dimanche 19 octobre 2014

Près de mes bois


Source des photos ici

Bonjour,
Je vous abandonne un moment pour aller me ressourcer auprès de mes bois. Je vais toutefois penser à vous puisque cela sera l'occasion de rédiger mes trop nombreux billets en retard ! J'ai presque terminé le dernier Annie Ernaux dont je vous parle dès mon retour. Le dernier Quignard m'attend. Je dévore en ce moment un polar de K. Giebel et il me faudra évoquer aussi deux livres de littérature jeunesse particulièrement intéressants. 
Je vous souhaite un excellent week-end, j'espère que vous pouvez profiter de ce merveilleux soleil et des températures si exceptionnelles qu'elles en deviennent presque inquiétantes...
Bon dimanche à vous et à bientôt

Margotte

obsol:



‣ nature

mardi 14 octobre 2014

L’École des femmes de Molière



     C’est à l’occasion de la fête des Rois de l’année 1663 que Louis XIV fait représenter L’École des femmes, nouvelle comédie de Molière. Jouée  pour la première fois le 26 décembre 1662 au Palais-Royal, le succès de cette comédie fut immédiat et durable. Elle succédait à L’École des maris et à la pièce Les Fâcheux, qui remontaient à l’été 1661. La « fronde » qui va suivre cette représentation explique que chacun va s’y presser, d’autant plus que Molière va alimenter ce qui deviendra la « querelle de L’École des femmes » en créant La Critique de L’École des femmes. L’année 1663 sera ainsi rythmée par les épisodes liés à la Querelle lancée tout d’abord par Donneau de Visé dans ses Nouvelles nouvelles publiées un mois après la première de la pièce. Les enjeux du débat qui va durer un an sont esthétiques et moraux. Les récits, multiples, s’enchevêtrent dans une comédie dont les thèmes sont ancrés dans le monde contemporain et la structure de la pièce (5 actes) la rangent dans la catégorie des « grands textes » alors qu’elle propose des éléments de comique. Et c’est bien du côté du comique que les enjeux moraux se placent puisque Molière développe même dans cette pièce des allusions franchement sexuelles, ce qui va lui valoir d’être accusé d’impiété.

L’intrigue
Arnolphe (joué à l’origine par Molière), barbon quarantenaire, souhaite épouser une femme qui ne présentera pas les défauts des précieuses et autres femmes trop savantes à son goût. Sous le nom de M. de La Souche, il décide donc d’élever une jeune fille, Agnès, qu’il maintient non seulement enfermée, mais aussi ignorante. La pièce commence à la veille du mariage. Arnolphe s’entretient avec son ami Chrysalde, le « raisonneur » de la pièce. C’est l’occasion de nous présenter les principaux ressorts de l’intrigue à venir, et déjà nombre de bons mots et sentences fameuses :
Chrysalde : Oui : mais qui rit d’autrui,
Doit craindre, qu’en revanche, on rie aussi de lui.
Arnolphe : Épouser une sotte est pour n’être point sot.
Arnolphe : Chose étrange de voir, comme avec passion,
Un chacun est chaussé de son opinion !
La pièce commence alors qu’Arnolphe vient de s’absenter dix jours. Sa pupille et future femme, pendant ce temps, a rencontré Horace, un jeune homme beaucoup plus plaisant que notre vieux barbon, et capable de faire naître un désir jusqu’alors inconnu d’Agnès. Or, Horace est le fils d’un ami d’Arnolphe et les deux hommes se rencontrent à la scène 4. Le jeune homme, ravi de revoir un ami, en profite pour se confier. Il avoue son nouvel amour et les ennuis de la pauvre jeune fille élevée par un certain M. de La Souche. Le quiproquo ne sera levé qu’à la fin de la pièce, lorsque Horace, stupéfait, découvrira que son confident se confondait avec le père adoptif de sa bien aimée. Mais je ne vais pas vous révéler l’ensemble du dénouement…

