mardi 2 septembre 2014

La cause des livres de Mona Ozouf


Avertissement : 
Ce billet, écrit durant les vacances vous semblera un peu... décalé. Mais c'est ce qui fait son charme !  
Voilà en sept chapitres de quoi alimenter bien des rêveries littéraires…. Dans ce livre publié en 2011 par Gallimard, Mona Ozouf propose une compilation d’articles composés en quarante ans de collaboration avec le Nouvel Observateur. L’historienne spécialiste de la Révolution française est également connue pour ses critiques littéraires et pour son travail sur le roman (Les aveux du roman. Le XIXe siècle entre Ancien Régime et Révolution, 2001).
La masse d’articles pourrait être proposée seulement comme une flânerie, mais Mona Ozouf ne s’est pas contenté de cela. Le disparate s’organise et se déroule au travers de sept thèmes : « Une patrie littéraire », « Une liasse de lettres » où l’on trouvera des ouvrages épistolaires, « Voix d’ailleurs » avec une très belle compilation d’articles sur la littérature anglaise, « Portraits de femme », « Tableaux de la France et des Français », « Lumières, Révolution, République » où l’historienne reprend ses droits et « Parmi les historiens » où j’ai pris grand plaisir à lire une critique sur le très beau livre de Michelle Perrot, lu l’an dernier, Histoire de chambres. 
Autant dire que chaque lecteur peut y trouver son compte. En fonction des affinités, on passe plus ou moins de temps sur certains chapitres, ou sur certains articles, mais toujours on est intéressé. Je l’ai lu dans l’ordre, en savourant un ou plusieurs chapitres tous les jours. Je le retrouvais avec plaisir, me demandant en l’ouvrant vers quel écrivain et quelle œuvre elle allait me conduire. J’ai lu avec enthousiasme des groupes de chapitres thématiques comme ceux sur Henry James. Mes impressions de lectures variaient donc selon les articles, et c’est bien ce qui fait l’intérêt de cet ouvrage. L’ensemble forme véritablement une invitation à la lecture et à l’ouverture d’esprit. Chaque article dispense en même temps une réflexion sur l’acte de lire et sur l’importance de cet acte, le tout sans jamais être trop didactique. Tant d’intelligence ne peut que réjouir et la somme proposée ici a un côté rabelaisien qui ne peut que plaire à tout lecteur à tendance boulimique. En effet, on ne cesse de noter des ouvrages, de souligner des passages. On a envie de courir à la bibliothèque. On se dit qu’il est trop tard, que l’on ne pourra jamais lire tout ça. On se dit aussi qu’il nous reste tellement de merveilles à découvrir. On se dit que la lecture alliée à l’intelligence produit de beaux enfants. On fait sa valise pour les vacances avec plusieurs pavés, tout à coup pris par une frénésie livresque. 
Alors, dois-je le dire, j’ai fermé cet ouvrage avec un brin de nostalgie et je n’arrive pas à le ranger dans ma bibliothèque. Je crois qu’il passera les vacances sur ma table de nuit, pour que je retourne picorer dedans, cette fois-ci par les sentiers de traverse, au gré des envies. Il s’associera avec bonheur avec Alexandre Dumas aussi bien qu’avec Virginia Woolf, il sera là pour me rappeler que la lecture rime avec plaisir, mais aussi avec « la profusion d’un univers que nous ne percevons bien, selon le grand liseur qu’était Jaurès, qu’à travers des livres capables de démultiplier nos vies étroites. »

Extrait
« Telle est la cause des livres. En choisissant de coiffer par ce titre ce pêle-mêle de papiers, j’ai conscience d’avoir opté pour une tonalité guerrière, qui suggère des adversaires protéiformes à combattre, et une cause à défendre. Les adversaires portent des noms variés : uniformité, généralité, abstraction, simplification, contrainte, refonte autoritaire des âmes et des vies. La cause peut se contenter du simple et beau nom de liberté. Mais si l’on peut en effet, juché sur le rempart des livres, batailler pour elle, on peut aussi, abrité derrière ce rempart, savourer le pur plaisir qu’ils procurent. « Quand vous aurez fini de jouer avec vos livres », c’était, adressé à ma mère et à moi, l’injonction grondeuse de ma grand-mère. Avec ce mot de jeu, arraché selon elle aux tâches essentielles de la vie, elle disait quelques chose aussi de la cause des livres, qui peut être, mais n’est pas toujours, celle de l’utilité. Mais celle du cadeau gratuit, des bonheurs qu’on n’a pas mérités, de l’imagination en cavale et de l’échappée belle, comme dans la forêt de Brocéliande on a parfois la chance d’entrer au hameau de la Folle Pensée. »
 
