dimanche 26 juillet 2015

Projet 52 (30) - Fraîcheur

C'était il y a quelques jours seulement
Plus de 30° degré dehors
Une plage déserte et du vent
L'eau était froide mais la baignade délicieuse...
Parfait pour illustrer le thème de la fraîcheur
Du projet 52 de 'Ma.
Bel été à vous !

vendredi 24 juillet 2015

Pandemia de Franck Thilliez



   
   Ce qu’il y a de bien avec Franck Thilliez, c’est que l’on est rarement déçu… Ainsi, emporter son dernier roman pour une lecture estivale correspond à une sorte d’assurance (il paraît qu’aujourd’hui il existe des assurances vacances au cas où il pleuve en Bretagne par exemple !). Vous êtes donc ici totalement tranquille : une fois l’ouvrage commencé, vous tournerez les pages sans vous arrêter.
   Avant de vous parler enfin de l’intrigue car une fois de plus, je tergiverse, je dois vous préciser qu’il s’agit de la suite du précédent roman, Angor. Je ne le savais pas en achetant ce volume mais cela n’a pas du tout gêné ma lecture (ma seule angoisse, car j’ai maintenant une folle envie de lire le début de cette histoire, c’était que l’on me dévoile tout dans Pandemia et que cela me gâche une lecture à venir…). Reconnaissez qu’en lisant ce billet, vous avez de la veine car vous avez maintenant le choix : vous pouvez commencer par Angor qui, je crois, est sorti en poche, puis vous ruer sur celui-ci, ou, si vous aimez les thrillers qui surfent sur les histoires de pandémies, acheter directement le dernier…

   Pandémie, le mot est lâché. Oui, bon, avec un titre pareil, c’est pas un scoop me direz-vous. Certes certes mais il faut insister et même insérer un avertissement : si vous avez peur des microbes et êtes effrayé par le moindre risque de contagion, si vous portez un masque durant l’hiver pour éviter les postillons du voisin qui n’a pas appris à mettre la main devant sa bouche, cette lecture est vivement déconseillée !
On retrouve ici l’équipe qui a fait le succès de Franck Thilliez, à savoir Franck Sharko et Lucie Hennebelle ainsi que le couple Nicolas et Camille. Et ils vont avoir du pain sur la planche car une étrange épidémie va fondre sur la France, épidémie qui va bientôt être mise en lien avec une trouvaille suspecte : des oiseaux retrouvés morts et disposés sur trois cercles. Or, ce dessin est le symbole utilisé par « l’homme en noir », personnage traqué dans le roman précédent. Il va vite s’avérer qu’il est secondé dans ses méfaits par un autre psychopathe, un homme déguisé en « médecin-bec ». Ce dernier porte une tenue digne des soignants du XIVe siècle, époque où sévissait la peste.
   Je préfère ne pas vous en dire trop concernant l’intrigue et vous laisser en compagnie de ces quelques personnages qui assurent une lecture très addictive. Seul bémol, quelques maladresses syntaxiques étonnantes dans un roman qui pourtant, a dû être relu et corrigé… De la part d’un éditeur connu et qui ne manque sans doute pas de moyens, c’est un peu léger…


Prologue
Le premier son qu’entendit Gabriel fut le cliquetis de la chaîne menottée à sa cheville gauche.
La douleur sous son crâne était abominable. Recroquevillé sur le flanc, il fit glisser ses doigts sur la surface métallique qui lui entaillait la joue droite. Il devait s’agir d’une grille de ventilation en acier, l’un de ces trucs qui soulèvent les robes des filles lorsqu’elles marchent dessus. Gabriel aimait bien ces grilles-là, d’ordinaire.
Il devina que de l’eau circulait dessous. Où d’avait-on emmené ? Et pourquoi ? Il cuvait encore son mauvais vin, mais il se souvenait avec exactitude de cette silhouette noire, jaillie de nulle part, sous le pont. Gabriel avait pensé à un oiseau géant, avec son bec, ses griffes démesurées qui brillaient sous la lune, avant qu’il sente une douleur dans sa nuque et ferme les yeux pour se réveiller ici, dans un lieu plus noir qu’une nuit sans étoile.
 

lundi 20 juillet 2015

Les livres prennent soin de nous de Régine Detembel (d'après les travaux de M. Petit)


    
Avertissement : j'ai rédigé le billet ci-dessous avant de savoir que ce livre a été rédigé en "s'inspirant" plus que largement du travail d'une universitaire, Michèle Petit (merci pour ton commentaire Eva !). Les détails de l'affaire sont ICI. Du coup, je regrette l'achat du livre et je suis sérieusement moins motivée pour la lecture d'un autre ouvrage de cet "écrivain"... Une douche froide en période de canicule, ça rafraîchit les idées !

