lundi 24 novembre 2014

La rentrée littéraire - S63 de Jean-Bernard Pouy



     Le musée des Confluences de Lyon abrite plus de deux millions d’objets. Il s’est constitué à partir du Muséum d’histoire naturelle et du musée Guimet et propose un voyage dans le monde des « choses ». Il ouvrira ses portes en décembre 2014. La collection dans laquelle est publié cet ouvrage, édité par invenit, propose aux écrivains de faire vivre ces objets en les plaçant au centre de leurs récits. De plus, grâce à un complément numérique, elle propose « un nouveau rapport au livre »… Je n’ai pas téléchargé l’application associée pour voir l’objet en « réalité augmentée », ayant manipulé l’objet en question assez souvent pour en avoir une perception encore très nette.
  Je n’ai pas acheté le livre pour la démarche éditoriale mais je la trouve assez séduisante pour avoir eu envie de vous en parler en guise d’introduction. Je vais bien me garder d’ailleurs de vous dire quel est cette chose appelée « S63 »… je vous laisse le découvrir en lisant ce livre qui m’a fait passer un très bon moment de réalité non augmentée comme vous l’avez maintenant compris. 
   Tout commence dans un vide-grenier en plein air, à Poulganec (vous l’aurez deviné, avec un nom pareil, c’est en Bretagne). Le narrateur qui nous conte à la première personne le récit de cette étrange aventure est un fan des brocantes et autres lieux où l’on peut dénicher l’affaire du siècle. Critique d’art dans un magazine féminin, il aime, pour se changer les idées, chiner. Par un beau matin de crachin breton, il dégote une peinture sur bois qui évoque « un intérieur hollandais du XVIIe ou du XVIIIe siècle ». Sa femme, horrifiée devant un nouveau truc destiné à venir enrichir une collection déjà bien envahissante, pousse des hurlements et le tableau atterri dans l’atelier du narrateur.

   Or, après avoir inspecté la peinture dans le détail, il constate la présence de couches successives à deux endroits différents. Il décide donc de faire inspecter sa toile par un voisin restaurateur de tableaux. Ce dernier, quinze jours plus tard, le convoque afin de lui révéler ce qu’il a trouvé sous les couches de peinture. 
   Ce court récit de 76 pages (une nouvelle plus qu’un récit) réserve de bonnes surprises. Tout d’abord, on y retrouve l’humour dont Jean-Bernard Pouy est coutumier, et rien que cela vaut lecture. Ensuite, les références à l’art sont nombreuses et l’on se promène dans un musée imaginaire où il est bien agréable de flâner. De Füssli à Vermeer, en passant Goya, la lecture est illustrée par une galerie de tableaux que j’ai pris plaisir à « revoir » en stimulant ma mémoire… Enfin, si le romancier excelle dans le roman noir, il est également particulièrement à son aise lorsqu’il écrit à la frontière des genres. Ici, il flirte avec le fantastique et cela lui va très bien. J’ai retrouvé la même ambiance étrange que dans Train perdu, wagon mort que je ne peux que vous conseiller chaudement.

   A déguster sans modération, un livre d’art sur les genoux et un thé chaud à la main, après avoir passé une matinée froide d’hiver à arpenter les étals d’une brocante…



Extrait

   Si je fréquente, même pas assidûment, ces étals sauvages, c’est que j’ai une passion, héritée d’un grand-oncle qui, officier de marine, avait fait le tour du monde, et, à terre, un cabinet de curiosités. Plein de merdes disparates, mais toujours étonnantes ou tape-à-l’œil. De temps en temps, j’augmentais cette folle collection, en rajoutant aux vieilles merdes des étrons plus récents.
   Mon épouse ne supportait pas, elle une fana des murs peints en blanc immaculé où , in extremis, une reproduction de Hopper avait réussi à se faire punaiser, et elle m’a donc forcé à squatter le garage, où plus jamais elle ne rentrerait, pour entreposer, comme elle disait, « mes cacas poussiéreux ». 
   Et où en trouver, de ces excréments de l’art ? dans les braderies, les brocantes et les vide-greniers.

