lundi 23 mars 2015

La plume, le pinceau, la prière - L'égyptologue Marguerite Naville (1852-1930) par Danielle Maurice-Naville, Laurence Naville et Corrine Eggly-Naville



Avertissement : ce billet a été rédigé par Mlle Margotte. Cette dernière, passionnée d'histoire, a lu le livre plus vite que sa mère, un peu débordée et peu présente ces derniers temps sur la blogosphère, comme vous avez pu le constater...
   C’est à travers trois voix que se déroule cette biographie de Marguerite de Naville de Pourtalès. Trois femmes, trois auteures, trois membres de sa famille s’associent pour raconter la vie tumultueuse de cette femme. Dessinatrice, pieuse, passionnée et bourreau de travail, Marguerite Naville a vécu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.
Issue d’une famille ancienne, sa vie a été marquée par le travail de son mari, Edouard Naville. Égyptologue suisse, il voyagera toute sa vie entre l'Égypte, la France, la Suisse ou l’Allemagne et travaillera notamment sur le mythe d’Horus et Le livre des morts.



Je n’ai pas apprécié le ton de cette biographie familiale. L’écriture s’est faite grâce à des journaux et des correspondances de Madame Naville, assemblés dans un récit à la première personne par les trois auteures. Peut-être trop habituée à la rigueur des récits historiques ou à la légèreté de mes lectures de loisirs - maudites soient ces bandes dessinées si chronophages - ce récit m’a paru artificiel.

Le livre est alors quelque chose de "bâtard", entre le récit historique, la biographie, l’autobiographie et l’épistolaire. Peut-être ce mélange des genres est-il quelque chose de positif. Personnellement, j’ai trouvé ça assez maladroit. Peut-être aurait-il mieux valu que les auteures choisissent des extraits et publient un recueil. Le récit, alors allégé, serait plus à même de transmettre les émotions et l’écriture quotidienne délicate de Marguerite qu’on sent parfois transparaître au fil des pages.

Ce livre a pourtant le mérite de laisser émerger ce qu’un récit historique pourrait considérer comme insignifiant. La plume, le pinceau, la prière nous plonge dans le quotidien d’une femme bourgeoise de la fin du XIXe siècle, ainsi que dans le monde passionnant des égyptologues. Nous sommes guidés dans cette balade par les nombreuses illustrations de l’ouvrage, pour la plupart des dessins de Marguerite ou des photographies. Le feuilletage de ce livre est une expédition dans les voyages des intellectuels européens et une ouverture sur leurs relations avec leurs voisins égyptiens tant contemporains que millénaires. Si ce livre n’a pas le mérite d’une belle écriture, il a celui-ci, et ce n’est pas négligeable.
http://delivrer-des-livres.fr/challenge-rentree-litteraire-2014/

Merci beaucoup aux éditions LaBaconnière pour cet envoi.