Sous-titré Pour une bibliothérapie créative, le livre de Régine Detambel prône une méthode de soin basée sur la lecture. En plus d’être écrivain (elle a 35 livres à son actif), elle exerce comme kinésithérapeute et propose, dans la banlieue de Montpellier, une formation en « bibliothérapie créative ». Son exercice professionnel l’a confrontée à la maladie, à la détresse, et elle a compris depuis longtemps que les livres de développement personnel qui proposent des méthodes toutes faites ne suffisent pas à apporter un véritable soulagement aux personnes en souffrance. 
   En seize chapitres, elle présente la bibliothérapie, tout en proposant une promenade par les chemins de traverse de l’histoire littéraire. Véritable plaidoyer pour la littérature, l’ouvrage s’appuie sur dame Métaphore, patronnesse de l’art d’écrire et grande guérisseuse des maux de l’âme. Vous pensez bien que je n’ai pas boudé mon plaisir…

   Les premières expériences de bibliothérapie ont été menées autour de 1916 auprès des soldats qui revenaient traumatisés par leur expérience de la guerre et des horreurs qui l’accompagnent. Toutefois, la définition de cet art du soin date de 1961 : « La bibliothérapie est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques en médecine et en psychiatrie. Et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée. »

En 1994, Marc-Alain Ouaknin, spécialiste de la Bible et du Talmud, publie à Paris un essai qui a fait date : Bibliothérapie. Lire, c’est guérir. Il introduit cette spécialité dans l’hexagone et rappelle combien la lecture peut permettre de sortir d’un enfermement toxique et/ou de se réinventer.
   Tout l’intérêt de ce petit livre revigorant réside dans le dépassement du prêt-à-porter de la psychologie grand public. Il rappelle combien le mieux-être ne peut se trouver dans des ouvrages inspirés des thérapies comportementalistes qui sévissent dans le monde anglo-saxon. Qui a déjà été émerveillé et réveillé par une pensée convenue et bourrée de stéréotypes ? Régine Detambel remonte alors à la source du bien-être lié à la lecture : la voix, le rythme. La poésie retrouve ici une place de choix et il suffit d’avoir eu en face de soi 29 enfants qui, en silence, les yeux écarquillés, écoutent une fable de La Fontaine, pour être convaincu qu’elle ne se trompe pas. Les « grands » romans de la littérature mondiale sont ici convoqués, avec des écrits plus confidentiels mais aux pouvoirs tout aussi puissants. Elle évoque par exemple Marie Didier, écrivain et gynécologue qui conseille à ses patientes anxieuses de se plonger dans Une vie bouleversée, le journal intime d’Etty Hillesum rédigé dans le camp de Westerbork avant son départ à Auschwitz (quant à moi, je ne peux que vous inviter à lire la très belle biographie que lui a consacré Sylvie Germain…).
   De très nombreuses références de romans émaillent cet essai et la bibliographie proposée à la fin est pleine de promesses… Une lecture enrichissante donc, qui m’a vraiment donné envie de découvrir plus avant cette méthode de soin qui, associée à un traitement (je pense aux soins palliatifs en fin de vie par exemple), ne peut faire de mal, bien au contraire…

Extrait

« Et quand on y pense, « facile » est un mot d’ordre effrayant, voire proprement scandaleux, car en littérature ou en poésie, c’est-à-dire en art, il n’y a précisément rien à comprendre. Je me souviens d’un collégien de quatorze ans qui s’émerveilla sept mois durant des Somnambules de Hermann Broch, précisément parce qu’il n’y comprenait rien, et en fut sauvé d’un imbroglio familial. Parfois, le fait de donner une signification à ce qu’on lit est accessoire. C’est l’infusion qu’on recherche, la fusion avec le signe sur la page, l’imbibition par le texte, non son interprétation. Parfois, la question du sens est secondaire. Tout le plaisir est là. Et le vertige. Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui sait car tu ne pourras pas t’égarer, déclarait Rabbi Nahman de Bratzlav voilà plus de deux siècles. »
 

mardi 7 juillet 2015

Ma bibliothèque. Lire, écrire, transmettre de Cécile Ladjali

     Quoi de mieux pour commencer les vacances que la lecture d'un livre sur une bibliothèque d'écrivain ? Cet ouvrage ne présente qu'un seul défaut : celui de vous inciter fortement à vous ruer chez votre libraire avant de vous enfermer chez vous avec votre nouvelle pile de livres... Mais commençons par le début ! Cécile Ladjali enseigne la littérature à la Sorbonne Nouvelle. Romancière, elle a également animé une émission sur France Culture, une chronique hebdomadaire de deux minutes sur laquelle je reviendrai. 

