mardi 21 juin 2016

Auprès de l'assassin de Louis Sanders

Après une période woolfienne, voilà une participation au mois anglais plus noire... Fini les jardins et le thé dans une ambiance cosy ! Avec ce premier roman, nous partons en Dordogne avec un couple d'anglais venu s'installer dans la région connue pour ses charmes touristiques.
Mark et Jenny ont en effet décidé de migrer en France. Ils ont acheté une vieille bâtisse "à rafraîchir" afin d'ouvrir des chambres d'hôtes. Leur fils Jimmy les accompagne. Alors qu'ils sont enthousiastes et prêts pour toutes les rencontres amicales, ils vont se retrouver face à des locaux plus ou moins hostiles. La bâtisse à rénover s'avère en piteux état et dans les bois alentours, mouches et animaux crevés ne créent pas vraiment une gentille ambiance. De plus, les voisins sont des taiseux qui semblent prendre un malin plaisir à faire fonctionner leurs machines agricoles à des heures indues. 
Vous vous en doutez, le roman va nous conter la déconfiture du couple qui, pensant fuir la vie urbaine anglaise, se retrouve dans une sorte de guerre des tranchées à la sauce périgourdine. J'ai souvent pensé, pendant la lecture, au roman de Fabienne Juhel La Nuit du renard qui conte parfaitement le choc des cultures qui peut parfois naître entre urbains et ruraux.
Voilà un polar qui nous propose bien mieux que les éternels meurtres en série. C'est surtout un roman noir, qui propose une véritable ambiance. Il se dévore sans retenue et j'ai déjà envie de lire d'autres ouvrages de cet auteur. Le rapport avec le mois anglais est double : tout d'abord, Louis Sanders a fait ses études en Angleterre. Il vit aujourd'hui en Dordogne mais son expérience d'expatrié nourrit ses romans. Ensuite, l'Angleterre, par son absence, est finalement omniprésente dans le roman (mais je ne peux vous en dire plus au risque de dévoiler une partie de l'intrigue). Enfin, un bon roman noir qui m'a laissé un souvenir persistant.

Extrait (prologue)
"Elle était allongée au bord de la rivière, dans ses vêtements trempés.
Ils s'étaient rués à l'extérieur et cherchaient d'où venaient les cris. Martin apparut au coin de la grange. Il gueulait : "Regardez, regardez, elle s'est noyée dans la rivière !"
Et c'est seulement à ce moment-là qu'ils la virent. Elle gisait, inerte.
C'était en octobre. Il faisait beau, un peu frais. Le mur de la grange reflétait le soleil. La lumière prit une autre qualité, comme dans un mauvais rêve. Il n'osait plus s'avancer vers le corps. Avec la mort, cette femme leur devenait étrangère."

mercredi 15 juin 2016

Les mercredis woolifiens (2) - Virginia Woolf par Dominique Brard

      
Les médiathèques sont des lieux merveilleux. Alors que j'errais comme une âme en peine à la recherche de lectures pour le mois anglais, le rayon Virginia Woolf m'a proposé ce DVD distribué par Les Films d'ici : Virginia Woolf 1881-1942, un film de 48 mn réalisé par Dominique Brard. Il a été diffusé le 15 janvier 2000 dans le cadre de l'émission Un siècle d'écrivains (n° 216).
Tout en découvrant de nombreuses images d'archives, nous partons à la découverte de la vie de la romancière. Les allers-retours chronologiques sont nombreux et c'est avec beaucoup de pudeur que le voile se lève sur certains épisodes douloureux de la vie de Virginia, de ceux qu'elle appelait les moments de "non-être". Le film s'ouvre sur une lecture d'extraits de Mrs Dalloway, premier roman d'une œuvre à venir. C'est au travers d'une lecture de ce roman que la réalisatrice essaie de cerner la personnalité de l'écrivaine. De nombreuses photos de famille illustrent le propos. La nièce de la romancière, Angelica Garnett, les commente tout en convoquant ses propres souvenirs. Le passage où elle évoque le demi-frère incestueux est particulièrement émouvant (et tout aussi glaçant...).