samedi 21 février 2015

Qui dira la souffrance d’Aragon ? de Gérard Guégan


Ce roman s’attarde sur quelques jours de la vie d’Aragon. En sept chapitres dont six centrés sur l'année 1952 (du premier au 8 septembre), il nous brosse la relation que l’écrivain noua avec le jeune Mahé. Ce dernier était de presque trente ans son cadet. En 1952, Aragon a cinquante-cinq ans. Il est alors au sommet de sa gloire comme écrivain et, à cette époque, siège au comité central du Parti communiste. Mahé, lui, est venu à Paris sur ordre du Kominform, afin de veiller au bon déroulement d’un procès politique d’importance.
Le roman décrit très bien l’ambiance des débuts de la Guerre froide, avec les rivalités internes au PC ainsi que sa politique d'épuration. La douleur du réveil après la Seconde Guerre mondiale et la glaçante découverte de l’horreur des camps n’auront pas endormi bien longtemps conflits larvés  et autres complots mesquins. Le roman nous plonge ainsi dans les méandres de l’Histoire du Parti communiste en France, sur fond de relation amoureuse entre Mahé et Aragon. 
Ce livre avait donc tout pour me plaire, mais étrangement, je n’ai pu entrer dans cette histoire pour deux raisons essentielles. La première tient justement au contexte historique. On en sait à la fois trop et trop peu sur des personnages pourtant essentiels et passionnants, je pense par exemple au couple Tillon dont le mari apparaît par exemple ici :
 « En URSS, l’été 1951, Mahé avait assisté de ses conseils Maurice Thorez, mais aussi Jeannette, son épouse, déchaînée contre ces deux « salopards », Mary et Tillon, qui n’avaient de cesse, à l’entendre, de lui reprocher de jouer les héroïnes alors qu’elle aurait passé toute la guerre au chaud dans une datcha de Crimée. »
Le contexte est passionnant mais si l’on ne connaît pas parfaitement bien les personnages cités, le déroulement resserré en sept journées ne permet pas de bien comprendre les enjeux des relations interpersonnelles, et encore moins les complexes enjeux historiques en ce qui concerne l'histoire du PC par exemple (sans parler du poids des anciens réseaux de la Résistance).
  
La deuxième raison s’avère sans aucun doute liée à mes lectures du moment. En effet, plongée avec délice dans Le Guépard de Lampedusa - donc dans une écriture à la fois ample et raffinée - j’ai eu le plus grand mal à me laisser porter par une prose laconique, sans parler d’une trivialité peu réjouissante… Je vous propose un court extrait :
« Ils s’embrassent aussitôt à bouche que veux-tu, tels des affamés cherchant à se nourrir l’un de l’autre.
On entend des grognements, des râles, et une fois, une seule, on entend Argon murmurer : ‘Donne-moi tout, mon grand chéri. Tout !’ »
Il est bien rare que j’abandonne un roman, mais ici, tous mes efforts n’ont pu me faire dépasser la troisième journée de cette aventure. Je suis repartie avec Lampedusa, emportée par une prose magnifique, de celle qui vous rappelle ce que littérature veut dire...
Un article à lire à ce propos ICI. Sinon, si vous souhaitez entendre l'auteur, il est passé à La Grande librairie le 19 février, vous pouvez encore voir l'émission ICI.

http://delivrer-des-livres.fr/challenge-rentree-litteraire-2014/

Je remercie encore une fois les éditions Stock, et tout particulièrement Valentine.

dimanche 18 janvier 2015

Silence

http://themurmuringcottage.tumblr.com/

Chères (et chers) copinautes,

Après une période intense sur la blogosphère, vous avez peut-être remarqué que mes visites chez vous se font plus rares... Ne croyez pas que je boude vos blogs, je suis tout simplement très prise par des activités extérieures qui nécessitent une disponibilité importante et peu compatible avec la blogosphère (qui, comme vous le savez, est chronophage...).
Je vous laisse donc jusqu'à la fin du mois environ, peut-être un peu plus selon l'avancée des travaux... 
D'ici là, je vous souhaite de nombreuses et belles lectures, de celles qui permettent de prendre de la distance avec la fureur médiatique actuelle. A ce propos, je vous conseille vivement d'écouter au moins les dix premières minutes de La Grande librairie de jeudi dernier.
Bon dimanche à vous et à très bientôt,

Margotte 

 

dimanche 11 janvier 2015

Projet 52 (2) - Gros plan


Pour cette deuxième semaine du projet 52, gros plan sur une des nombreuses couvertures de Cabu (du 24 avril 2002) :

samedi 10 janvier 2015

Relligio de Victor Hugo


Relligio

L'ombre venait ; le soir tombait, calme et terrible.
Hermann me dit : - Quelle est ta foi, quelle est ta bible ?
Parle. Es-tu ton propre géant ?
Si tes vers ne sont pas de vains flocons d'écume,
Si ta strophe n'est pas un tison noir qui fume
Sur la tas de cendre Néant,

Si tu n'es pas une âme en l'abîme engloutie,
Quel est donc ton ciboire et ton eucharistie ?
Quelle est donc la source où tu bois ? -
Je me taisais ; il dit : - Songeur qui civilises,
Pourquoi ne vas-tu pas prier dans les églises ? -
Nous marchions tous deux dans les bois.