http://delivrer-des-livres.fr/challenge-rentree-litteraire-2014/

dimanche 16 novembre 2014

Noir sur la ville à Lamballe


Ce week-end, dans le centre des terres bretonnes, à Lamballe, se déroule le festival du polar Noir sur la Ville. Je suis allée y faire mon petit tour hier, pour retrouver les habitué(e)s de ce salon. Avant leur arrivée, cela ressemblait à cela :


Après sont arrivés les auteurs, dont les écrivains fétiches du festival (sans eux, rien ne serait plus pareil...), à savoir Jean-Bernard Pouy et Jean-Hugues Oppel par exemple, ci-dessous présents (ils se sont prêtés au jeu de la photographie avec grand naturel !) :

Jean-Hugues Oppel au centre et G. Alle à droite
Jean-Bernard Pouy
Mais il y avait aussi Maud Tabachnick, Bussi et bien d'autres (le programme est ici, si certains peuvent encore s'y rendre aujourd'hui !).  Alors bien sûr, les discussions furent sympathiques, la journée agréable malgré la pluie qui tombait à verse au retour et la moisson noire fut bonne. Elle promet quelques bons moments de lecture...


Et puisque l'on parle de polars, j'en profite pour vous conseiller l'addictif W3, Le sourire des pendus de Jérôme Camut et Nathalie Hug. Je viens de le terminer. Plus de 700 pages dévorées en une semaine environ, j'ai même trouvé le moyen de l'emporter au travail pour lire quelques chapitres en douce ! Bon dimanche à tous et toutes.


dimanche 9 novembre 2014

Rentrée littéraire 2014 - Ces instants-là de Herbjorg Wassmo


Toute nouvelle parution de la grande écrivaine norvégienne Herbjorg Wassmo annonce toujours un grand moment de bonheur pour moi. Depuis la lecture de la grande saga qui commence avec la trilogie du Livre de Dina, je me précipite sur chaque nouveau volume comme j'irais chez une vieille amie, le sourire aux lèvres.
L'écrivaine, fille de l'heure bleue et des aurores boréales, habite toujours à Hinnoya, une île à proximité du cercle polaire. Après l'excellent Cent ans qui nous contait histoire d'une dynastie de femmes du grand nord sur trois générations,  elle nous livre ici un ouvrage  qui s'arrête sur une seule femme. Ce roman m'a semblé le plus autobiographique de l'ensemble de l’œuvre. Certains points communs avec la vie de la romancière s'avèrent presque troublants.

Source de la photo ici
Contrairement à ses autres romans qui proposent en général une narration plutôt chronologique, l'écrivaine a composé avec Ces instants-là l'itinéraire d'une quête sous la forme d'une mosaïque. Chaque chapitre s'arrête sur un instant qui va compter dans la vie de l'héroïne et qui, quelque part, mène à ce qui sera le résultat de cet assemblage hétéroclite qui compose une vie : devenir écrivain. Deux références me viennent à l'esprit, Proust et sa Recherche pour la quête, Sylvie Germain et ses Petites scènes capitales qui trament le parcours de Lili.
L'héroïne, c'est "elle" dont on ne découvrira le prénom que tardivement, dans la bouche des autres, de ceux qui l'appellent. Le roman s'ouvre alors qu'elle fait sa rentrée au collège. Elle vit dans un lieu où les tourbières et les eaux du lac rendent le monde irréel. Son père, en revanche, est réel et lui fait du mal. Il sera présent tout au long de cette histoire comme celui qu'on méprise et qui, en quelque sorte, incarne la détestation.
"Son père fait toujours obstacle au monde. Aux gens qu'elle rencontre. Aux événements. Son père est une ombre qu'elle essaie toujours de gommer, mais ça ne marche pas. Elle sait bien que ça ne marche pas. Il a le pouvoir d'envahir ses rêves tant et si bien qu'elle se retrouve tout à coup debout au milieu de la pièce dans la nuit noire. Il diffuse au travers de toute chose une répulsion fétide. Même à l'église, son ombre est présente dans les moindres recoins." 
Divisé en trois parties, le roman commence avec l'enfance et l'école, continue avec les études, le mariage et les enfants (elle en aura deux). La troisième partie commence sur une île et correspond à la vie du personnage principal devenu écrivain. Dans ce découpage de la vie, des instantanés qui s'arrêtent sur des moments caractérisés par leur titre : "Aller en visite en Suède", "A la fenêtre de la honte", "Le prix de l'instruction", "Rêve d'un espace à soi" (on pense ici à V. Woolf...), "Cours d'anglais" auquel je décerne une mention spéciale à cause de ce passage tellement évocateur (elle est alors devenue institutrice et va continuer des études de lettres) :
Et elle s'entend dire qu'il n'y aura pas d'interrogation de vocabulaire, parce qu'elle a oublié de la préparer, et parce qu'elle a le sentiment que la journée est trop palpitante pour une interrogation de vocabulaire. Leurs visages s'ouvrent comme s'ils étaient exposés à un soleil inopiné. (...)
Elle commence à leur parler, pas en anglais, mais en norvégien. De pensées. De curieux petits instants dont on se souvient simplement, longtemps, même s'ils n'étaient pas grandioses. (...) Et de tout l'intempestif qu'on croit ne pouvoir partager avec personne.