Le travail de composition du film s'avère particulièrement évocateur. Les images d'archives se mélangent à de réelles prises de vues qui composent parfois de très belles métaphores visuelles. Ainsi, les souvenirs colorés de Virginia Woolf, lus, sont associés à des papillons qui vont laisser place à une eau d'un gris métallisé couplée au bruit des vagues qui s'échouent sur la plage. Ainsi, l'association libre du courant de conscience de la romancière semble prendre forme pour quelques instants.


Mais l'ensemble du film se tisse autour de la folie qui rôde autour du thème de l'émancipation impossible, et pourtant recherchée dès l'enfance. L'engagement de Virginia Woolf dans la lutte pour la libération des femmes est mis en valeur, comme les relations qu'elle saura nouer avec Sigmund Freud qu'elle sera la première à publier en Angleterre. On entend avec émotion la voix de Virginia Woolf à la fin du film, voix enregistrée durant une conférence à la BBC, en avril 1937. 
Une belle façon de partir sur les traces de la romancière et un très beau film documentaire proposé aujourd'hui à la diffusion dans les bibliothèques publiques... ou quand l'art se couple avec la volonté d'instruire... 


jeudi 9 juin 2016

Le jardin de Virginia Woolf de Caroline Zoob


Vous aimez Virginia Woolf ? Vous aimez les jardins, et particulièrement les jardins anglais ? Vous aimez les fleurs et les bouquets ? Alors ce livre est triplement pour vous ! Mais attention, si vous ne disposez pas d’un carré de verdure pour assouvir vos besoins jardiniers, vous risquez fortement de vous retrouver avec une furieuse envie de campagne…
L’ouvrage est préfacé par Cecil Woolf, fils de l’un des frères aînés de Leonard. Le neveu du couple Woolf séjourna à Monk’s House chez son oncle et sa tante. En sept chapitres, ce livre déroule l’évolution du jardin depuis 1919, le tout magnifiquement illustré par des photos de Caroline Arber qui séjourna dans la maison alors qu’elle était occupée par la rédactrice de cet ouvrage, Caroline Zoob. Enfin… si vous voulez bien me suivre, je vous invite à entrer dans la demeure qui fut celle de Virginia et Leonard. 
« Je ne vous en dis pas plus, il vous faudra venir , vous asseoir sur l’herbe avec moi, ou vous promener sous les pommiers, ou grappiller des fruits – cerises, prunes, poires, figues, et des masses de légumes. C’est notre nouvel enfant chéri, je vous préviens. » (Lettre de Virginia Woolf, Volume II, 1912-1922)
 Située dans le Sussex, au nord du village de Rodmell, la maison date du XVIIIe, siècle qui la vit héberger des menuisiers et des meuniers. Le 1er juillet 1919, elle fut vendue à Leonard Sidney Woolf et devint rapidement le lieu de séjour campagnard du couple. Le jardin, protégé par des murets de silex, abritera pendant vingt-deux ans le travail d’écriture de Virginia. Lieu de calme et de repos, il aidera également la romancière à se remettre de ses périodes de dépression, tout en lui offrant l’inspiration. Après le suicide de Virginia, son mari occupera la maison jusqu'à sa mort, en 1969. 
La découverte de la maison se fit en 1919. Le couple était marié depuis sept ans, alors que Virginia connaissait des débuts prometteurs, tout en se remettant d’une période difficile en terme de santé mentale. Elle doit son nom, Monks’House, au singe domestique de Leonard, un marmouset nommé Mitzi (enfin, le livre parle d’une origine « mystérieuse », alors que je prends la liberté d’envisager un nom dérivé tout simplement de « monkey »). Les animaux étaient d’ailleurs nombreux sur les lieux : des chiens, des chats et des poissons rouges dans le bassin. Pinka, un cocker sable offert par Vita Sackville-West, servira de modèle à Flush, mais il y aura aussi Coco et Bess. Les bêtes donnent lieu à une série d’anecdotes rigolotes comme la celle de la crise de jalousie du singe alors que son maître embrassait Virigina au pied d’un arbre dans lequel le Mitzi était monté.  