Et je lui dis : - Je prie. - Hermann dit : - Dans quel temple ?
Quel est le célébrant que ton âme contemple,
Et l'autel qu'elle réfléchit ?
Devant quel confesseur la fais-tu comparaître ?
- L'église, c'est l'azur, lui dis-je ; et quant au prêtre... -
En ce moment le ciel blanchit.

La lune à l'horizon montait, hostie énorme ;
tout avait le frisson, le pin, le cèdre et l'orme,
Le loup, et l'aigle, et l'alcyon ;
Lui montrant l'astre d'or sur la terre obscurcie,
Je lui dis : - Courbe-toi. Dieu lui-même officie,
Et voici l'élévation.

Victor Hugo, Les Contemplations

http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2014/11/challenge-victor-hugo_5.html
Valable aussi pour le challenge romantique !
Dans le cadre du challenge Victor Hugo, je devais aujourd'hui publier mon poème préféré. L'actualité m'en a empêché. Je vous propose donc celui qui s'est imposé à la place.
Les poésies d'Asphodèle, Claudialucia, Valentyne, Moglug, Miriam, Aaziliz et Aifelle.

vendredi 9 janvier 2015

La route de Beit Zera d'Hubert Mingarelli



 Commencer un livre en début d’année est toujours chose compliquée… En effet, il s’agit de choisir celui qui permet d’entrer dans un nouveau cycle de manière « positive » si possible (vous trouverez ici, celui de l’an dernier). Je ne pouvais mieux choisir en sélectionnant dans ma PAL - qui ne mange pas de chocolat mais qui prend du poids quand même – le dernier roman d’Hubert Mingarelli. C'est une ode à la tendresse humaine et à la fraternité dans ce qu’elle a de plus fragile.

L’histoire débute en Israël, sous le lac de Tibériade, près de Beit Zera. Stépan Kolirin, un vieil homme, habite une maison où il n’a pour seule compagnie que sa vieille chienne malade. Il envisage de mettre fin aux jours douloureux de l’animal tout en s’occupant d’elle avec douceur. Un jour, un jeune arabe s’approche de la véranda et de la chienne. Il va ensuite revenir, toujours silencieux, pour partir se promener avec l’animal, établissant un étrange rituel attendu par le vieil homme et la chienne. Stépan, intrigué par ce gamin bizarre, s’habitue pourtant à lui tout en continuant à écrire tous les jours à son fils Yankel qui habite « à l’autre bout du monde ». Je n'en dis pas plus sur l'intrigue... si vous voulez savoir pourquoi le fils est parti si loin et où, vous savez ce qui vous reste à faire...

http://www.tel-avivre.com/wp-content/uploads/sites/2/2014/02/lac_tiberiade.jpg
Lac de Tibériade
 J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage d’un auteur que je ne connaissais pas du tout. En 157 pages, il traite avec beaucoup d’humanité du conflit israélo-palestinien, mais presque sans le dire… Difficile de rendre compte de l’atmosphère qui règne dans ce roman. Tout y est teinté de douceur et de respect. Le rythme, lent mais jamais ennuyeux, nous porte tout naturellement à vouloir en savoir plus sur les personnages auxquels on s’attache très vite. Dès le premier chapitre, nous voilà installés près de Stépan et l’on se prend à avoir envie de caresser la tête de la vieille chienne. Enfin, pour conclure, le genre d’ouvrage qui fait du bien à l’âme, qu’on a envie d’offrir, qui donne plus envie de se taire que de parler pour ne rien dire. Je crois que je peux le ranger dans la catégorie de mes "précieux", il prend donc sa place dans les pépites du non-challenge de Galéa, ne serait-ce que pour cette merveilleuse scène du rire dont je vous propose un extrait ci-dessous.