Catégorie essais
 

mercredi 27 août 2014

Rentrée littéraire 2014 - La peau de l'ours de Joy Sorman

Il était une fois un pays étrange dans lequel les hommes passaient des pactes avec les ours. Depuis la nuit des temps, il avait été décidé dans le hameau que la paix régnerait entre les espèces. Les ours ne tuaient personne et la chasse était oubliée. Pourtant, le pacte fut rompu plusieurs fois et un jour, un ours enleva une jeune fille. Elle disparut durant trois ans et à son retour se pendait à ses jambes un enfant mi-homme mi-bête.
Cet enfant deviendra ours, et c’est son histoire qui nous est contée ici. Elle se déroule du point de vue de l’animal qui va connaître bien des aventures. Tout d’abord vendu à un montreur d’ours, il se retrouve ensuite avec un propriétaire qui participe à des combats d’animaux. Après avoir traversé l’océan, il travaille pour un cirque avant de finir dans un zoo. Durant ce parcours qui pourrait être initiatique, sa part animale se développera, le contact avec les humains ne faisant qu’éteindre ce qui lui restait de ses gênes de l’espèce des bêtes « pensantes ». 
J’ai lu ce court roman (157 pages) avec l’enthousiasme des découvertes type « coup de cœur ». L’atmosphère baigne dans l’indétermination du conte. Jamais vous ne saurez où se déroule l’histoire, encore moins quand. On y rencontre des nains, des hommes serpents et des femmes qui aiment d’amour les ursidés. La fantaisie se marie ici à une violence extrême plus souvent exercée par les hommes que par les animaux qui d’ailleurs se méfie de cet être cruel autant qu’imprévisible. Le plaisir de la lecture se double donc de la réflexion sur la part d’animalité de chacun. 
J’ai été totalement séduite par la présence de tous ces êtres qui m’ont souvent fait penser au film Freaks de Tod Browning. Dans notre société où tout doit être normé, et l’apparence plus que tout, rencontrer grâce à la fiction ces êtres que l’on cache aujourd’hui dans des centres dits « spécialisés » rend finalement plus humain et rassure sur le sort de notre espèce. Rien ne me réjouit plus que la diversité, elle éclate ici avec une forme de joie salutaire. La description de la perception animale sur le monde humain, troublante, nous fait presque basculer dans l’inquiétante étrangeté. On se surprend à envisager son animal domestique avec un autre œil… et on se dit que la rentrée littéraire a du bon…
Je ne connaissais pas Joy Sorman, je compte bien lire maintenant Comme une bête, paru en 2013, qui a obtenu le prix François Mauriac de l’Académie française. Et pour ceux qui comme moi ont un faible pour les ursidés, lisez l’excellent livre de Michel Pastoureau (billet ici).

Extrait (incipit)

Un pacte avait été conclu entre l’ours et les villageois. 
Un accord si ancien que son origine se perdait, qu’il semblait avoir été passé pour l’éternité, sédimenté à jamais dans la roche de la grotte : la paix régnerait entre l’ours et les habitants du hameau aussi longtemps que la bête n’approcherait pas les enfants. Les hommes s’engageaient à ne chasser aucun ours tant que celui-ci se tiendrait à bonne distance. 
L’histoire rapporte qu’une fois seulement un animal rompit le pacte – et sa punition, exemplaire, édifia tous les prédateurs des forêts et montagnes alentour.

http://delivrer-des-livres.fr/challenge-rentree-litteraire-2014/

Vous pouvez écouter Joy Sorman qui parle de son livre ICI. Elle y évoque d'ailleurs l'excellent livre de Michel Pastoureau... Et pour répondre à la fin de l'interview de l'écrivaine : oui, il existe vraiment pour le lecteur, ce personnage, et il reste en mémoire, ce qui n'est pas le cas de tous les personnages de fiction...