Leonard devint très vite un excellent jardinier et finira d’ailleurs par adhérer à la société d’horticulture du coin. D’un confort spartiate à l’achat, la maison – et le jardin – seront régulièrement améliorés grâce aux rentrées d’argent liées à l’activité littéraire de Virginia. Le couple se répartit les frais. Ainsi, « Virginia payait plutôt les meubles, tapis et tableaux (…), et Leonard réglait les voitures et les frais du jardin » pendant que Virginia déplore que leur « argent sert à l’arroser »… La vente de La Promenade au phare, le cinquième roman de V. Woolf, paiera ainsi le champ de Pound Croft qui devait agrandir le jardin et permettre une plus grande intimité. Les 3000 mètres carrés de terrain seront ainsi complétés. Le côté rustique de la maison n’empêcha pas les amis de venir nombreux et le livre offre de nombreuses photographies où l’on  peut les voir. Mais ce que l’on découvre surtout dans ce livre, en dehors des très nombreuses anecdotes sur la romancière qui ne pourront qu’intéresser tous les aficionado(a)s, c’est un magnifique jardin. 
On se prend à rêvasser sur les doubles pages pleines de dahlias colorés, on s’arrête sur les bouquets composés pour les visiteurs de la maison, tout en pensant à Mrs Dalloway sortie acheter des fleurs. On admire l’inventivité à l’œuvre dans la création des nombreux espaces qui organisent le jardin. Et l’on s’offre surtout un moment de lecture des plus agréable.
Un grand merci à Dominique pour cette très belle découverte. Son billet est ICI.
Cette lecture s'inscrit bien sûr dans le mois anglais de Lou et Crissylda et dans la lecture commune du jour qui tournait autour de la "campagne anglaise".  


Logo ancien mais adapté au sujet du jour...

mardi 7 juin 2016

La Scène londonienne de Virginia Woolf


     Alors que je cherchais désespérément un ouvrage se déroulant à Londres pour le mois anglais de Lou et Cryssilda, mais aussi un livre que j'avais envie de lire... Virginia Woolf s'est imposée tout naturellement. Ce petit recueil de 80 pages se compose de six textes qui proposent une découverte de la capitale anglaise tout autant qu'une découverte des populations qui la compos(ai)ent. Des docks de Londres à la Chambre des Communes, l'écrivaine nous emmène visiter sa ville tout en posant un regard aiguisé sur les différences qui marquent les classes sociales. Sociologue avant l'heure, Virginia analyse avec beaucoup de lucidité la manière dont les lieux s'associent avec une population qui l'incarne, et inversement.
   Les cinq premiers textes sont issus d'une commande du magasine Good Housekeeping. Les articles furent publiés dans les numéros de décembre 1931, janvier, mars, mai et octobre 1932 du magasine avant d'être édités aux États-Unis en 1975, en Angleterre en 1982, puis traduits en français pour l'édition présente en 1983. 
   L'ouvrage étant parfait pour partir à la découverte de la ville, je vous propose donc d'illustrer chaque chapitre par une photographie et une citation. Mon avis se limitera au relevé d'un aspect particulièrement frappant développé dans le texte.

1. Les Docks de Londres

Un trois-mâts scandinave dans le dock "West India", 1830
    "En remontant à la vapeur vers Londres nous rencontrons ses ordures qui descendent le fleuve. Des péniches chargées de vieux seaux, de lames de rasoir, d'arêtes, de journaux et des cendres - tout ce que nous laissons dans nos assiettes et jetons dans nos boîtes à ordures - déchargent leurs cargaisons sur le sol le plus déshérité du monde."
Aujourd'hui, la rénovation ayant frappé, les docks ne ressemblent plus du tout à ce qu'ils étaient... En 1981, Mme Tatcher a lancé l'opération "Docklands" et les centres d'affaires ont remplacé les anciens équipements industriels. Vous pouvez vous en faire une idée ICI

2. La marée d'Oxford Street

Oxford Street en 1930
Le début de ce texte particulièrement savoureux file la métaphore de "l'affinage" qui se déroule entre les docks et le quartier commerçant d'Oxford Street. Après la crudité des matériaux qui débarquent bruts des navires de transport, l'affinage donc. Les dockers cèdent le pas aux "habits noirs". Ici, tout "rutile et scintille". Mais les snobs et les moralistes montrent du doigt le quartier encore trop populeux à leur goût, quartier où l'on trouve de tout... et même des tortues :
"A un autre on trouve des tortues sur une litière d'herbe. Les plus lentes et les plus contemplatives des créatures accomplissent leurs tranquilles évolutions sur un pied ou deux de trottoir, jalousement préservées des pieds des passants."