   Le premier et plus grand chapitre présente la bibliothèque de l'écrivain. Qualifiée de "bazar oriental" elle se trouve dans l'entrée de son appartement et ses rayonnages entourent la porte, formant une arche et menaçant tout visiteur au claquement de porte féroce de se retrouver coiffé d'un volume... Elle cite, liste, et l'on se promène avec joie entre Virginia Woolf, les Russes (elle a un faible pour Dostoïevski), Emily Dickson et les autres. On se plaît alors à comparer et à voir si l'on a des amis communs. Dans ce chapitre, mention spéciale à l'anecdote concernant son passage écourté à France Culture : elle en fut renvoyée car un matin, elle présenta dans sa chronique la poétesse Valérie Rouzeau et sa revue poétique Dans la lune. Elle fut donc jugée trop littéraire, ce qui n'est pas sans évoquer la disparition du regretté Bateau livre animé par Frédéric Ferney...

   Les limbes de la bibliothque abritent la critique ainsi que Baudelaire.
"La critique est reléguée au sommet de la bibliothèque sur le plus long des rayonnages. Sous lui, un vide, prévu pour la porte d'entrée. (...) Quand on claque la porte on peut être assommé par un Fumaroli ou un Bénichou. C'est selon l'humeur du claquement. Peuvent donc nous tomber sur le coin de la figure : Erich Auerbach, Mimesis, Figura. Alexis Philonenko, Leçons plotiniennes".... Dans ce deuxième chapitre, j'ai particulièrement aimé le passage sur les livres qu'elle ne comprend pas. Rares sont les enseignants (et encore plus les universitaires), capables de dire qu'ils ne comprennent pas un livre ! Et pourtant, on a tous dans nos bibliothèques de ces ouvrages obscurs vers lesquels on revient, tentant de les déchiffrer sans véritablement y arriver. On y pioche des parts de mystère et on les aime malgré (ou pour) leur caractère secret.
   Dans l'enfer de sa bibliothèque qui occupe le troisième chapitre, on trouve les livres non lus mais aussi les décadents à côté Dostoïevski, Ingeborg Bachmann et Paul Celan. Ici, j'ai particulièrement aimé le passage sur la BNF avec la réaction des chercheurs lors du déménagement de son "enfer" de la rue Richelieu au quai Mauriac.

http://fluctuat.premiere.fr/Societe/News/L-Enfer-de-la-BNF-le-dossier-Flu-3209418



   Le quatrième chapitre s'intitule "Enseigner : je déballe ma bibliothèque". On y trouve pêle-mêle les souvenirs d'enfance avec grenier et livres interdits, l'importance de la lecture des classiques et la présence tutélaire de George Steiner qui fut le maître de Cécile Ladjali. Étant enseignante moi-même, j'ai bien sûr lu cette partie avec le plus grand intérêt et j'ai souvent été d'accord avec les prises de position de la romancière. Elle évoque la nécessaire exigence qui doit être la nôtre face à des élèves qui se trouvent en permanence face au prêt à penser. C'est une position difficile, mais elle fait toute la grandeur de ce métier tant décrié. Me reste à lire Éloge de la transmission : le maître et l'élève avec George Steiner, paru en 2003.
   L'ouvrage se clôt sur un bel hommage aux libraires passionné(e)s. On y trouve aussi un vibrant message à Linda Lê qui donne vivement envie de découvrir ses récits. C'est peut-être bien le grand mérite de cet ouvrage, nous donner envie de lire, mais de lire autrement, avec une acuité plus grande. L'écrivain s'interroge dans ce livre sur le rapport entre l'écriture et la lecture, on s'interroge avec elle et l'on se dit que notre bibliothèque n'a pas fini de nous réserver des surprises...