mercredi 13 août 2014

Près de mes bois


Je vous abandonne pour quelques jours (temps indéterminé...).
Près de mes bois,
Je vais pouvoir lire et rédiger de nouveaux billets...
tout en attendant la rentrée littéraire !
A très bientôt,
Margotte

lundi 11 août 2014

Cinna de Corneille

Corneille a écrit deux tragédies historiques dans la foulée du Cid. Horace en 1640 puis Cinna en 1642 se déroulent sur fond d'histoire romaine. L'action se déroule à Rome, en 6 av. J.-C., chez Auguste mais aussi chez Émilie, personnage non historique de la pièce.
La pièce s'ouvre par un long monologue d’Émilie, fille de Caius Toranius. Celle-ci fait part de son désir de vengeance contre l'empereur responsable de la mort de son père durant les proscriptions. Bien qu'étant fille adoptive de l'empereur et ayant bénéficié de ses libéralités, elle entraîne Cinna, son amant, dans un projet d'assassinat prévu pour le lendemain. Les deux chefs de la conjuration, Maxime et Cinna, convoqués chez l'empereur, apprennent que celui-ci, fatigué par le pouvoir, songe à abdiquer. Les trois hommes entament alors une réflexion sur le pouvoir. Chacun donne des arguments pertinents, tout en dissimulant les véritables motivations qui l'anime. 
Si le nœud de l'intrigue est tout d'abord familial et politique, il devient au IIIe acte sentimental, lorsque Maxime avoue à Euphorbe être lui aussi amoureux d’Émilie. Ce dernier, parfait dans son rôle de fourbe, laisse alors entendre à Maxime que poursuivre dans la voie de la conjuration ne fera que mieux placer son rival aux yeux d’Émilie et il le convainc de trahir Cinna.

http://catalogue.drouot.com/ref-drouot/lot-ventes-aux-encheres-drouot.jsp?id=2240685
 C'est une pièce de Corneille tout à fait passionnante  mais qui nécessite de se replonger dans l'histoire romaine si l'on veut profiter un peu de l'intrigue. Toutefois, si Corneille place l'action dans l'Antiquité, il vise aussi la vie politique de son temps. Un an avant la mort de Louis XIII et la régence d'Anne d'Autriche, il propose une réflexion sur la mise au pas de la noblesse ainsi que sur le pouvoir. La magnanimité, attribut du souverain, est la vertu ici mise en valeur.
Si les questionnements philosophiques et politiques sont intéressants, j'avoue avoir été surtout émerveillée par la langue de Corneille. La pièce, versifiée, propose de très nombreuses sentences sur lesquelles on s'arrête, on médite, et que l'on admire. On a envie de lire à voix haute, pour entendre le texte résonner car on sent bien que sa puissance vient par la voix. Je n'ai qu'un regret, n'avoir pas entendu le texte dit par des acteurs...

http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html


jeudi 7 août 2014

Lysistrata d'Aristophane


On connaît peu de choses de la vie d’Aristophane. Athénien sans doute, comme son père, il est né aux environs de 445 av. J.-C. Lysistrata a été jouée avant les Thesmophories, en – 411. Si l’auteur est connu pour son comique de bas étage, il s’avère qu’il utilise toutes les ressources du comique, de l’ironie aux jeux de mots, en passant par la parodie. Il veut faire rire, mais il est, avant tout, un moraliste qui pourfend la politique et les mœurs de son temps.
L’intrigue de Lysistrata débute sous l’archontat de Callias. La situation est alors difficile pour Athènes, minée par la guerre. Le dramaturge prend alors la parole pour toutes les femmes de la cité et par leurs voix, plaide pour la paix.
La scène s’ouvre sur deux maisons, celle de Lysistrata et celle de Cléonice. Au fond, les Propylées et la grotte de Pan. Lysistrata attend devant sa maison les femmes qu’elle vient de convoquer. Femme d’un citoyen d’Athènes, elle a convoqué toutes les Héllènes qui sont venues. Son plan est simple : afin de retrouver enfin leurs frères et maris, elles doivent s’unir et mettre en place la stratégie suivante. Tout d’abord, elles doivent s’emparer du trésor public qui sert à alimenter la guerre. Ensuite, elles devront, lorsque les guerriers rentreront au bercail, leur refuser tout commerce sexuel tant qu’ils n’auront pas renoncé à la guerre pour toujours. « Si bien qu’on ne verra plus d’hommes, de nos jours, porter la lance les uns contre les autres… » 
La pièce, truffée de grivoiseries, voire de franches paillardises, est très drôle. J’ai été totalement séduite tout d’abord par l’idée, la pièce étant par ailleurs d’une étonnante modernité. Car finalement, rien n’a changé et les hommes continuent à se faire joyeusement la guerre, avec souvent le corps des femmes comme arme d’anéantissement. Il suffit de penser à ce qui se passe en Centrafrique aujourd’hui (le viol y est utilisé comme machine de guerre). Cette place du corps féminin au centre du conflit est donc tout à fait d’actualité, hélas.
Seul bémol, le vocabulaire parfois un peu obscur (nom de lieux, termes spécialisés), mais pour une première lecture, ce n’était pas gênant et cela n’empêchait pas la compréhension de la pièce.