http://delivrer-des-livres.fr/challenge-rentree-litteraire-2014/
Ces "petits instants" sont ceux qui tissent la trame de ce roman composite. Celle qui les vit, "elle", peut être l'héroïne ou une autre. Je ne la distingue pas très bien en sortant de cette lecture, elle est une femme mais aussi toutes les autres, faite de leurs peurs, de ces "curieux petits instants" liés à la maternité, au travail à la vie commune avec un homme. C'est peut-être bien ce qui fait la force de cette histoire à la fois unique et universelle. 
L'avis de Nadael qui a aimé aussi.


Merci à PM pour cet envoi !


dimanche 2 novembre 2014

Purgatoire des innocents de Karine Giebel


Avertissement : âmes sensibles s’abstenir absolument…
Voilà un polar diablement efficace qui m’a rivée pendant deux jours sur un fauteuil, le livre à la main ! L’intrigue se tisse sur deux histoires qui finissent par s’entrecroiser.

Histoire un : le braquage foireux
Raphaël, un cambrioleur de haut vol vient de sortir de prison. Il a déjà écopé de quatorze années d’enfermement pour vol, ce qui ne l’empêche pas de monter un nouveau coup avec son frère Will, le benjamin de la famille, et deux autres larrons. Le cadet, Anthony, ancien dealer, est tombé sur les trottoirs de Marseille : deux balles dans la peau. Alors que ce coup devait être le dernier et la promesse d’une retraite dorée, tout foire. Bilan : deux morts, un blessé grave et une débandade en voiture sur les routes de France pour fuir Paris au plus vite. 
 
 Histoire deux : une étrange vétérinaire
Sandra, vétérinaire de son état, mène une vie qui semble bien rangée, dans un coin perdu de la France profonde. Mariée à un gendarme, elle exerce son métier en milieu rural et vit dans une maison isolée où elle élève des chevaux. Sous des dehors très normés, elle paraît cacher un passé qui ne demande qu’à ressurgir… 
Je vais bien me garder de vous en dire plus sur ce polar qui n’a pas fini de vous causer des frissons si toutefois vous vous décidez à l’ouvrir. Comme je l’ai déjà dit, je ne l’ai pas lâché avant la fin. Suspense, malaise, ambiance tordue, tous les éléments du thriller - version corsée - sont ici habillement dosés. C’est le quatrième polar de Karine Giebel  que je lis et je crois que je vais être obligée de lire les autres. J’avais commencé avec Chiens de sang, j’ai continué avec Juste une ombre – totalement diabolique – acheté au festival du Chien jaune à Concarneau, puis on m’a prêté Jusqu’à ce que la mort nous unisse. Je vais toutefois attendre un peu car c’est vraiment du noir, très très noir, et une pause s’impose entre deux volumes… Je n'ai d'ailleurs pas ouvert un polar depuis cette lecture.
Seul bémol pour moi, l’abondance de phrases non verbales. Cela rend l’ensemble efficace, le rythme rapide à souhait, mais on regrette parfois de n’avoir pas une écriture plus fluide et moins syncopée. 