3. Maisons de grands hommes

La description de la maison de Keates par Virginia Woolf semble bien éloignée de ce que l'on découvre aujourd'hui :

Maison de Keates à Hampstead
"A part les deux chaises la pièce est vide, car Keats ne possédait pas grand chose, quelques meubles et, disait-il, pas plus de cent cinquante livres."

4. Abbayes et cathédrales

St Paul en 1930
"C'est un lieu commun, mais nous ne pouvons que le répéter : Saint-Paul domine Londres. De loin son dôme s'enfle comme une grosse boule grise qui se fait énorme et menaçante, écrasante, à mesure que nous approchons, pour disparaître d'un coup."

5. Voici la Chambre des Communes

Virginia Woolf, dans ce texte, manie avec brio une ironie bon teint. Elle se demande ainsi ce qu'il faut faire pour avoir le droit de se transformer un jour en l'une de ces statues qui regardent passer de leurs yeux vides les processions démocratiques. Les jacasseries des oiseaux du jardin doublent celles des vénérables messieurs des Communes. Dans ce lieu où l'on change le destin du monde, on porte "les hauts-de-forme les mieux lustrés qu'on puisse voir en Angleterre", on est "sévère comme le marbre" et l'on respecte un code de conduite imperturbable.

6. Portrait d'une londonienne

Tasse "vintage" années 30
Ce dernier texte est une publication inédite en recueil. Il parut en décembre 1932 dans Good Housekeeping mais ne figurait pas dans les éditions américaine et anglaise. Il propose le portrait de Mme Crowe, Londonienne qui réside dans l'une de ces maisons privées qui incarnent la ville.
"C'était dans son salon que les innombrables fragments de la vaste métropole semblaient se rassembler en un ensemble vivant, compréhensible, amusant et agréable."
 
 Vous l'avez compris à la lecture de ce billet sans doute, mon voyage en Angleterre se fera essentiellement en compagnie de Virginia Woolf...

2e participation au mois anglais

mercredi 1 juin 2016

Les mercredis woolfiens (1) - Mrs Dalloway de Virginia Woolf


Alors que s'ouvre le mois anglais, et après avoir longuement hésité concernant le livre digne d'ouvrir le mois de juin, rien ne m'a paru plus adapté aux circonstances que ce roman de Virginia Woolf. En effet, Mrs Dalloway déroule la journée d'une femme et s'ouvre par une fraîche matinée du mois de juin. Il condense, au milieu de ce mois printanier tout ce que la romancière, comme sa narratrice, aimait : "la vie, Londres, ce moment de juin".
La guerre enfin terminée a laissé la place aux mondanités et Mrs Dalloway sort de chez elle afin d'acheter un bouquet de fleurs. Elle reçoit le soir et souhaite décorer sa maison. Une fois à l'extérieur, elle plonge dans l'ambiance londonienne qui va induire chez elle sensations et souvenirs qui vont rythmer le déroulement de se journée et agiter une vie intérieure qui semble se mouvoir de manière autonome. Au centre de cette journée, les cloches de Big Ben. "Ah ! Il commence. D'abord, un avertissement musical, puis l'heure, irrévocable. Les cercles de plomb se dissolvent dans l'air."
Big Ben. Source ICI
Entre chaque sonnerie, le "flux et le reflux des choses". Et entre le cercle des sons, des personnages qui viennent tournoyer dans le monde de Clarissa. Dans ces personnages, il y a Peter Walsh, l'homme de onze heures et demi, l'amoureux éconduit qui habite maintenant aux Indes et qui aime une femme plus jeune. Il y a Septimus, le fou, l'homme de onze heures et trois quarts. Assis sur une chaise verte, dans un parc, il se souvient, entend les oiseaux parler en grec et voit des visages de vieilles femmes dans les fougères. On songe bien sûr aux épisodes délirants de Virginia Woolf en lisant les passages qui concernent ce personnage très émouvant qui, devant une rivière dit à sa femme "Maintenant, allons nous tuer"...