Extrait
Lysistrata : Je vais parler ; il ne faut pas que l’affaire soit tenue secrète. Nous devons, ô femmes, si nous voulons réduire nos hommes à faire la paix, nous priver… 
Cléonice : De quoi ? Explique.
Lysistrata : Le ferez-vous donc ? 
Cléonice : Nous le ferons, dût-il nous en coûter la vie. 
Lysistrata : Et bien, nous devons nous priver de … verge. – Pourquoi me tournez-vous le dos ? Où allez-vous ? Pourquoi faites-vous la grimace et secouez-vous la tête, vous là-bas ? Pourquoi changer de couleur ? Pourquoi ces larmes ? Le ferez-vous ou ne le ferez-vous pas ? Pourquoi hésitez-vous ?
Cléonice : Je ne saurais le faire ; que la guerre aille son train.

http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Maggie et Claudia et Océane.

samedi 2 août 2014

Lectures estivales (2) - Kaiken de Jean-Christophe Grangé


Je pense pouvoir me dispenser de présenter J.C. Grangé. Adaptés au cinéma, certains de ses romans ont fait sa notoriété, je pense par exemple aux Rivières pourpres ou au Concile de pierre. Pris à la bibliothèque, Kaïken, son dixième roman, a été publié en 2012. On y retrouve le héros récurrent de l’écrivain, Olivier Passan. Celui-ci, marié à une japonaise, va se trouver confronté à deux affaires en même temps. La première, particulièrement atroce, est liée à un serial killer surnommé « L’accoucheur » parce qu’il s’attaque aux femmes enceintes. Passan en a fait une affaire personnelle car il est persuadé d’avoir mis la main sur le meurtrier mais n’a pas les preuves pour le faire enfermer. La deuxième concerne la famille du policier. En effet, alors que son couple est au plus mal et qu’il vient de quitter le foyer familial, un cadavre de singe est trouvé dans son frigo. Ensuite, c’est du sang qui est retrouvé dans sa douche, sang prélevé sur ses enfants. Tout d’abord convaincu de la culpabilité de l’accoucheur, Passan va devoir déployer toute son énergie pour, dans un contexte difficile pour lui, faire face à ces deux affaires. L’une d’elle le ramènera sur les traces de son mariage, au Japon, d’où le titre du roman : un kaïken est un couteau traditionnel japonais qui servait aux femmes de samouraïs à se suicider.
 
Mon avis
Un bon thriller, qui se lit d’une traite et sans faiblir. Les deux affaires entremêlées rendent le roman particulièrement addictif. Le personnage principal, Passan, est assez attachant et malgré certains côtés un peu caricaturaux, on s’embarque à sa suite. Le personnage de son associé, Fifi, est également intéressant, et on aimerait le voir plus présent. Cela sera peut-être le cas des romans suivants que je n’ai pas lus. Un bon polar d’été donc, à lire toutes portes fermées….

 Extrait
Fifi, alias Philippe Delluc, s’exécuta. Oliver l’observa en douce. Tignasse oxygénée, cicatrices d’acnée, piercing au coin des lèvres. Son col ouvert laissait entrevoir la gueule d’un dragon fiévreux qui lui dévorait le bras et l’épaule gauches. Aujourd’hui encore, après trois ans d’équipe, Passan se demandait comment un lascar avait pu survivre aux dix-huit mois réglementaires de l’ENSOP, aux entretiens de motivation, aux visites médicales…
Mais le résultat était là. Un flic capable d’atteindre une cible au .9mm à plus de cinquante mètres en utilisant indifféremment la main droite ou la gauche, comme de passer plusieurs nuits successives à éplucher des fadettes sans manquer une ligne. Un lieutenant à peine âgé de trente ans qui avait déjà essuyé le feu au moins cinq fois sans reculer. Le meilleur second qu’il ait jamais eu.