Extrait
Après, ce sera le bureau d’un juge, les nuits au dépôt.
Et la maison d’arrêt. Son quartier d’isolement.
Suite du calvaire.
C’est le jeu.
Drôle de jeu.
Le procès, le troisième déjà.
La peine, toujours plus lourde.
D’un point de vue pénal, mieux vaut violer une femme que le coffre d’une banque. Prendre les armes pour prendre l’argent là où il se trouve, voilà un crime impardonnable aux yeux de la justice… Vraiment aveugle, aucun doute.

samedi 25 octobre 2014

Rentrée littéraire 2014 - Le vrai lieu d’Annie Ernaux


En 2008, Michelle Porte, réalisatrice de documentaires sur V. Woolf et M. Duras, a proposé à Annie Ernaux de la filmer dans les lieux de sa jeunesse et d’aujourd’hui (Yvetot, Rouen, Cergy). L’écrivaine, enthousiasmée par le projet et convaincue que les lieux en questions sont la toile de fond sur laquelle se trace l’écriture, a immédiatement accepté. Le documentaire en question, Les mots comme des pierres, Annie Ernaux écrivain (Folamour Productions), a été diffusé sur France 3 en 2013. Les entretiens que propose ce livre ont été réalisés en 2011, durant trois jours, dans la maison de l’écrivaine à Cergy.
Ce livre s’adresse donc essentiellement aux lecteurs d’Annie Ernaux qui y trouveront de nombreux détails sur son écriture. Divisé en dix chapitres, il s’ouvre sur un lieu, Paris : Paris, je n’y entrerai jamais. La capitale symbolise à la fois le lieu de l’ascension sociale tant désirée tout autant que celui où elle n’est pas vraiment à sa « place ». 
Il faut toujours que je me justifie de ne pas habiter Paris, d’habiter à Cergy. Je dois lutter contre l’imaginaire des Parisiens et encore plus sur celui des provinciaux, tout de suite l’image des « cités » ! Il n’y a pas de cités à Cergy.
 Le lieu de la jeunesse, c’est Yvetot, lieu longuement évoqué dans Retour à Yvetot, et dans la plupart de ses récits.
Dans le troisième chapitre, « Ma mère, c’est le feu », l’écrivaine évoque le couple que formaient ses parents et donne une nouvelle image de sa mère, femme violente et autoritaire mais aussi croyante et « grande initiatrice de la lecture ». Consciente du poids de la domination masculine, la mère en question l’a soutenue dans ses études et l’a poussée à les continuer le plus loin possible. Elle a offert à sa fille Les raisins de la colère de Steinbeck et a acheté dès sa sortie Autant en emporte le vent. Cette femme forte fut le premier modèle de féminisme proposé à la petite Annie, avant qu’elle ne lise Le deuxième sexe.
 Grande lectrice d’Annie Ernaux, j’ai lu ce livre d’entretiens avec le plus grand intérêt. J’ai particulièrement aimé découvrir l’arrivée de « l’envie d’écrire ». Elle évoque dans le même chapitre l’envoi de son premier manuscrit qui fut lu par Jean Cayrol. Le chapitre « Sortir les pierres du fond d’une rivière » éclaire bien des facettes de l’œuvre et à lui seul mérite lecture.  Elle y évoque l’écriture de son roman Les armoires vides, commencé « dans un moment de fort désarroi », ainsi que son goût pour les photos. 