Septimus incarné par Rupert Graves
Il y a l'homme de quinze heures, Richard, le mari de Clarissa, et tout les autres, présences pensantes qui se meuvent dans l'espace narratif comme des fantômes pensants. Car tout l'intérêt réside bien dans l'expression du monde intérieur des personnages, dans la manière dont les rencontres font surgir des souvenirs, des rêveries ou des mécanismes de pensée parfois dangereusement peu contrôlés. 
C'est un roman qui peut sans doute déstabiliser, mais c'est aussi l'un de ces romans dans lequel on peut plonger avec une véritable délectation. Ce fut le cas pour moi alors que je lisais ce livre pour la deuxième fois, l'appréciant encore plus que lors de la lecture initiale. Belle méditation sur le temps, l'ouvrage renvoie parfois à Proust, mais j'ai apprécié une écriture beaucoup plus "lisible" et surtout, une écriture qui m'a paru plus incarnée. Pour tou(te)s ceux(celles) qui souhaitent découvrir la romancière anglaise, je ne peux que vous inviter à commencer par ce roman beaucoup plus accessible que Les Vagues.



dimanche 22 mai 2016

Les trois lumières de Claire Keegan


     Quelle merveille ce petit roman irlandais ! Commencé hier soir, terminé ce matin au petit déjeuner, il a illuminé le début de ma journée et rarement un titre ne m'aura autant semblé adapté à un livre. Car voici un récit totalement nimbé de silences et de lumière. Tout est suggéré en douceur, y compris lorsque les situations sont dramatiques. 
   Nous sommes dans la campagne irlandaise, à une époque qui paraît presque indéterminée. Un dimanche, par une journée chaude, après la messe, un père conduit son enfant vers une famille inconnue. Écrit à la première personne, le roman nous propose un monde vu au travers du regard de la petite fille tressée qui, sur la route, s'attarde sur "le ciel bleu (...) garni de nuages crayeux". Peu de paroles échangées entre le père et la fille et il en sera de même lorsque la fillette arrivera chez les Kinsella. C'est donc petit à petit, et par hasard, que l'enfant, durant l'été, va découvrir les zones d'ombre qui habitent la maison de ce couple sans enfants. 
   J'ai évoqué au début de ce billet le silence. C'est peut-être ce qui m'a le plus frappée à la lecture de ce roman. A une époque où les flux d'informations - et de paroles - nous ensevelissent sous des propos parfois vides de sens, ce court récit que je qualifierai bien de nouvelle, redonne du poids aux mots prononcés. Peu nombreux, associés à des gestes évocateurs, ils se lestent d'une force aérienne. Voyez cet extrait qui condense la tonalité de ce roman que je vous invite vivement à découvrir :
"Nous plions mes vêtements et les rangeons à l'intérieur, avec les livres que nous avons achetés chez Webb à Gorey : Heidi, What Katy Did Next, La Reine des neiges. Au début, je n'arrivais pas à déchiffrer certains mots compliqués mais Kinsella plaçait son doigt sous chacun d'eux, patiemment, jusqu'à ce que je les devine, puis je l'ai fait toute seule jusqu'au jour où je n'ai plus eu besoin de devenir, et où j'ai continué ma lecture. C'était comme apprendre à faire du vélo : j'ai senti le mouvement, la liberté d'aller à des endroits où je n'aurais pas pu aller avant, et c'était facile."
Claire Keegan
Claire Keegan est membre de l'Aosdána, une organisation irlandaise de promotion des arts. Elle a publié trois ouvrages : L'Antarctique, Les Trois lumières et A travers les champs bleus, un recueil de nouvelle paru en France aux éditions Sabine Wespieser. Elle est traduite de l'anglais d'Irlande par Jacqueline Odin. 