Catégorie polars

lundi 28 juillet 2014

La reine Margot d’Alexandre Dumas


Lundi 18 août 1572. Le Louvre est en liesse. On fête le mariage de la belle et brune Marguerite de Valois, sœur de Charles IX et fille de Catherine de Médicis, avec Henri de Bourbon, roi de Navarre. Les noces viennent unir catholiques et protestants, alors que le pays se déchire sur fond de guerres de religion.
Si cette union a été arrangée pour tenter de rétablir enfin la paix, elle a également attiré les têtes du parti huguenot. La perfide Catherine de Médicis le sait bien et une semaine plus tard, elle participe au lancement du massacre de la Saint-Barthélémy. Ainsi s’ouvre ce grand roman historique d’Alexandre Dumas. Il est vrai que la période est propice au romanesque. Entre les grandes figures politiques, les anecdotes croustillantes du Louvre et les enjeux, la matière du temps est riche ! Je me suis laissée totalement emporter par ce grand roman truffé de rebondissements et de personnages fascinants.
Margot tout d’abord. La reine de Navarre n’est pas amoureuse de son mari mais elle va vite lui vouer une amitié fidèle et le protègera contre les nombreux dangers qui le guettent au Louvre. Amoureuse passionnée, elle donnera son cœur du duc de Guise puis au romantique comte de La Mole venu trouver refuge auprès d’elle.
Marguerite, à cette époque, avait vingt ans à peine, et déjà elle était l’objet des louanges de tous les poètes, qui la comparaient les uns à l’Aurore, les autres à Cythérée.  (…) Les Français, qui la possédaient, étaient fiers de voir éclore sur leur sol une si magnifique fleur, et les étrangers qui passaient par la France s’en retournaient éblouies de sa beauté s’ils l’avaient vue seulement, étourdis de sa science s’ils avaient causé avec elle. 

Margot et Charles IX
 Charles IX, le roi son frère. Personnage ambiguë, il semble régner avec peu d’enthousiasme. Il vit sous la coupe de sa mère qui le manipule sans vergogne. Il prend grand plaisir à chasser et l’un des chapitres du roman décrit une scène de chasse au sanglier qui sera l’occasion de changer les événements du royaume. Jeune homme exalté (il mourra à vingt-quatre ans, emporté par la tuberculose et par le souvenir des massacres), il cite Ronsard et écrit lui-même. Ecoutez-le :
Eh bien, d’Alençon, eh bien, Henriot (Henri de Navarre), dit-il, vous voilà, Mordieu, calmes et tranquilles comme des religieuses qui suivent leur abbesse. Voyez-vous, ça ne s’appelle point chasser, cela. Vous, d’Alençon, vous avez l’air de sortir d’une boîte, et vous êtes tellement parfumé que si vous passez entre la bête et mes chiens, vous êtes capable de leur faire perdre la voie. Et vous, Henriot, où est votre épieu, où est votre arquebuse ? voyons.

Catherine de Médicis
 Catherine de Médicis, la mère. Le personnage historique prête aux jugements contradictoires… Intrigante pour les uns, grand stratège pour les autres. Alexandre Dumas nous la présente essentiellement sous le premier aspect. Elle utilise sans vergogne ses « enfants » considérés plus comme des outils pour arriver à ses fins que comme sa progéniture. Elle fait et défait le pouvoir des uns et des autres afin de maintenir le sien mais tout cela finira mal… 
 Coconnas et La Mole ou Oreste et Pylade. Leur amitié est au centre du roman. Fougueux, romantiques, courageux, leurs aventures et leurs relations sont la trame de fond de ce roman.
Mais les personnages secondaires sont également passionnants. Vous y trouverez René, le parfumeur un peu sorcier, Caboche le bourreau au grand cœur, les deux autres frères de Margot dont les relations avec leur mère et leur sœur sont pour le moins particulières, Actéon le lévrier préféré du roi…
Quel livre ! tout n’est qu’action, rebondissements et dialogues fameux. Dumas aimait le théâtre, ce roman le montre bien. On savoure les bons mots comme on frémit aux multiples dénouements qui viennent clore certains chapitres… Certaines scènes restent en mémoire comme celle de la chasse au sanglier, la fin du jeune laquais Orthon dans les oubliettes du Louvre ou celle du pauvre Charles IX dans le chapitre « La sueur de sang ». Tout cela est romanesque en diable et je ne regrette pas d’en avoir fait mon entrée pour le menu littéraire des vacances.
 