Annie Ernaux
 Ce qui me tenait fortement, c’était l’enjeu politique de mon entreprise. Remonter le monde du café-épicerie de mon enfance, c’était en même temps décrire la culture de ce milieu populaire, montrer qu’elle n’était pas, lorsqu’on était façonné par elle, ce qu’un regard cultivé juge avec mépris ou condescendance. Et ce qui m’importait, c’était de dévoiler les mécanismes par lesquels on transforme un individu en quelqu’un d’autre, en ennemi de son propore milieu. C’était cette mise en question de la culture, ce qu’une forme de culture fait à l’individu, cette séparation-là. Et finalement la violence de l’écriture était ce qui correspondait le mieux pour dire ces choses. 
Dans « Écrire, c’est un état », elle évoque longuement l’écriture de son roman Les années– un chef d’œuvre pour moi alors autant dire que je n’ai pas boudé mon plaisir… − avant d’évoquer, dans l’avant-dernier chapitre, le passage du temps.
Une lecture passionnante qui nous plonge dans la rivière au fond de laquelle Annie Ernaux trouve ses pierres. Une lecture qui donne envie de relire ses récits mais aussi et surtout qui invite à réfléchir sur l’acte d’écrire. Bien des textes me sont revenus en mémoire, de L’écriture comme un couteau en passant par L’autre fille, textes bâtisseurs pour l’écrivaine, mais aussi pour la lectrice que je suis.
Ici, l'entretien réalisé à l'occasion de la sortie de ce livre, sur le site des éditions Gallimard.
http://delivrer-des-livres.fr/challenge-rentree-litteraire-2014/
 

dimanche 19 octobre 2014

Près de mes bois


Source des photos ici

Bonjour,
Je vous abandonne un moment pour aller me ressourcer auprès de mes bois. Je vais toutefois penser à vous puisque cela sera l'occasion de rédiger mes trop nombreux billets en retard ! J'ai presque terminé le dernier Annie Ernaux dont je vous parle dès mon retour. Le dernier Quignard m'attend. Je dévore en ce moment un polar de K. Giebel et il me faudra évoquer aussi deux livres de littérature jeunesse particulièrement intéressants. 
Je vous souhaite un excellent week-end, j'espère que vous pouvez profiter de ce merveilleux soleil et des températures si exceptionnelles qu'elles en deviennent presque inquiétantes...
Bon dimanche à vous et à bientôt

Margotte

obsol:



‣ nature

mardi 14 octobre 2014

L’École des femmes de Molière



     C’est à l’occasion de la fête des Rois de l’année 1663 que Louis XIV fait représenter L’École des femmes, nouvelle comédie de Molière. Jouée  pour la première fois le 26 décembre 1662 au Palais-Royal, le succès de cette comédie fut immédiat et durable. Elle succédait à L’École des maris et à la pièce Les Fâcheux, qui remontaient à l’été 1661. La « fronde » qui va suivre cette représentation explique que chacun va s’y presser, d’autant plus que Molière va alimenter ce qui deviendra la « querelle de L’École des femmes » en créant La Critique de L’École des femmes. L’année 1663 sera ainsi rythmée par les épisodes liés à la Querelle lancée tout d’abord par Donneau de Visé dans ses Nouvelles nouvelles publiées un mois après la première de la pièce. Les enjeux du débat qui va durer un an sont esthétiques et moraux. Les récits, multiples, s’enchevêtrent dans une comédie dont les thèmes sont ancrés dans le monde contemporain et la structure de la pièce (5 actes) la rangent dans la catégorie des « grands textes » alors qu’elle propose des éléments de comique. Et c’est bien du côté du comique que les enjeux moraux se placent puisque Molière développe même dans cette pièce des allusions franchement sexuelles, ce qui va lui valoir d’être accusé d’impiété.