lundi 29 juin 2015

Histoire d'Irène d'Erri De Luca

     Pour une semaine qui s'annonce caniculaire, l'Histoire d'Irène a un goût de fraîcheur et de vagues. Irène, c'est une jeune fille de quatorze ans. Orpheline, elle vit dans une pièce qui jouxte une maison louée à des touristes hollandais. Sur un lit de pierre, elle repose son corps alourdi par une grossesse avancée. Elle va bientôt accoucher.
   Irène vit sur une île grecque, une île au sol aride où les arbres peinent à trouver de quoi s'enraciner. Mais la jeune fille n'a, elle, pas besoin de s'attacher au sol. Son milieu, c'est la mer, et toutes les nuits, même l'hiver, elle va nager.
   Le narrateur, lui, vient de Naples dont la première divinité, Parthénope, était aussi une "filles des vagues". C'est un écrivain de la soixantaine, qui vend ses histoires sur le marché. Irène et lui se retrouvent sur la plage, lieu où la jeune fille a été trouvée un jour, sans que l'on sache d'où elle venait.
   LUI aime jouer avec les cailloux qu'il ramasse parfois parfois au bord de la mer, parfois au fond de l'eau. Il compose ensuite de ces étranges sculptures éphémères de pierres. Il frissonne au contact des vagues et attend.
   ELLE nage avec les dauphins. Fille-mère au ventre plein, elle rejoint la nuit sa famille : onze dauphins menés par une femelle. Irène les aide à éviter les pièges des hommes. 
   ILS se racontent des histoires, du genre de celles qui font oublier la méchanceté des hommes.


  Je raconte à Irène l'histoire de Jonas parce qu'elle ressemble à la sienne. Elle a été sauvée par les dauphins et élevée par eux.
Il existe une deuxième vie après la mer, déclenchée par une voix, par un quelconque "qoum", lève-toi, viens.

   S'il ne s'affiche pas comme recueil de nouvelles, l'ouvrage d'Erri De Luca présente trois textes dont le premier donne son titre à l'ensemble. J'avoue avoir été totalement sous le charme de l'Histoire d'Irène au point d'en oublier les deux autres, qui sont pourtant aussi de bonne facture ! N'hésitez pas à emporter ce petit livre de 120 pages sous votre parasol, il vous rafraîchira.
MENTION SPÉCIALE à la dédicace : "Ma dette grecque"....

A écouter à ce propos une courte critique de 4 mn sur France Culture, ICI

mardi 23 juin 2015

Essai


http://themurmuringcottage.tumblr.com/

Bonjour à tous,

     Juste au moment où je comptais revenir sur la blogosphère, me voilà avec un problème insoluble de connexion... En effet, mon blog se déconnecte tout seul et lorsque je veux publier un commentaire, il ne me reconnaît plus. Il semblerait que je puisse publier des billets (celui-ci est donc un "essai"), mais je ne suis pas sûre du tout de pouvoir répondre à vos commentaires.
   Christw et Jeanmi, vous comprendrez maintenant l'absence de réponse à vos derniers petits mots !
   Je ne sais ni comment faire, ni à qui m'adresser... j'ai cherché un peu partout sur les rubriques d'aide et autres liens mais rien concernant ce problème. Si l'un ou l'une d'entre vous a déjà eu ce genre de souci, j'accepte vos témoignages, ou mieux, solutions, avec gratitude...
   Bonne semaine à tous, 

Margotte
PS : Un grand merci à M. Margotte appelé en renfort... et qui a trouvé l'origine du problème ! Merci les cookies 

dimanche 24 mai 2015

Etonnants voyageurs 2015

 

   Quelle journée ! J'ai eu la chance de pouvoir me rendre aujourd'hui à St Malo pour profiter un peu du festival Étonnants voyageurs, et je n'ai pas été déçue par les rencontres du jour. Après un petit tour au traditionnel café littéraire du Palais du grand large, un grand tour au salon du livre. De nombreux auteurs étaient présents aujourd'hui. Je suis ravie d'avoir pu échanger avec Cécile Coulon qui, en plus, s'est prêtée gentiment à la photographie (et à la dédicace) pour dame Margotte.

Cécile Coulon, St Malo, 2015
   Après avoir parlé cinéma avec Fabrice Bourland à qui j'ai acheté son dernier roman, Hollywood monsters, direction les remparts afin de grignoter un morceau en bonne compagnie. L'après-midi fut sous le signe de la Série noire. Tout d'abord, une conférence sur la naissance de la mythique collection de Gallimard avec, de gauche à droite : Aurélien Masson (actuel directeur de la série noire), Bertrand Angelier, un animateur, Bertrand Tavernier et Michel Le Bris.