Extrait 
La reine mère descendit un étage, puis elle s’engagea dans le corridor où étaient les appartements du roi et du duc d’Alençon, gagna l’escalier tournant, descendit encore un étage, ouvrit une porte qui aboutissait à une galerie circulaire dont nul, excepté le roi et elle, n’vait la clé, fit entrer Orthon, entra ensuite, et tira derrière elle la porte. Cette galerie entourait comme un rempart certaines portions des appartements du roi et de la reine mère. C’était, comme la galerie du château Saint-Ange à Rome et celle du palais Pitti à Florence, un retraite ménagée en cas de danger.
La porte tirée, Catherine se trouva enfermée avec le jeune homme dans ce corridor obscur. Tous deux firent une vingtaine de pas, Catherine marchant devant, Orthon suivant Catherine.
Tout à coup, Catherine se retourna, et Orthon retrouva sur son visage la même expression sombre qu’il y avait vue dix minutes auparavant. Ses yeux, ronds comme ceux d’une chatte ou d’une panthère, semblaient jeter du feu dans l’obscurité.

« Arrête ! » dit-elle.


http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2013/12/challenge-romantique-quatrieme-bilan.html
PS : en ce qui concerne les photos, vous aurez reconnu La Reine Margot de Patrice Chéreau, un chef d’œuvre cinématographique. 
Catégorie roman historique

samedi 26 juillet 2014

Le chien jaune – Festival du polar à Concarneau


Un festival du polar, cela ne se refuse pas… mais lorsque, en plus, il se situe à Concarneau, forcément, cela invite à se déplacer ! Je me suis donc rendue le samedi 19 juillet dans la citée portuaire afin de rencontrer quelques-uns des auteur présents. Coup de chance, il n’y avait pas trop de monde lorsque je suis arrivée, si bien que j’ai pu échanger avec des écrivains disponibles.

Ainsi, nous avons parlé livres et blogs avec Karine Giebel et Christian Blanchard qui s’est prêté à la photo souvenir.
Christian Blanchard
Après avoir échangé un moment avec elle, j’ai aussi assisté à une conférence de Danielle Tiéry. Cette écrivaine, que je ne connaissais pas, a un parcours professionnel tout à fait passionnant. Elle fut la première femme commissaire divisionnaire en France. Connue pour ses scénarios (de Quai n°1 par exemple), elle a aussi écrit des livres sur la Police, sur son expérience mais aussi de nombreux polars dont certains font intervenir un personnage récurrent, le commissaire Edwige Marion. Je garde en mémoire son évocation de certains  moments difficiles qu’elle porte encore, et qui sont parfois des moteurs pour l’écriture. Ainsi, son roman Affaire classée est né de la frustration de n’avoir pu aller au bout d’une affaire liée au meurtre d’une enfant de quatre ans retrouvée au fond d’un puits. Si j’ai acheté le premier d’une trilogie, Crimes en Seine, le roman précité sera ma prochaine lecture de cette romancière. Alors que je publie ce billet, j'ai presque terminé Crimes en scène et je compte vous en parler dans un prochain article !

D. Thiéry
Du soleil, la mer, un vent léger pour se rafraîchir, des bateaux, des écrivains souriants et disponibles, des livres à foison… c’est bien les vacances !... 

Le port de Concarneau

mardi 15 juillet 2014

La Locandiera de Goldoni

Lorsqu'on s'inscrit quelques jours avant une date limite à une lecture commune, on lit forcément vite et on propose un billet express... Pourtant, c'est une pièce qui mérite qu'on s'y arrête puisque Goldoni, dans son avis au lecteur, dit avoir composé ici sa comédie la plus "morale, la plus utile, la plus instructive."

L'intrigue

Dans l'Italie du XVIIIe siècle, à Florence. Mirandoline, jeune et belle aubergiste, séduit tous les hommes qui passent chez elle. Ainsi, le marquis de Forlipopoli et le comte d'Albafiorita séjournant dans son hôtel, rivalisent pour obtenir ses faveurs et même l'épouser. Le comte lui offre cadeaux, argent et diamants pendant que le marquis, ruiné mais bien né, lui propose nom et protection. Le chevalier de Ripafratta, lui, fuit les femmes. Il ne les connaît pas et pour éviter tout désagrément issu de la gent féminine, il a choisi l'esquive. Le noeud de l'intrigue se tisse donc autour d'un trio masculin qui affronte une femme.