Mise en scène de Jouvet en 1936
L’intérêt de la pièce 
Le comique
Molière, dans cette pièce, a joué des allusions grivoises et pour qui s'avère bon public concernant l’humour dit « bas » (c’est mon cas, je l’avoue, et avec le sourire en plus…), le texte offre de quoi s’amuser. On y trouve la fameuse scène du « le » dans laquelle Arnolphe s’inquiète de ce que le jeune Horace risque d’avoir pris à Agnès. La scène entre les domestiques où Alain explique à sa femme qu’elle peut se comparer à un « potage » est également drôle. Les autres ressorts du comique dépendent beaucoup de l’interprétation du texte, ce dont j’aurai l’occasion de vous reparler (j’ai visionné la mise en scène de Jacques Lassalle, avec Olivier Perrier dans le rôle d’Arnolphe).
La structure de la pièce
Première pièce en cinq actes de Molière, et considérée comme la première « grande comédie » du dramaturge, L’École des femmes présente une structure originale et inhabituelle. En effet, au lieu de nous proposer l’action, Molière a joué sur la narration d’actions dont le spectateur ne prend connaissance qu’au travers du discours. Ainsi, la bastonnade donnée à Horace n’est pas jouée. Le spectateur voit Horace à terre, et c’est au travers de ce qu’il en raconte qu’il apprendra ce qui s’est passé.
La question féminine
La force de la pièce vient de la place qu’elle accorde à la question féminine. L’enfermement d’Agnès et le manque d’éducation qui est le sien posent la question de l’éducation des femmes. Les rapports entre les deux jeunes gens invite à se questionner sur le problème des mariages forcés (question hélas encore d’actualité). L’évolution personnelle d’Agnès invitent également à réfléchir sur le libre arbitre de chacun. En effet, alors qu’elle ne devait apprendre qu’à lire, et surtout pas à écrire, on apprend qu’elle sait écrire. Elle a donc transgressé les interdits de son père adoptif. On pourrait donc également gloser sur le bon usage de la transgression…

Extrait
Non, non, je ne veux point d’un esprit qui soit haut,
Et femme qui compose, en sait plus qu’il ne faut.
Je prétends que la mienne, en clartés peu sublime,
Même ne sache pas ce que c’est qu’une rime ;
Et s’il faut qu’avec elle on joue au corbillon,
Et qu’on vienne à lui dire, à son tour : « Qu’y met-on ? »
Je veux qu’elle réponde : « Une tarte à la crème » ;
En un mot, qu’elle soit d’une ignorance extrême ;
Et c’est assez pour elle, à vous en bien parler,
De savoir prier Dieu, m’aimer, coudre et filer.


http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html

mercredi 8 octobre 2014

Parasite de Christian Blanchard


Vous vous souvenez peut-être du billet rédigé en juillet à propos du festival Le Chien jaune à Concarneau (ici). J’y avais acheté trois polars dont pas un ne m’a déçue. Je n’ai pas eu le temps de tous les chroniquer mais je voulais absolument vous parler de celui de Christian Blanchard, lu dernièrement, et qui fut vraiment une excellente surprise.
Tout commence le 1er mars 2011 sur la côte Ouest des États-Unis. Ely, un universitaire à qui tout semble avoir réussi, présente de bien étranges habitudes sexuelles. Il ne peut se satisfaire autrement qu’après avoir réalisé un rituel lié à la disparition ancienne de son ex-compagne grande, brune, « aux jambes interminables et aux seins parfaits… pour lui ». Il a quitté la France et ne compte pas y revenir. C’est sans compter avec une nouvelle qui arrive de sa Bretagne natale : sa mère est décédée. De retour sur la péninsule, il retrouve Katell, sa sœur, et fait la connaissance de Shana, une aveugle qui présente une ressemblance plus que troublante avec son ex. L’ouverture du testament maternel va leur réserver deux surprises qui vont les entraîner dans un enchaînement diabolique d’événements imprévus.
En parallèle, un homme qui semble n’avoir rien en commun avec eux, Valence, végète comme gardien de nuit dans un parking souterrain. Ancien flic, une "bévue" l’a éloigné non seulement de sa famille mais aussi de la grande famille de la Police nationale. À force de côtoyer les animaux de nuit, il a fini par collectionner les cloportes, ce qui l’entraîne parfois dans de sombres pérégrinations dans les souterrains de Brest. 
Enfin, un scientifique ayant mis au monde un enfant étrange qui ne sera pas déclaré, à la fin des années 60, va se trouver rattraper par cette « expérience » aux conséquences tragiques.
Vous vous en doutez, tous ces personnages vont se trouver liés dans le roman par une histoire commune que je vais bien me garder de vous dévoiler… car ce polar présente une dose de suspense parfaite. Une fois commencé, je n’ai pas lâché le livre avant de pouvoir comprendre enfin quels étaient les liens entre les personnages et ce qu’il allait advenir d’eux, certains se retrouvant dans des situations plus que difficiles… Un bon polar qui mérite le détour, publié par les éditions du Palémon, made in Finistère.
Avertissement : fortement déconseillé à tous les claustrophobes et à ceux qui n’aiment pas les petites bêtes du noir…


