effet, Proust, Henry James, Jane Austen et d’autres sont sans doute mieux compris après avoir lu cet essai qui a le mérite, en plus, d’être fort bien écrit.
Deuxième participation au mois anglais
Extrait

Malheureusement, la vie est ainsi faite que le succès littéraire signifie invariablement que l’on s’élève, jamais que l’on chute et rarement, ce qui serait beaucoup plus souhaitable, que l’on se diffuse dans l’échelle sociale. Le romancier en vue n’est jamais harcelé d’invitations à prendre un gin et des bigorneaux avec le plombier et sa femme. Ses livres ne le mettent jamais en contact avec le boucher ambulant, il n’entame jamais une correspondance avec la vieille dame qui vend des lacets et des allumettes à la porte du British Museum. Il devient riche, il devient respectable ; il s’achète un costume du soir et dîne avec ses pairs.(…) De l’autre côté, le vieux chasseur de rats et les palefreniers du temps de Shakespeare sont tous rejetés hors de scène, ou deviennent, ce qui est beaucoup plus offensant, des objets de pitié ou de curiosité. Ils servent à faire voir la richesse. Ils servent à souligner les maux du système social. 

Et un essai, un !