L'avis d'Aifelle (nous avons choisi exactement le même extrait sans nous concerter...) et de Luocine.

jeudi 19 mai 2016

Do you like a cup of tea ? ou le mois anglais


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     Ce qu'il y a de bien avec Étonnants voyageurs, c'est que cela donne envie de partir voir ailleurs si le ciel est plus bleu. Pas sûr que cela soit en Angleterre que l'ambiance climatique soit aux tonalités céruléennes, mais j'ai quand même décidé de participer au mois anglais de Lou et Crissilda. Cela se limite à un seul mot d'ordre : fêter l'Angleterre sur nos blogs. Chacun(e) est libre de proposer un ou des billets et de nombreux rendez-vous sont prévus pour pimenter l'affaire : 

Un roman qui se passe à Londres - également LC du Blogoclub de Lecture (titre retenu par le Blogoclub : "Black-out " de John Lawton) : 1er juin

(Vieilles) dames indignes ou indignées - Willa Marsh, Mary Wesley, Nancy Mitford, Barbara Pym, Agatha Christie, Elizabeth Taylor, Stella Gibbons... : 3 juin

Meurtre à l'anglaise (ou plus prosaïquement Polars anglais) : 5 juin

Autour de Jane Austen (romans, adaptations, biographies, austeneries...) : 7 juin

Campagne anglaise (lectures ou films se déroulant principalement à la campagne ou dans de petits villages anglais, photos de voyage...) : 9 juin

Auteurs anglais d'origine étrangère : 11 juin

Connie Willis, “Sans parler du chien” : 13 juin

Victoriens anglais (Les soeurs Brontë, Wilkie Collins, Dickens, Gaskell, George Eliot, Thackeray, Trollope...) :  15 juin

Sherlock Holmes, l'original et les produits dérivés (les titres/films mettant en avant Arthur Conan Doyle rentrent aussi dans cette LC): 17 juin

Rois et Reines d'Angleterre : 19 juin

Un écrivain contemporain au choix : 20 juin

Angela Huth :  21 juin

George Orwell : 23 juin

Théâtre anglais, tous siècles confondus (Shakespeare, Elisabéthains, Tom Stoppard, Nell Leyshon...) : 25 juin

Anita Brookner : 27 juin

Agatha Christie : 28 juin

Littérature enfantine ou adulescente ou adaptations sur grand et petit écran (Winnie, Beatrix Potter, Paddington Bear, Gruffalo, Neil Gaiman, Harry Potter, Roald Dahl, Mary Poppins...) : 29 juin

   A l'heure où je rédige ce billet, je n'ai absolument aucune idée de ce que je vais lire pour le mois en question, ça commence bien me direz-vous... Mais comme les organisatrices invitaient à confectionner un logo, j'ai immédiatement activé mes petites mimines et voici celui que je propose (et en plus, je suis très contente de moi...) :


Enfin, j'envisage quand même de lire peut-être un Jane Austen et j'aimerais bien aussi lire une pièce de Shakespeare afin de coupler avec le challenge Shakespeare et celui sur le théâtre. Si vous avez des idées de lectures en ce qui concerne les auteurs contemporains, je prends car je connais très mal la littérature anglaise contemporaine. 

Je couple cela avec le challenge British mysteries proposé par Lou aussi car mon goût pour les polars saura bien m'inspirer quelques lectures anglaises frissonnantes... Je participe en catégorie Esprit es-tu là ? qui propose des manifestations sporadiques et inattendues à effet garanti. Entre 1 et 5 participations, cela devrait être possible... Le challenge se déroule jusqu'en mai 2017.

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lundi 16 mai 2016

Etonnants voyageurs


Samedi 14 mais 2016
Arriver sous un ciel gris/Oublier le froid au salon du livre/Premières dédicaces/Un auteur peu loquace/Des moules frites au chaud//Entendre Mathias Enard parler de boussole et de tapis volants/Tomber sous le charme de l'humour de Leonardo Padura/Une rencontre inattendue//Un film magnifique et terrifiant : La supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse.