Extrait
Valence hésita. Une prémonition. Il était venu pour comprendre pourquoi un cloporte du désert pouvait se retrouver ici. L’excitation de la curiosité. Pas question de revenir en arrière. Il poussa la porte et se retrouva devant l’horreur. Table métallique sur laquelle reposaient des tuyaux translucides dont l’une des extrémités tombait dans des bassines. Desserte sur roulette où étaient méticuleusement alignés de vieux outils de chirurgie d’un temps révolu. (…)
Puis une voix derrière lui. 
-         Attendre toi.
Pas le temps de réagir. Coup violent sur la tête. Valence s’écroula. Avant de perdre connaissance, il vit contre le mur opposé deux personnages assis sur des chaises en osier. Des corps terriblement amaigris. Leurs habits sans véritable couleur leur collaient à la peau… comme des momies.

dimanche 5 octobre 2014

RAT "La BD fait son marathon" - J 2

J'embarque à nouveau pour le RAT aujourd'hui, avec une participation qui sera sans doute en pointillés et minimale à cause des copies qui m'attendent... sans parler de ce que je dois préparer pour demain... Enfin, j'ai quand même réussi à caler une heure de lecture après une première série de corrections.

10h30-11h30 - La première heure

J'ai lu avec un ouvrage de littérature jeunesse, Coup de talon de Sylvie Dehors. Une excellente surprise, un livre à conseiller et à offrir sans modération aux adolescent(e)s. 88 pages, un livre court mais intense sur le thème des violences faites aux femmes (ici, une jeune fille).


Je vous retrouve dans l'après-midi ou ce soir, en fonction de l'avancement des travaux...

15h30 - Le repas était délicieux et il fait beau - STOP - je n'ai pas avancé mes lectures - STOP - ni mon travail - STOP - à suivre...


                                                 http://themurmuringcottage.tumblr.com/

21h - Abandon avant la ligne d'arrivé...
Avec juste une petite sortie pour prendre un peu l'air, ne croyez pas que je joue les lâcheuses... J'ai juste été complétement débordée par mon travail à faire pour demain ! Et ce soir, j'avoue n'avoir qu'une envie, c'est me mettre sous ma couette, ordinateur éteint. 
Le bilan est donc moyen mais il m'aura permis de faire une belle découverte et de relire un Sylvie Germain, ce qui est déjà bien ! Quatre heures de lecture donc sur ces deux jours et 300 pages lues si je compte les 40 premières pages du Livre des morts de Glenn Cooper lues hier soir.
Je crois qu'il y a un RAT de clôture du challenge, et cette fois, pour sûr, je vais préparer tout ça un peu mieux... 
Bonne soirée à tous et merci pour vos visites et encouragements pour celles et ceux qui sont passés par ici. 

samedi 4 octobre 2014

RAT "La BD fait son marathon" - J1

http://www.lelivroblog.fr/archive/2014/10/03/suivi-du-marathon-bd-a-bord-du-vaisseau-fantome-5460655.html

Bonjour !

La pluie s'étant invitée dans notre chère région aujourd'hui, je viens de m'inscrire à la dernière minute au RAT de Lou et Hilde qui marque l'ouverture de leur challenge Halloween. 
Comme je n'ai rien prévu, cela sera sans doute un peu erratique, mais j'ai de nombreux livres "en souffrance", cela sera donc l'occasion de les terminer je l'espère. Cela n'aura pas grand chose à voir avec Halloween mais je trouverai bien une petite BD fantastique à lire lors de mes pauses...  Le Dracula de Druillet par exemple, qui ne demande qu'à être relu. Je vais commencer mes lectures à 14h et viendrai faire un point régulièrement. 
Bon RAT à toutes celles qui sont engagées sur le vaisseau fantôme ! et excellente après-midi à tous les autres.