Extrait

Chacun pour soi se rappelait ce jour-là, devant Jaffa, pendant leur service militaire. Ils fouillaient les Arabes à midi. La chaleur montait de la route comme de l’eau chaude d’un bassin. Le soleil les tuait tous. (…) Ils étaient une centaine à attendre leur tour pour entrer dans Jaffa. Soudain un vieillard sortit de la file, s’avança, passa à côté de Stépan et Samuelson sans un regard, sans l’ombre d’une crainte, et s’éloigna.  L’officier leva une main et posa l’autre sur son étui à révolver. Stépan et Samuelson, abandonnant les deux qu’ils fouillaient à ce moment-là, se redressèrent, fixèrent un moment le dos du vieillard qui s’en allait sans les craindre, puis éclatèrent de rire, et tous les Arabes qui attendaient leur tour éclatèrent eux aussi d’un rire si extraordinaire qu’il couvrit celui de Stépan et Samulson. L’officier devint rouge de colère, mais demeura muet. Il faisait trop chaud.




Je remercie les éditions Stock et Valentine L. pour cet envoi et cette excellente surprise de début d’année ! Le livre est sorti avant-hier en librairie...

jeudi 8 janvier 2015

Nous sommes tous Charlie

http://www.liberation.fr/politiques/2015/01/07/les-musulmans-de-france-redoutent-le-retour-de-flamme_1175810
Info découverte avec stupeur ce matin seulement.
Je suis muette tout en refusant de me taire...

lundi 5 janvier 2015

Les livres de 2014

Mes trois romans ou recueils de nouvelles de l'année 2014 :
1. En tête de liste et presque "hors concours" : Les Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar



2. Le Convoi de l'eau d'Akira Yoshimura, un livre de toute beauté, parfait pour commencer une année... livre non chroniqué ici.
3. Folles nuits de Joyce Carol Oates : des nouvelles
http://bruitdespages.blogspot.fr/2014/06/folles-nuits-de-joyce-carol-oates.html
Viennent ensuite :
- Sur la plage de Chesil de Ian Mc Ewan
- La vérité sur l'affaire Henri Quebert de Joël Dicker
- La verticale de la lune de Fabienne Juhel

Mes trois polars favoris de 2014
1. LA trilogie de l'année, LA trilogie d'Erik Axl Sund, Les visages de Victoria Bergman 



2. Enclave de Philippe Carrese

3. W3 - Le sourire des pendus de Camus et Hug


Le livre de l'année en littérature jeunesse : Mamie passe le bac de Gwladys Constant

Les deux meilleurs essais lus en 2014 :
1. La cause des livres de Mona Ozouf


2. Croquis et grifonnis de Sue Lonoff de Cuevas


LE classique de 2014, hors catégorie, à lire et relire sans aucune modération : La Reine Margot d'Alexandre Dumas



dimanche 4 janvier 2015

Le projet 52 (1) - Ici

Pour entrer dans l'année 2015, je me lance dans la participation au "projet 52" initié par 'Ma. Elle nous invite à publier chaque semaine une photographie en lien avec un thème proposé à l'avance. Cette première semaine était consacrée à l'"ici". Je vous propose donc l'ici nuageux, le ciel vu de chez moi qui m'évoque Baudelaire...


Ciel brouillé

On dirait ton regard d'une vapeur couvert ;
Ton œil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés, 
Qui font se fondre en pleurs les cœurs ensorcelés,
Quand, agités d'un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu'allument les soleils des brumeuses saisons...
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé !

O femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l'implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?

Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal

vendredi 2 janvier 2015

Bonne année !


Partie pour quelques jours près de mes bois... me voilà de retour avec une photo prise lors des jours de grand froid ! Comme quoi je pense à vous même loin de mon ordinateur... Je vous souhaite une belle et douce année 2015, à vous et à vos proches.