Mise en scène de Rosseti
Le chevalier, fort de son mépris pour les femmes, va bientôt éveiller la cruauté de la belle hôtelière. Celle-ci, délaissant le comte et le marquis, va user de tous ses charmes afin de faire succomber le chevalier. Pendant ce temps, les personnages secondaires apportent de la complexité et des éléments comiques à la pièce. Fabrice, le valet de Mirandoline, l'aime, et l'on se demande quand va s'arrêter le jeu cruel que celle-ci lui impose. Hortense et Déjanire, deux comédiennes arrivées à l'auberge, se font passer pour de "grandes dames", confondant le comte et le marquis, trop occupés par leurs tentatives de séduction pour voir ce qui pourtant crève les yeux. Tout cela finira par un mariage... mais pas forcément par celui que l'on attendait...

Compagnie Alfraprosa
Comédie en trois actes jouée pour la première fois en 1753 au théâtre Saint-Ange, La Locandiera a pour particularité d'avoir été interprétée sans masques. Celui qui a été surnommé le "Molière italien", à l'égal de son prédécesseur français, rêvait de tragédie et a brillé dans le registre comique. Il voulait réformer le théâtre italien mais en 1762, il gagna la France où il apprit l'italien aux princesses de la cour. Il s'éteindra d'ailleurs à Paris au n°1 de la rue Pavé-Saint-Sauveur, en 1793.
J'ai aimé cette pièce au rythme soutenu et qui propose un personnage féminin intéressant en la personne de Mirandoline. Alors bien sûr, je regrette de n'avoir pas eu le temps de voir la pièce mise en scène... et j'avoue que l'interprétation de Dominique Blanc dont je vous propose un extrait ci-dessous me tente beaucoup, reste à voir si elle a été filmée. Le théâtre est un art fugace... comme les sentiments qui agitent les personnages de cette pièce où la transformation règne en maître. 



Lecture commune : les billets de Maggie et de Claudia. Ce billet compte aussi pour le challenge de Miss Léo, catégorie théâtre.

http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html


dimanche 13 juillet 2014

Lectures estivales (1) - La reine de la Baltique de Viveca Sten


   Au large de Stockholm se trouve un archipel. L’île de Sandhamn vit des hordes de touristes qui débarquent avec pique-nique et marmaille afin d’échapper un moment au rythme urbain. Chacun se connaît et la vie tranquille des insulaires est rarement perturbée en dehors des beuveries des adolescents qui viennent pour le week-end. Alors, lorsqu’un premier cadavre est découvert sur une des plages de l’île, la stupéfaction est à son comble. Thomas Andreasson, ancien de la brigade maritime et habitué des lieux est chargé de l’enquête. En pleine période estivale, alors que chacun rêve de vacances, il va falloir mettre les bouchées doubles, d’autant plus qu’un deuxième cadavre vient ternir l’image du lieu de villégiature. Ainsi donc, plus personne n’est à l’abri, pas même sur ce lieu idyllique ? L’inspecteur de la criminelle Andreasson, au lieu de partir dans sa maison de Harö, mènera donc l’enquête avec l’aide inattendue de Nora, brillante juriste et amie d’enfance.

   Ce premier roman de Viveca Sten est une réussite. On s’attache assez vite aux personnages principaux et on entre très vite dans l’intrigue. Si j’ai deviné assez vite certains des événements à venir, je me suis vraiment laissée emporter par l’ambiance insulaire de ce roman policier. L’écrivaine a passé nombre de ses vacances à Sandhamn et l’on sent qu’elle connaît bien le milieu décrit. J’avoue avoir pris plaisir surtout à découvrir cette vie sur l’archipel, entre terre et mer, ce qui n’est pas sans me rappeler certaines îles dont j’ai déjà parlé ici… Une bonne lecture d’été donc et si je ne suis pas aussi enthousiaste que les citations proposées sur la quatrième de couverture qui évoquent un « premier roman absolument exceptionnel » (à se demander si les journalistes ne sont pas payés par l’éditeur…), je suivrai les prochaines parutions de cette écrivaine.

Catégorie romans policiers