14h30-15h30 - La première heure 

Mise en route un peu laborieuse... 36 pages de Comme il vous plaira de Shakespeare. L'attention n'est pas vraiment au rendez-vous, je lis, relis la même réplique sans vraiment retenir ce que je lis. Une conclusion s'impose : c'est le week-end et ma petite cervelle est en veille... Je vais donc poursuivre (vers 17h car j'ai quelques petites choses à faire avant, ce RAT arrivant de manière totalement impromptue) avec quelque chose de beaucoup plus léger, une BD par exemple. A tout à l'heure !


17h-18h - La deuxième heure

Une petite relecture de Druillet ne fait pas de mal. J'ai relu pour la énième fois son Nosferatu inspiré du film de Murnau.(58 pages)



Ensuite, j'ai commencé un livre pris à la bibliothèque hier, Le Livre des morts de Glenn Cooper. Je n'ai lu que les deux premiers chapitres. Je ne suis pas enthousiasmée mais ma curiosité est éveillée, je vais donc continuer ce soir... Je reviendrai faire un point dans la soirée car je fais une nouvelle "pause occupations diverses". 

21h50-22h50 - La troisième heure

Dans la série vous êtres éclectiques, je crois que j'ai tiré le gros lot aujourd'hui. En effet, j'ai terminé un livre de Sylvie Germain entamé il y a quelques jours, Songes du temps, dont j'ai lu les 78 dernières pages


Une participation à l'image de mon inscription, un brin fofolle, un peu éparpillée mais je suis contente d'avoir été au rendez-vous (on aime les RAT à la folie ou on ne les aime pas...). Bonne nuit et à demain !

jeudi 2 octobre 2014

Épouvante et surnaturel en littérature de H. P. Lovecraft


Si chacun connaît Lovecraft, au moins de nom, grâce à ses textes effrayants, on connaît moins (voire pas du tout) cet essai sur l’histoire de la « littérature de peur cosmique » liée à la plus vieille et plus forte émotion humaine : la peur.
Tous les amateurs de l’écrivain américain ne peuvent donc que se réjouir de voir paraître enfin une nouvelle édition de ce texte de 1927, resté inédit en français jusqu’en 1969. La traduction proposée ici est celle de Bernard Da Costa, parue chez 10/18 en 1971. L’ouvrage, depuis, restait épuisé et l’on ne peut que louer sa réapparition. Le texte, paru initialement dans un fanzine, The Recluse, méritait bien le beau travail d’édition mené par P. Guillaume de Roux car si Lovecraft fait partie de ces écrivains associés à la notion de « mauvais genre », il mérite qu’on s’y arrête. Que l’on frissonne un peu au détour des apparitions monstrueuses qu’il nous propose ou que l’on suive son histoire des genres liés à l’épouvante et au surnaturel, on s’abandonne au terrific avec délice.

 Pour tous ceux qui n’ont pas lu, un soir d’hiver, l’œil aux aguets, l’oreille attentive aux moindre bruits, un des ouvrages de Lovecraft, voilà trois bonnes raisons de vous plonger dans cet essai.