L’intrigue
Arnolphe (joué à l’origine par Molière), barbon quarantenaire, souhaite épouser une femme qui ne présentera pas les défauts des précieuses et autres femmes trop savantes à son goût. Sous le nom de M. de La Souche, il décide donc d’élever une jeune fille, Agnès, qu’il maintient non seulement enfermée, mais aussi ignorante. La pièce commence à la veille du mariage. Arnolphe s’entretient avec son ami Chrysalde, le « raisonneur » de la pièce. C’est l’occasion de nous présenter les principaux ressorts de l’intrigue à venir, et déjà nombre de bons mots et sentences fameuses :
Chrysalde : Oui : mais qui rit d’autrui,
Doit craindre, qu’en revanche, on rie aussi de lui.
Arnolphe : Épouser une sotte est pour n’être point sot.
Arnolphe : Chose étrange de voir, comme avec passion,
Un chacun est chaussé de son opinion !
La pièce commence alors qu’Arnolphe vient de s’absenter dix jours. Sa pupille et future femme, pendant ce temps, a rencontré Horace, un jeune homme beaucoup plus plaisant que notre vieux barbon, et capable de faire naître un désir jusqu’alors inconnu d’Agnès. Or, Horace est le fils d’un ami d’Arnolphe et les deux hommes se rencontrent à la scène 4. Le jeune homme, ravi de revoir un ami, en profite pour se confier. Il avoue son nouvel amour et les ennuis de la pauvre jeune fille élevée par un certain M. de La Souche. Le quiproquo ne sera levé qu’à la fin de la pièce, lorsque Horace, stupéfait, découvrira que son confident se confondait avec le père adoptif de sa bien aimée. Mais je ne vais pas vous révéler l’ensemble du dénouement…

Mise en scène de Jouvet en 1936
L’intérêt de la pièce 
Le comique
Molière, dans cette pièce, a joué des allusions grivoises et pour qui s'avère bon public concernant l’humour dit « bas » (c’est mon cas, je l’avoue, et avec le sourire en plus…), le texte offre de quoi s’amuser. On y trouve la fameuse scène du « le » dans laquelle Arnolphe s’inquiète de ce que le jeune Horace risque d’avoir pris à Agnès. La scène entre les domestiques où Alain explique à sa femme qu’elle peut se comparer à un « potage » est également drôle. Les autres ressorts du comique dépendent beaucoup de l’interprétation du texte, ce dont j’aurai l’occasion de vous reparler (j’ai visionné la mise en scène de Jacques Lassalle, avec Olivier Perrier dans le rôle d’Arnolphe).
La structure de la pièce
Première pièce en cinq actes de Molière, et considérée comme la première « grande comédie » du dramaturge, L’École des femmes présente une structure originale et inhabituelle. En effet, au lieu de nous proposer l’action, Molière a joué sur la narration d’actions dont le spectateur ne prend connaissance qu’au travers du discours. Ainsi, la bastonnade donnée à Horace n’est pas jouée. Le spectateur voit Horace à terre, et c’est au travers de ce qu’il en raconte qu’il apprendra ce qui s’est passé.
La question féminine
La force de la pièce vient de la place qu’elle accorde à la question féminine. L’enfermement d’Agnès et le manque d’éducation qui est le sien posent la question de l’éducation des femmes. Les rapports entre les deux jeunes gens invite à se questionner sur le problème des mariages forcés (question hélas encore d’actualité). L’évolution personnelle d’Agnès invitent également à réfléchir sur le libre arbitre de chacun. En effet, alors qu’elle ne devait apprendre qu’à lire, et surtout pas à écrire, on apprend qu’elle sait écrire. Elle a donc transgressé les interdits de son père adoptif. On pourrait donc également gloser sur le bon usage de la transgression…

Extrait
Non, non, je ne veux point d’un esprit qui soit haut,
Et femme qui compose, en sait plus qu’il ne faut.
Je prétends que la mienne, en clartés peu sublime,
Même ne sache pas ce que c’est qu’une rime ;
Et s’il faut qu’avec elle on joue au corbillon,
Et qu’on vienne à lui dire, à son tour : « Qu’y met-on ? »
Je veux qu’elle réponde : « Une tarte à la crème » ;
En un mot, qu’elle soit d’une ignorance extrême ;
Et c’est assez pour elle, à vous en bien parler,
De savoir prier Dieu, m’aimer, coudre et filer.