Après cette intéressante mise en bouche, le meilleur restait à venir : un excellent documentaire de Gilles Mimouni, Il était une fois Les Tontons flingueurs (on est fan ou pas...). Ambiance :



Encore une promenade avant de partir et un bilan plus que positif avec finalement peu d'achats (ce qui n'est pas plus mal vu la taille de ma PAL !).


   Une grande place était faite, cette année, à la notion de République (Mona Ozouf était invitée) et une matinée s'intitulait "Être Charlie". Le festival se veut donc à la fois ancré à St Malo mais aussi ouvert sur le monde d'aujourd'hui. Vous pouvez consulter le site du festival pour les détails et voir des conférences ici (je pense, entre autres, à Keisha et à son amour de la littérature des grands espaces, qui devrait être intéressée par la vidéo...).
   Je profite de ce billet pour vous dire que les semaines à venir vont être chargées pour moi et que je vais me faire rare sur la blogosphère. Autrement dit, je pars vers d'autres horizons pour un moment. Si j'ai le temps, je viendrai vous parler du festival de Vannes où j'ai très envie d'aller et avec un peu de chance, j'aurais le temps de rédiger quelques billets cet été. En attendant, bon vent à tous !

mercredi 20 mai 2015

Du côté de chez Swann de Marcel Proust

     
     Proust hésita longtemps sur le titre à donner à son œuvre, à l’ensemble de La Recherche mais aussi à ce premier volume sans cesse remanié, des brouillons à la dactylographie en passant par les ajouts aux épreuves. Du côté de chez Swann, publié chez Grasset en novembre 1913, puis chez Gallimard en juin 1919, aurait pu s’appeler Jardins dans une tasse de thé (j'aime !) ou Le Printemps. Le manuscrit, refusé par Gide pour la NRF (cela restera son regret le plus cuisant), sera édité à compte d’auteur avant de connaître la renommée que l’on sait.
   Divisé en trois livres, ce premier volume présente un côté hétérogène lié à l’intégration d’une histoire d’amour au milieu d’un récit pris en charge par le narrateur. Ce récit s’ouvre par une première partie, « Combray », où apparaissent une partie de ces « moments privilégiés » au centre de l’œuvre proustienne, mais aussi les principaux acteurs de La Recherche : le héros, sa famille, Françoise, Swann, la fameuse tante Léonie, Bergotte et le clan des Verdurin... 

   « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait (…) ».
   C’est le récit d’une enfance, celle du narrateur qui se souvient des douces heures du sommeil, de la lecture et des promenades chez sa grand-tante. On y retrouve les grandes scènes de notre patrimoine littéraire : la scène du coucher, la scène de la madeleine, les séances de lecture de François le Champi de George Sand. Les yeux de l’enfance transforme l’ensemble en un précieux livre d’images. Tout y est à la fois coloré et évanescent. Tout y est plein de livres reliés d’or d’où s’échappent des lettres qui s’impriment dans la mémoire. Tout y est anodin tout autant que fondamental. Ce monde premier se clôt sur une « mise en fuite par ce pâle signe qu’avait tracé au-dessus des rideaux le doigt levé du jour. ».

Combray, 2011
    La deuxième partie « Un amour de Swann » nous emporte dans un monde bien différent, celui du clan des Verdurin. Commence un roman dans le récit, celui des amours de Swann pour Odette, cocotte et demi-mondaine. Sur la petite sonate de Vinteuil qui déclanche la mémoire involontaire, Swann se laisse emporter par une passion au dessous de sa condition qui va pourtant le conduire à se laisser aller à une jalousie maladive.

« Ainsi à peine la sensation délicieuse que Swann avait ressentie était-elle expirée, que sa mémoire lui en avait fourni séance tenante une transcription sommaire et provisoire, mais sur laquelle il avait jeté les yeux tandis que le morceau continuait, si bien que, quand la même impression était tout d’un coup revenue, elle n’était déjà plus insaisissable. »
   Lors de cette relecture, j’ai été totalement fascinée par la troisième partie qui, après une rêverie sur les noms de pays, voit le héros déchiré par son amour pour Gilberte, la fille de Swann. Celle-ci, retrouvée aux Champs-Élysées, devient le centre de la pensée du narrateur. L'ouvrage se clôt sur un portrait de la Belle Époque au travers de la description des toilettes des femmes qui se promènent au bois. J'ai déjà entamé A l'ombre des jeunes filles en fleurs et espère vous donner des nouvelles de ce deuxième volume qui, dans la foulée du premier, prend une toute autre saveur...