Tout d’abord, il s’agit d’une passionnante histoire de cette littérature de genre  qui « réveille les monstres » et que Lovecraft appelle la « littérature de peur cosmique », à ne pas confondre avec la simple littérature fantastique. Dans l’introduction, il commence donc par définir le vrai conte d’horreur fantastique en posant cette question : le lecteur a-t-il oui ou non éprouvé un effroi profond, la sensation d’être en contact avec des mondes et des forces inconnues ? – Vous l’avez compris, je peux répondre oui en ce qui concerne l’effroi après avoir lu certaines de ses nouvelles… −  L’écrivain remonte aux sources anciennes des contes fantastiques associés, entre autres, aux livres sacrés et aux cérémonials magiques de toutes les sociétés. Que l’on pense aux cultes nocturnes et autres adorateurs de Satan, et l’on aura exhumé une partie des peurs qui se cristallisent en récits. Du Docteur Faust qui passe un pacte avec le diable aux fantômes d’Hamlet, le démoniaque a produit de beaux enfants littéraires. Lovecraft évoque également les débuts, l’apogée puis les métamorphoses du roman gothique. Edgar Alan Poe trouve bien sûr une place de choix dans cet historique et bénéficie d’un chapitre pour lui tout seul – chapitre qui invite à relire son œuvre –. Viennent ensuite l’évocation des traditions du roman fantastique aux Etats-Unis et en Angleterre. Le livre se clôt sur les maître modernes du début du vingtième siècle : Arthur Machen se trouve en tête de liste et il faut avouer que Le Grand Dieu Pan laisse une impression durable… 
Ensuite, vous y trouverez un très bon appareil de notes, avec de courtes biographies des auteurs que vous ne connaissez pas encore. En complément, une excellente bibliographie actualisée où l’on trouve les œuvres aujourd’hui traduites en français. De quoi courir chez votre libraire. Qui n’a pas envie de lire La terreur dans la nuit d’Edward Frederic Benson publié en 2013 chez José Corti ou Les Contes d’un rêveur de Lord Dunsay, édités par les éditions Terre de Brume en 2007 ?
Enfin, si vous aimez Druillet (c’est mon cas et je comprends mieux aujourd’hui pourquoi j’ai dévoré, à peu près à la même période, presque toute la production de Lovecraft ET celle de Druillet), vous ne pouvez qu’aimer ce livre. Le dessinateur a réalisé l’illustration de la première de couverture qui nous (re-)plonge tout autant dans son univers que dans celui du romancier. Il a rédigé une postface que j’ai lu en premier, je l’avoue, trop heureuse de lire un inédit du bédéiste associé à un essai de Lovecraft.  
On ne pouvait rêver mieux pour ouvrir ma participation au challenge Halloween. Je remercie chaleureusement les éditions Pierre-Guillaume de Roux qui m’ont proposé de découvrir cet ouvrage. Il trouvera sa place dans ma bibliothèque de littérature fantastique qui se trouve juste sous ma collection de BD de Druillet…

http://www.lelivroblog.fr/archive/2014/08/14/l-edition-2014-du-challenge-halloween-5428138.html

Extrait
Parmi tous les récits d’horreur de Mr Machen, le plus célèbre restera, sans doute, Le Grand Dieu Pan (1894) qui conte l’horrible et singulière expérience d’une jeune fille qui, après une opération du cerveau, devient capable d’entrevoir l’immense et monstrueuse divinité de la Nature. (…) Personne ne peut tenter de décrire la force du suspense et l’indicible horreur dont chaque paragraphe regorge sans suivre exactement l’ordre précis selon lequel Mr Machen a agencé allusions et révélations successives.

mardi 30 septembre 2014

Discours de la servitude volontaire de La Boétie


La Boétie fait partie de ces auteurs dont on connaît le nom mais que peu (voire très peu) ont lu. Tout cela sent le Lagarde et Michard (du XVIe siècle) oublié dans un fond de placard… Il s’avère pourtant intéressant de dépoussiérer un peu cet ouvrage qui relève plus des sciences politiques que de la littérature. Il s’agit d’une lecture exigeante qui ne peut trouver son sens qu’au travers de la découverte du contexte politique de l’époque. En effet, l’écrivain est contemporain des guerres de religion et du règne de Catherine de Médecis et de ses enfants. Alors, si j’ai aimé me plonger dans la Reine Margot dont les événements se déroulent 9 ans après la mort de La Boétie, j’ai trouvé tout à fait passionnant de me replonger dans l’histoire du siècle de la naissance des États modernes.
Mais qui est donc La Boétie ? 
Né le mardi 1er novembre 1530 à Sarlat, ville de Dordogne proche de Périgueux, il venait d’un milieu aisé. Son père, mort jeune, était lieutenant du Sénéchal du Périgord. Élève à l’intelligence exceptionnelle et contemporain du mouvement de la Renaissance, Étienne fut nourri aux auteurs de l’Antiquité. Formé à l’université d’Orléans (à l’époque la deuxième de France), il obtint le grade de licencié en 1553 puis acheta une charge de Conseiller au Parlement de Bordeaux où il prit ses fonctions en 1554. C’est là qu’il fit la connaissance de Montaigne. Les très belles pages consacrées à l’amitié dans les Essais naîtront de cette rencontre. La première ébauche du texte fut sans doute écrite lorsqu’il avait entre seize et dix-huit ans, puis remaniée ensuite. L’histoire de l’édition de l’ouvrage est complexe. Rédigé « à l’honneur de la liberté contre les tyrans » (Montaigne), il resta du vivant de son auteur à l’état de manuscrit avant de connaître de bien nombreuses aventures et de devenir un manifeste anti-monarchique prompt à renaître dans les périodes troubles de l’histoire de France.