Mathias Enard
Être émue face à Nancy Huston/Rencontrer des écrivaines sympathiques et souriantes/Avoir une dicace en russe/Bavarder avec plaisir/Être heureuse parmi les livres//Entendre une salle éclater de rire en cœur/ Les anecdotes croustillantes et l'humour salvateur de Yann Queffelec/Avoir loupé une conférence attendue/Se consoler une fois encore au milieu des livres/Des achats nombreux/Rentrer tard et se préparer au lendemain en riant//
Nancy Huston
Les achats de samedi
Dimanche 15 mai 2016
Arriver sous le soleil/Entendre parler, par Tom Cooper, d'un vétéran à qui l'on a volé une prothèse ou comment naît un roman/ Imaginer "les alligators et les voix cajuns"/ Avec Alfred Alexandre, partir dans l'espace caribéen/Une deuxième rencontre inattendue/Entendre un véritable "écrivain qui voyage" : Caryl Férey/ L'imaginer sur les dancefloors/ Avoir envie de lire Condor//
"Atmosphère" au café littéraire
St Malo sous le soleil
 Avoir loupé la conférence avec Nancy Huston/Se promener sous le soleil/Profiter de la compagnie d'une amie/Bavarder en flânant/Manger des glaces/Se laisser porter par une belle journée/Ne plus suivre de programme/ Retrouver Mathias Enard et les tapis de prière avec boussole intégrée/Être peu raisonnable/Une rencontre littéraire avec Caryl Ferey, John Vaillant et Yana Vagner/ Un moment privilégié avec Kim Thuy/ Avoir des souvenirs plein les yeux et la pensée au vent...

Addendum : pour Maggie, les achats du dimanche
(souvent avec dédicace...)

Les achats du dimanche...

mercredi 11 mai 2016

La Confession d’un enfant du siècle de Musset


    Musset a vingt-cinq ans lorsque paraît ce roman, en février 1836. L’œuvre est connue pour son caractère autobiographique en lien avec la liaison de l’écrivain avec George Sand. Mais si l’ouvrage contient des « aveux partiels » selon la formule de Franck Lestringant (qui a rédigé la préface de l’édition du Livre de poche), il s’élève bien au dessus d’une simple illustration des fameuses amours de Venise pour atteindre une dimension mythique. Autrement dit, les aventures d’Octave incarnent, plus qu’une simple énième aventure passionnelle de plus, le drame de toute une génération. Celle qui essaiera en vain de surmonter les ruines du drame de Waterloo, celle qui chante avec Musset en regardant les abbayes en ruines, cette « génération ardente, pâle, nerveuse » et… romantique.
« Tous ces enfants étaient des gouttes d’un sang brûlant qui avait inondé la terre ; ils étaient nés au sein de la guerre, pour la guerre. Ils avaient rêvé pendant quinze ans des neiges de Moscou et du soleil des Pyramides ; on les avait trempés dans le mépris de la vie comme de jeunes épées ».
En cinq chapitres qui évoquent ceux d’une tragédie, le narrateur, à la première personne, nous raconte trois ans de vie. Tout commence alors qu'Octave n'a que dix-neuf ans. Alors que la vie semble lui sourire, une simple fourchette va le faire sombrer dans les affres de la trahison amoureuse. En effet, il découvre en se penchant pour la ramasser que sa maîtresse entrelace amoureusement sa jambe à celle de son voisin... Après un duel pour venger cet affront, le jeune homme va lentement mais sûrement sombrer dans la "maladie du siècle". Inconsolable, il va alors se lancer dans une vie de débauche, acoquiné avec son fidèle ami Desgenais (qui a pour modèle dans la vie Alfred Tattet).

Musset vu par Charles Landelle
"L'apprentissage de la débauche ressemble à un vertige ; on y ressent d'abord je ne sais quelle terreur mêlée de volupté, comme sur une tour élevée. Tandis que le libertinage honteux et secret avilit l'homme le plus noble, dans le désordre franc et hardi, dans ce qu'on peut nommer la débauche en plein air, il y a quelque grandeur, même pour le plus dépravé."
La mort de son père va alors changer la situation. En effet, à la campagne, il va rencontrer une jeune femme, Brigitte Pierson. Je ne vais pas plus loin en ce qui concerne le résumé de l’œuvre afin de ne pas tout révéler... Mais vous vous en doutez, Brigitte, qui sera fort tourmentée par Octave, n'est que le masque qui cache le visage de George Sand.
Je suis bien ennuyée pour donner un avis sur ce roman car je l'ai lu non comme un roman mais comme la vision d'une époque. Et à ce niveau là, je n'ai pas été déçue ! Si vous souhaitez connaître un peu mieux le romantisme, si vous voulez savoir quelles furent les conséquences morales de l'épopée napoléonienne en France, lisez ce livre. La Confession et les aventures passionnelles ne commencent qu'à partir du troisième chapitre. Avant l'histoire amoureuse, les deux chapitres qui ouvrent le roman nous plongent auprès de la génération fébrile qui grandit à l'ombre des bottes des soldats de la Grande Armée. "L'ogre" Napoléon Ier laissa derrière lui un million de morts et la "jeunesse soucieuse" qui suivit n'eut de cesse de traîner dans le sillage de la grande faucheuse. Ce roman de Musset est l'une des perles noires secrétées par les lendemains qui déchantent...
"Il leur restait donc le présent, l'esprit du siècle, ange du crépuscule, qui n'est ni la nuit ni le jour ; ils le trouvèrent assis sur un sac de chaux plein d'ossements (...)".