http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html

mercredi 8 octobre 2014

Parasite de Christian Blanchard


Vous vous souvenez peut-être du billet rédigé en juillet à propos du festival Le Chien jaune à Concarneau (ici). J’y avais acheté trois polars dont pas un ne m’a déçue. Je n’ai pas eu le temps de tous les chroniquer mais je voulais absolument vous parler de celui de Christian Blanchard, lu dernièrement, et qui fut vraiment une excellente surprise.
Tout commence le 1er mars 2011 sur la côte Ouest des États-Unis. Ely, un universitaire à qui tout semble avoir réussi, présente de bien étranges habitudes sexuelles. Il ne peut se satisfaire autrement qu’après avoir réalisé un rituel lié à la disparition ancienne de son ex-compagne grande, brune, « aux jambes interminables et aux seins parfaits… pour lui ». Il a quitté la France et ne compte pas y revenir. C’est sans compter avec une nouvelle qui arrive de sa Bretagne natale : sa mère est décédée. De retour sur la péninsule, il retrouve Katell, sa sœur, et fait la connaissance de Shana, une aveugle qui présente une ressemblance plus que troublante avec son ex. L’ouverture du testament maternel va leur réserver deux surprises qui vont les entraîner dans un enchaînement diabolique d’événements imprévus.
En parallèle, un homme qui semble n’avoir rien en commun avec eux, Valence, végète comme gardien de nuit dans un parking souterrain. Ancien flic, une "bévue" l’a éloigné non seulement de sa famille mais aussi de la grande famille de la Police nationale. À force de côtoyer les animaux de nuit, il a fini par collectionner les cloportes, ce qui l’entraîne parfois dans de sombres pérégrinations dans les souterrains de Brest. 
Enfin, un scientifique ayant mis au monde un enfant étrange qui ne sera pas déclaré, à la fin des années 60, va se trouver rattraper par cette « expérience » aux conséquences tragiques.
Vous vous en doutez, tous ces personnages vont se trouver liés dans le roman par une histoire commune que je vais bien me garder de vous dévoiler… car ce polar présente une dose de suspense parfaite. Une fois commencé, je n’ai pas lâché le livre avant de pouvoir comprendre enfin quels étaient les liens entre les personnages et ce qu’il allait advenir d’eux, certains se retrouvant dans des situations plus que difficiles… Un bon polar qui mérite le détour, publié par les éditions du Palémon, made in Finistère.
Avertissement : fortement déconseillé à tous les claustrophobes et à ceux qui n’aiment pas les petites bêtes du noir…


Extrait
Valence hésita. Une prémonition. Il était venu pour comprendre pourquoi un cloporte du désert pouvait se retrouver ici. L’excitation de la curiosité. Pas question de revenir en arrière. Il poussa la porte et se retrouva devant l’horreur. Table métallique sur laquelle reposaient des tuyaux translucides dont l’une des extrémités tombait dans des bassines. Desserte sur roulette où étaient méticuleusement alignés de vieux outils de chirurgie d’un temps révolu. (…)
Puis une voix derrière lui. 
-         Attendre toi.
Pas le temps de réagir. Coup violent sur la tête. Valence s’écroula. Avant de perdre connaissance, il vit contre le mur opposé deux personnages assis sur des chaises en osier. Des corps terriblement amaigris. Leurs habits sans véritable couleur leur collaient à la peau… comme des momies.

dimanche 5 octobre 2014

RAT "La BD fait son marathon" - J 2

J'embarque à nouveau pour le RAT aujourd'hui, avec une participation qui sera sans doute en pointillés et minimale à cause des copies qui m'attendent... sans parler de ce que je dois préparer pour demain... Enfin, j'ai quand même réussi à caler une heure de lecture après une première série de corrections.

10h30-11h30 - La première heure

J'ai lu avec un ouvrage de littérature jeunesse, Coup de talon de Sylvie Dehors. Une excellente surprise, un livre à conseiller et à offrir sans modération aux adolescent(e)s. 88 pages, un livre court mais intense sur le thème des violences faites aux femmes (ici, une jeune fille).