Le texte en lui-même est très court, une quarantaine de pages et s’ouvre sur une citation d’Homère :

D’avoir plusieurs seigneurs aucun bien je n’y voi :

Qu’un, sans plus, soit le maître et qu’un seul soit le roi. (…)
Ainsi se trouve posé le constat du malheur lié à la situation de l’homme asservi à un(des) autre(s) homme(s). La Boétie s’interroge alors sur ce qui pourrait expliquer cet état de fait et brosse un tableau de la nature humaine qui, par habitude, préfère rester sous le joug plutôt que d’être obligé de changer. Mieux vaut souffrir que prendre le risque de contredire.

Après s’être interrogé sur la nature humaine, La Boétie se questionne sur les causes de la servitude volontaire et son raisonnement va l’amener à traiter de la liberté.
Tout le mérite de ce texte, en dehors des questionnements individuels qu’il peut engendrer, est lié à la réflexion sur la chose publique. En effet, l’auteur renvoie les gouvernants, quels qu’ils soient, à leurs responsabilités. « Il affranchit le politique du théologique » comme on devrait aujourd’hui l’affranchir de l’économique afin de laisser la pensée et l’éthique reprendre la place qui devrait être la leur.

Extrait

« Disons donc ainsi, qu’à l’homme toutes choses lui sont comme naturelles, à quoi il se nourrit et accoutume ; mais cela seulement lui est naïf, à quoi la nature simple et non altérée l’appelle : ainsi la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume ; comme des plus braves courtauds, qui au commencement mordent le frein et puis s’en jouent, et là où naguère ruaient contre la selle, ils se parent maintenant dans les harnais et tout fiers se gorgiassent [se rengorgent] sous la barde [pièce de harnachement]. »

Catégorie essais
 Lecture commune avec Maggie, Claudia et Océane.


mercredi 24 septembre 2014

Shâb ou la nuit de Cécile Ladjali


Pour faire plus ample connaissance avec un auteur que l’on a pas vraiment apprécié lors d’une première lecture, rien de mieux qu’un texte autobiographique. C’est à la bibliothèque que je suis tombée sur ce texte de Cécile Ladjali dont je n’avais lu que le roman Ordalie. Livre mprunté mercredi, commencé dans la foulée. J’ai été littéralement happée par cette lecture qui s’ouvre et se ferme sur l’image du père

Ouverture
La dédicace d’Orhan Pamuk : …la mort de chaque homme commence avec celle de son père.
Avant la mort du père, tout commence avec la naissance de Cécile, enfant née à Lausanne, en Suisse, abandonnée par sa mère et confiée à une pouponnière. C’est là que ses parents adoptifs viendront la chercher en décembre 1971. Le récit déroule ensuite la vie de l’enfant jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle petite fille, Violette, par une nuit d’orage de juin. A la délivrance qui clôt l’arrivée de ce deuxième enfant s’ajoute la délivrance d’avoir terminé ce livre.
 
Pourquoi ce récit m’a-t-il « happée » ?
1. J’ai aimé la construction de cette autobiographie en chapitres thématiques. Tout en respectant l’ordre chronologique, Cécile Ladjali nous propose trente-cinq variations qui vont du plus cru (je vous laisse découvrir Bûche de Noël et son vieil oncle libidineux…) à des considérations plus poétiques.
2. Parce que le poids qui secrets qui minent cette famille rendent le texte très intéressant. Je me suis posée (et me pose encore) de bien nombreuses questions sur les réactions des uns et des autres. Le « hors-texte », qui n’appartient sans doute qu’à la romancière, invite à la réflexion… D’ailleurs, l’une de mes questions tourne autour du genre sous lequel s’affiche le texte : roman. Or, il s’agit d’une autobiographie et l’écrivaine affiche son dédain envers l’autofiction, on ne peut donc que s’étonner du mot « roman » collé sous le titre de la première de couverture.
3. J’ai enfin aimé lire un texte qui présente la naissance d’une vocation littéraire et qui affiche un amour des textes qu’on ne peut que goûter lorsqu’on aime soi-même la littérature. Je vais d’ailleurs lire au plus vite le dernier opus de l’écrivaine consacré à l’amour de la littérature, et pourquoi pas relire le roman qui végète sur mes étagères.