dimanche 8 mai 2016

Un marathon de trois semaines : le bilan avec des nouvelles !

Source ICI

     Je trouve enfin le temps de venir faire un bilan du marathon de lecture qui m'aura occupée durant trois semaines, du lundi 11 avril au dimanche premier mai. Je vous rappelle, pour ceux qui auraient loupé un épisode, que ce "RAT a week spring edition" était organisé par Chroniques littéraires et durait à l'origine un mois entier (j'ai pris le train en cours de route).

   Le bilan est très satisfaisant. Voici les livres lus entièrement (je ne compte pas ceux que j'avais déjà commencés avant, terminés à cette occasion dont Les Contemplations) :
- A ce stade de la nuit de Maylis de Kerangal : un bijou !
- La Confession d'un enfant du siècle de Musset : un classique enfin lu.
- Mémoire de fille d'Annie Ernaux : un livre vraiment marquant auquel je pense encore (avec son "photo-journal" présent dans l'édition Quarto de ses œuvres).
- La Patience du diable de Maxime Chattam : un polar bien addictif.
- La Voie des fleurs de Gusty L. Herrigel : pour être zen.
- Alfred de Musset. Les fantaisies d'un enfant du siècle de Sylvain Ledda : une biographie imagée de Musset, aux éditions de la Découverte. Très agréable à lire.


- Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée de Musset : un proverbe de Musset et une relecture agréable.
- Ecrire est une enfance de Philippe Delerm : récit autobiographique. Une lecture facile et tendre sur l'enfance d'un écrivain.
Toutes les femmes sont des Aliens d'Olivia Rosenthal : bof. Vite lu et déjà oublié.
La dernière enquête du chevalier Dupin de Fabrice Bourland : court roman policier historique inspiré de la vie d'Edgar Poe. Sympathique.
- Histoire du silence d'Alain Corbin : beau livre d'histoire des mœurs, truffé de citations littéraires. Le billet reste à rédiger...
- Un Max d'amour monstre de Richard Couaillet : un livre de littérature jeunesse bienfaisant !
- Léopoldine Hugo et son père de Florence Colombani : un ouvrage vraiment très agréable, qui permet de revoir la biographie d'Hugo tout en découvrant de nombreuses anecdotes sur "Toto et Didine"...

http://sweetbriar-cottage.tumblr.com/
  
 Le bruit des pages a été continu... puisque j'ai tourné :
- 1440 pages la première semaine
- 680 pages la deuxième semaine
- 737 pages la troisième semaine
Soit un total de 2857 pages ! C'est impressionnant tous ces chiffres... Mais plus que les chiffres finalement peu important, j'ai surtout apprécié l'ambiance et les échanges avec mes fidèle copinautes L'Or, Hilde et Lou ! C'est ce qui me restera de ce RAT.  
Seule ombre au tableau, je n'ai rédigé aucun billet et à l'heure où je rédige celui-ci, un nouveau "plan orsec-copies" est en route (les copies, c'est comme les petits pains, il en apparaît toujours de nouvelles...). Je suis donc au regret de vous dire qu'il faudra attendre un peu pour lire les billets tant attendus sur Annie Ernaux, Florence Colombani et les autres... Je vais essayer de m'y mettre durant la semaine prochaine, tout en préparant le festival Etonnants voyageurs encore plus attendu dont je ne manquerai pas de venir vous parler.

Source ICI