samedi 16 mai 2015

Projet 52 (20) - Chemin

Pour le projet 52 de Ma'
le thème de cette semaine était chemin...
Je vous emmène donc dans mes bois !
Le chemin est bordé de jacinthes sauvages
et il y a moins de monde que sur la plage...
Bon we à vous !

jeudi 7 mai 2015

Étouffements de Joyce Carol Oates


     En général, mes lectures de JC Oates marchent par deux. Fidèle à la tradition, j’ai donc acheté deux livres de l’écrivaine lors de ma dernière sortie en librairie. J’ai déjà présenté le conte gothique, le livre que voici est un recueil de nouvelles (en attendant que je lise enfin Bellefleur…). J’avoue avoir un peu hésité avant de l’acheter car je trouve que les nouvelles ne sont pas forcément au niveau des romans, comme si la « romancière » avait besoin de temps pour développer tout son savoir faire. Mais enfin, elle a déjà prouvé qu’elle peut accomplir des miracles sur les formats courts avec Folles nuits. Depuis que j’ai lu ce dernier, je ne me refuse rien de cette artiste ! Et en ce qui concerne le recueil dont il est question aujourd’hui, j’ai bien fait car je n’ai pas été déçue du tout, au contraire, j’ai même été agréablement surprise car certaines nouvelles sont vraiment excellentes.
   Les dix récits qui composent le recueil sont tous parus entre 2005 et 2008 dans des revues. Regroupés sous le titre d’Étouffements, ils se tissent tous sur ce thème qui porte les personnages du simple dégoût sans objet à la mort violente. Ma nouvelle préférée est la troisième, « Le premier mari ». Alors que les Chase préparent leur premier voyage en Italie pour fêter leurs dix ans de mariage, Leonard, en cherchant son passeport, tombe sur un paquet de photos entourées d’un vieil élastique. Sur ces vieux Polaroïds, un jeune couple : sa femme « étonnamment jeune » et un homme qu’il identifie rapidement comme le premier mari. Ces quelques clichés vont rapidement devenir une obsession et entraîner un bien sombre enchaînement d’événements imprévus....
   Deux nouvelles présentent le même type de personnage, récurrent chez Oates : des jeunes filles un peu paumées qui étouffent dans leur milieu, chacune en limite de dérapage. On louvoie avec elles, au bord du précipice.
Dans « Strip Poker », Annislee :
« Grande, mince et gauche, j’ai presque quatorze ans, les attaches fines, des yeux noirs enfoncés et une mince bouche ourlée qui m’attire des ennuis, à cause de ce que je dis ou marmonne tout bas ; mes cheveux blond cendré, attachés en queue de cheval, tombent comme une queue de rat mouillée sur mes vertèbres saillantes ; sans cette queue-de-cheval, on aurait pu me prendre pour un garçon, et j’espérais bien rester toujours comme ça, rien de plus dégoûtant qu’une femme adulte en maillot de bain, une femme grasse comme maman et ses amies, que les hommes, les hommes adultes, regardaient pourtant comme s’ils les trouvaient glamour et sexy. »
   Dans « Nulle part », Miriam :
« L’air d’une fille larguée par son petit copain et qui tâche de ne pas pleurer. En plus elle est mineure. En plus elle n’a jamais fait l’amour. En plus elle a eu des nausées, des haut-le-cœur dans l’un des box puants des toilettes, mais rien n’est venu. Un truc qu’il lui avait donné : Tu as besoin de te détendre chérie. »
   La dernière nouvelle, glaçante, « Veine cave », raconte l’histoire du retour d’un ancien combattant. Enfin, elles sont toutes d’une cruauté maupassantienne, imprégnée par la violence des rapports sociaux et l’impact d’une crise économique qui laisse des trous perdus en ruines, perclus de types défoncés à la méth (voir Breaking Bad).
Joyce Carol Oates, c’est l’anti-Hollywood. Elle sait mieux que personne faire entendre toutes les voix de l’Amérique, celles des beaux quartiers, mais aussi celles des pauvres filles mal mariées dans un bled paumé comme dans « La chute ». Mon admiration est toujours aussi intense et j’attends avec impatience le Nobel de littérature pour Mme Oates…

https://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2010/02/17/et-un-challenge-un/