Extrait
J'aimais l'eau et passais mes jours dans le ventre vert de la mer.
Une chose cependant me dérangeait considérablement lorsque je me baignais : que l'on voie mon nombril. Je le trouvais fort vilain, parce que protubérant. Il était mal fichu et ressortait un peu au lieu de former un trou comme tout nombril normal le faisait sur le ventre des gens normaux, en disparaissant. Ce petit bout de chair répugnant me donnait  l'impression de ne pas appartenir à mon corps, d'être sale. Alors à la plage, je prenais toujours soin de marcher avec une main, parfois les deux, plaquées sur le ventre, pour que l'on ne devine pas cet affreux bouton de peau brune et peut-être pire encore : l'origine d'une cicatrice honteuse.

lundi 22 septembre 2014

Notre cœur de Maupassant


Roman tardif de Maupassant, Notre cœur s’avère diffuser un véritable concentré du ressenti de Maupassant vis-à-vis de la société, et tout particulièrement vis-à-vis de la société mondaine. Ce milieu qu’il a longtemps convoité, après lui être apparu dans toute sa crudité, lui a servi à bâtir cet ouvrage, véritable charge contre un monde en voie d’effondrement.

Avant même de vous présenter l’intrigue, je dois avouer, de manière beaucoup plus directe que dans l’excellente préface signée Nadine Satiat de l’édition Garnier-Flammarion, que j’ai été fort surprise par le nom des deux personnages principaux. Ainsi, l’héroïne se nomme Mme de Burne (il fallait oser car comme le dit N. Satiat, Maupassant, pour sûr, devait connaître le sens du terme en argot…) et celui qui va bientôt tomber follement amoureux de la dame en question, lui, est affublé du nom de Mariolle. Les deux protagonistes sont donc ridiculisés dès l’ouverture du roman et le lecteur (qui lui aussi doit connaître le sens de ces deux mots à moins d’avoir été élevé au couvent) ne peut que s’interroger sur l’avenir de ces deux personnages. Mais revenons-en à l’intrigue du roman.
André Mariolle ne fréquente pas le milieu mondain jusqu’au jour où l’un de ses amis, Massival, un musicien, lui propose de le faire entrer dans le salon de Mme Michèle de Burne. Dans ce salon « On y fait d’excellente musique, on y cause aussi bien que dans les meilleures potinières du dernier siècle. » La salonnière, âgée de vingt-huit ans et divorcée, s’entoure d’hommes agréables. Veuve, elle ne souhaite surtout pas se remarier, échaudée par sa première expérience malheureuse de la vie conjugale avec un homme brutal. André Mariolle, célibataire de trente-huit ans, vit de ses rentes. Sans profession, ses revenus lui permettent tout de même de voyager et de s’offrir une collection de tableaux. Il a fait quelques tentatives en direction des arts mais n’a pas des capacités qui seraient susceptibles de faire de l’ombre à ses amis qui le trouvent « très sympathique de sa personne ». Très vite, cet homme qui pensait être à l’abri d’un amour tombe éperdument amoureux de Mme de Burne et le roman nous conte les intermittences du cœur qui vont secouer Mariolle.
J’ai été très agréablement surprise par ce roman de Maupassant. Peut-être parce qu’il y inverse les rôles. Dans Une Vie, c’est une femme qui connaît de multiples déconvenues et qui se trouve victime de l’homme qu’elle a épousé. Ici, la victime du jeu amoureux est un homme (la situation est en fait plus complexe mais je me garde bien de vous donner de trop nombreux détails sur l’intrigue). Mme de Burne, au cinéma, camperait avec brio un rôle de belle garce qui manipule son entourage, elle-même victime par ailleurs d’une froideur qui fait qu’on ne l’envie pas… Par ailleurs, le roman présente un système complexe de mise en abyme qui mériterait qu’on s’y arrête. Enfin, pour conclure, le portrait à charge de l’ambiance dans les salons s’avère encore tout à fait d’actualité. Tout ce petit monde qui fonctionne entre soi rappelle furieusement certains cercles qui sévissent aujourd’hui. Quant aux comportements des gens en groupe, face à d’autres, lorsqu’il faut « paraître », il s’avère intemporel… pratique de l’ironie à outrance, perfidies, tout ce qui fait que l’on désire parfois fuir les regroupements humains est ici fort bien décrit.