Je vous retrouve dans l'après-midi ou ce soir, en fonction de l'avancement des travaux...

15h30 - Le repas était délicieux et il fait beau - STOP - je n'ai pas avancé mes lectures - STOP - ni mon travail - STOP - à suivre...


                                                 http://themurmuringcottage.tumblr.com/

21h - Abandon avant la ligne d'arrivé...
Avec juste une petite sortie pour prendre un peu l'air, ne croyez pas que je joue les lâcheuses... J'ai juste été complétement débordée par mon travail à faire pour demain ! Et ce soir, j'avoue n'avoir qu'une envie, c'est me mettre sous ma couette, ordinateur éteint. 
Le bilan est donc moyen mais il m'aura permis de faire une belle découverte et de relire un Sylvie Germain, ce qui est déjà bien ! Quatre heures de lecture donc sur ces deux jours et 300 pages lues si je compte les 40 premières pages du Livre des morts de Glenn Cooper lues hier soir.
Je crois qu'il y a un RAT de clôture du challenge, et cette fois, pour sûr, je vais préparer tout ça un peu mieux... 
Bonne soirée à tous et merci pour vos visites et encouragements pour celles et ceux qui sont passés par ici. 

samedi 4 octobre 2014

RAT "La BD fait son marathon" - J1

http://www.lelivroblog.fr/archive/2014/10/03/suivi-du-marathon-bd-a-bord-du-vaisseau-fantome-5460655.html

Bonjour !

La pluie s'étant invitée dans notre chère région aujourd'hui, je viens de m'inscrire à la dernière minute au RAT de Lou et Hilde qui marque l'ouverture de leur challenge Halloween. 
Comme je n'ai rien prévu, cela sera sans doute un peu erratique, mais j'ai de nombreux livres "en souffrance", cela sera donc l'occasion de les terminer je l'espère. Cela n'aura pas grand chose à voir avec Halloween mais je trouverai bien une petite BD fantastique à lire lors de mes pauses...  Le Dracula de Druillet par exemple, qui ne demande qu'à être relu. Je vais commencer mes lectures à 14h et viendrai faire un point régulièrement. 
Bon RAT à toutes celles qui sont engagées sur le vaisseau fantôme ! et excellente après-midi à tous les autres.

14h30-15h30 - La première heure 

Mise en route un peu laborieuse... 36 pages de Comme il vous plaira de Shakespeare. L'attention n'est pas vraiment au rendez-vous, je lis, relis la même réplique sans vraiment retenir ce que je lis. Une conclusion s'impose : c'est le week-end et ma petite cervelle est en veille... Je vais donc poursuivre (vers 17h car j'ai quelques petites choses à faire avant, ce RAT arrivant de manière totalement impromptue) avec quelque chose de beaucoup plus léger, une BD par exemple. A tout à l'heure !


17h-18h - La deuxième heure

Une petite relecture de Druillet ne fait pas de mal. J'ai relu pour la énième fois son Nosferatu inspiré du film de Murnau.(58 pages)



Ensuite, j'ai commencé un livre pris à la bibliothèque hier, Le Livre des morts de Glenn Cooper. Je n'ai lu que les deux premiers chapitres. Je ne suis pas enthousiasmée mais ma curiosité est éveillée, je vais donc continuer ce soir... Je reviendrai faire un point dans la soirée car je fais une nouvelle "pause occupations diverses". 

21h50-22h50 - La troisième heure

Dans la série vous êtres éclectiques, je crois que j'ai tiré le gros lot aujourd'hui. En effet, j'ai terminé un livre de Sylvie Germain entamé il y a quelques jours, Songes du temps, dont j'ai lu les 78 dernières pages


Une participation à l'image de mon inscription, un brin fofolle, un peu éparpillée mais je suis contente d'avoir été au rendez-vous (on aime les RAT à la folie ou on ne les aime pas...). Bonne nuit et à demain !