Un excellent roman de mon naturaliste préféré qui mérite d’être lu, à défaut d’être très connu. L’édition de Garnier-Flammarion présente l’ouvrage avec une interview, « Delphine de Vigan, pourquoi aimez-vous Notre cœur ? » et comme toujours, un bon dossier accompagne l’ensemble.
 
http://bruitdespages.blogspot.fr/2011/11/challenge-maupassant.html

Extrait (portrait du romancier Gaston de Lamarthe, habitué du salon de Mme de Burne)

L’apparition de chacun de ses romans soulevait par la société des agitations, des suppositions, des gaietés et des colères, car on croyait toujours y reconnaître des gens en vue à peine couverts d’un masque déchiré ; et son passage par les salons laissait un sillage d’inquiétudes. Il avait publié d’ailleurs un volume de souvenirs intimes où beaucoup d’hommes et de femmes de sa connaissance avaient été portraiturés, sans intentions nettement malveillantes, mais avec une exactitude et une sévérité telles qu’ils s’étaient sentis ulcérés. Quelqu’un l’avait surnommé : « Gare aux amis ».

http://leslecturesdeleo.blogspot.fr/p/mon-challenge.html


lundi 15 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 - Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod


Autant le dire tout de suite, si j’ai acheté ce livre, ce n’est pas parce qu’il faisait partie de la rentrée littéraire, ni parce que je suis particulièrement cette écrivaine, ni parce que j’en avais entendu parler. Certes, j’avais lu un article dans le Magazine littéraire du mois d’août qui lui était consacré, mais ce qui a véritablement emporté l’affaire, c’est le personnage principal de ce roman, à savoir Aliénor d’Aquitaine.

J’ai donc entamé cette lecture conquise d’avance… restait tout de même à me faire entrer dans ce Moyen Âge si mal connu et parfois difficile à faire vivre. L’écrivaine a justement évité les risques liés au roman historique en nous faisant entendre deux voix. La pensée d’Aliénor alterne avec celle de son mari, Louis VII. Le roman commence dans un temps difficile à cerner. La reine se remémore l’arrivée de son promis. Déjà, un fossé entre eux. Elle aime la colère, la guerre, les arts et ses terres. Son mari, lui, est un « homme de mots ».

Gisants d'Aliénor et d'Henri II

Extrait


« Le roi est mon mari. Ce n’est pas un homme de colère mais de mots. Il s’entretient à voix basse avec son abbé. Il récite souvent les textes sacrés, tout seul, en marchant. Il ne décide rien sans l’avis de ses vassaux. Louis rêve d’une vie monacale, de paroles et de respect. Tout ce que je fuis depuis l’enfance. Tout ce que je hais. Si je pouvais, je vivrais dans un palais immense peuplé de soldats et de poètes. L’épée, le livre : voilà les objets sacrés, disait mon grand-père. La première défend la terre, le second chante l’amour. Chez moi, dans le Sud, ni le sang ni la chair n’ont jamais effrayé personne. »


Le roman se divise en deux parties. La première s’étend du mariage d’Aliénor au départ du couple d’Antioche. La deuxième, contée par le seigneur de cette ville, Raymond de Poitiers, raconte la piteuse croisade de Louis VII et se clôt par le divorce du couple royal. Je ne pense pas dévoiler ici le roman puisque leur histoire est fort bien connue…

L’intérêt du livre ne tient donc pas dans les événements historiques que l’on peut trouver dans tous les livres d’Histoire mais dans le choix effectué par Clara Dupont-Monod. Tout en prenant de larges libertés avec la réalité historique, elle a choisi de s’arrêter sur la période la plus mal connue de la vie d’Aliénor. En effet, les quinze années qui précèdent son deuxième mariage avec Henri Plantagenêt sont celles de la maturation, mais aussi celles des zones blanches où l’imaginaire peut donc se déployer.

J’ai aimé imaginer me retrouver, durant le temps de cette lecture, dans l’esprit d’Alinéor. Plaisir de ressentir avec elle les impressions liées à la découverte du Paris médiéval, celles qui accompagnaient le voyage en Orient, et celles, moins louables, qui s’exhalaient de la contemplation d’une scène de guerre. L’alternance des points de vue, que je goûte particulièrement, permet de tenir le lecteur en haleine et j’avoue avoir tourné la dernière page avec un soupçon de nostalgie… et l’envie de partir en direction de Fontevrault.

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