mardi 24 avril 2012

L'écriture du désir de Belinda Cannone


Dans La chair du temps, livre dont j'ai déjà parlé ici il y a peu, Bélinda Cannone évoque ses essais ou ses précédents romans. Après avoir terminé son "journal extime", j'ai tout de suite voulu lire L'écriture du désir, commencé alors que je n'avais même pas encore terminé le journal. Certain(e)s d'entre vous comprendrons, j'en suis sûre, cette faim liée à la découverte d'une voix qui trouve tellement d'échos en nous que l'on souhaite l'entendre encore... enfin, je m'égare...
Ici, le genre convoqué est donc celui de l'essai. Ce texte, publié en 2 000, se veut une "tentative de restitution "de la beauté du monde, de notre désir, de notre effort pour l'habiter pleinement, de notre joie, cette tentative tournoyante (en) sera toute la matière".
En dix-huit chapitres, l'auteure virevolte, en danseuse, autour du désir. Le livre s'ouvre sur personnage du "Surfeur d'argent" puis s'interroge sur le désir lié à l'activité d'écriture, tout en passant par l'effet produit par la lecture. La nécessité d'écrire est comparée à celle de l'étreinte, qualifiée de lutte contre le vide. L'écrivaine mène sa réflexion en passant par l'histoire du roman, de Boccace à Robert Simak. L'ensemble est ponctué de références que l'on a bien sûr envie de lire... 
J'ai aimé...
- ce parcours qui, s'il a une cohérence, semble emprunter des chemins forestiers.
- Retrouver ici une référence à Kaos, le film des frères Taviani, un merveilleux souvenir de cinéma.
- Avoir l'impression de partager avec une amie mon goût pour la lecture...



Attention, information de dernière minute ! J'ai reçu un message de l'écrivaine à propos de ce billet (vous imaginez ma surprise...). Elle m'a informé du fait que le livre doit sortir en poche à la fin du mois de mai. Il sera retravaillé pour cette occasion au niveau du style et il gagnera quelques ajouts en ce qui concerne la littérature contemporaine. Il sera donc dans ma bibliothèque dans cette nouvelle version puisque j'avais emprunté le grand format à la bibliothèque :-))

lundi 23 avril 2012

C'est lundi, que lisons-nous ? (37)

Lu durant la semaine du 16 au 22 avril 2012

- Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau

- Mes chemins de Charles Juliet




Mes lectures en cours

J'ai commencé Tirez-pas sur le pianiste de Charles Goodis et François Truffaut, L'homme-cinéma de Dominique Auzel et Sabine Beaufils-Fievez.

Ce que je vais lire cette semaine…
Je vais déjà essayer de terminer ce que j'ai commencé... avec en ligne de mire Les rêveries du Promeneur solitaire...

Et vous, que lisez-vous ????

samedi 21 avril 2012

Accès interdit de David Morrell

    C'est par une froide journée d'octobre que D. Balenger rencontre pour la première fois ceux qui vont radicalement changer sa vie et qui se sont surnommés "les rampants". Journaliste au New York Times Sunday Magazine, il est chargé d'écrire un article de fond sur ce groupe d'historiens se considérant comme des "spéléologues urbains". La bâtisse choisie par le professeur qui dirige le groupe se trouve à Asbury Park. Elle a été édifiée par un industriel new-yorkais en 1871 afin de devenir une station balnéaire. Mais l'objectif principal de leur expédition nocturne est l'hôtel Parangon, construit en 1901 et dans lequel un homme souffrant d'agoraphobie s'est littéralement enfermé durant plusieurs années. Seul un collègue de l'un des membres de l'expédition a une trace de l'endroit où il vont aller puisqu'il s'agit d'une activité illégale. S'ils ne sont pas rentrés le lendemain avant 9h, il ouvrira la lettre cachetée et alertera les autorités.
   Il est 10h du soir lorsque le groupe s'approche de l'hôtel en forme de pyramide maya. Sur cet hôtel Parangon courent de bien sinistres histoires : son propriétaire se serait suicidé sur la plage qui le borde juste un an après sa fermeture en 1968. Malgré ses scellés et son air de bunker imprenable, est-il aussi désert qu'il en a l'air ? 
   Vous l'avez compris, il va se passer bien des choses dans cet endroit à "l'accès interdit". L'action se tient entre 21h et 4h du matin. Chaque heure composant une partie, la tension monte d'un cran d'heure en heure... Ce livre mérite vraiment l'appellation "thriller". Voilà une lecture bouclée de manière fébrile en 24h à peine. Je n'ai pu lâcher une page avant de l'avoir terminé... Mais il s'agit surtout d'un thriller dans le bon sens du terme : l'auteur n'a pas eu besoin d'en rajouter dans le sanglant ou le franchement gore (c'est à la mode aujourd'hui...). S'il y a quelques passages sanglants, c'est surtout grâce à l'atmosphère créée par le milieu clos que David Morell nous fait frissonner. Le noir, les bruits, les rats, la présence de l'eau et des moisissures, tout cela fait monter la tension qui atteint des sommets car le lecteur va de surprises en surprises, et souvent sans les voir venir. C'est vraiment un bon thriller à l'américaine !

David Morrell
   L'auteur est fort connu aux États-Unis puisqu'il s'agit de celui qui a écrit First Blood, roman qui a inspiré le personnage de Rambo, "père" de tous nos romans d'action modernes (il fut publié en 1972, Morrell était alors professeur à l'université d'Iowa).

Extrait :
"Rampants.
C'est le nom qu'ils se donnent eux-mêmes. Ca fera un bon article, pensa Balenger, et c'est la raison pour laquelle il les rencontrait dans ce motel perdu du New Jersey, dans cette ville fantôme de six-sept mille âmes. Des mois plus tard, il ne pourrait toujours pas supporter de rester enfermé dans des pièces closes. L'odeur aigre de la moisissure continuerait à réveiller en lui le souvenir des cris. Le faisceau d'une torche ne manquerait pas de le faire transpirer de peur."......

jeudi 19 avril 2012

Tirez sur le pianiste de François Truffaut (1960)


Réalisé après Les 400 coups, ce deuxième film de François Truffaut sera un véritable défi pour le jeune réalisateur. Afin de se libérer de l'attente pesante liée à son précédent succès, Truffaut choisit donc de s'imposer à lui-même une contrainte : adapter un roman de la fameuse "Série Noire". Il a visionné de très nombreux films américains et souhaite rendre hommage au cinéma d'outre-Atlantique. De plus, c'est un fervent admirateur de David Goodis, auteur de la célèbre collection de polars. Toutefois, comme il n'aime pas les films de gangsters, il va infuser à son film un aspect poétique et une grande liberté de ton. L'ensemble sera guidé par une image qui le hante, tirée de la scène finale du roman de Goodis : une voiture roule sans bruit dans un paysage enneigé, "Quelque chose bougeait au loin, quelque chose qui, sous le couvert de bois, se dirigeait vers la clairière. Ca avançait doucement, d'une démarche hésitante, un peu furtive."




Le film s'ouvre sur une scène de nuit. Un homme fuit, il semble pourchassé par de sombres individus. Il trouve refuge dans un bar où il se dirige vers le pianiste, son frère Charlie, joué par Charles Aznavour. L'arrivée de cet homme va faire ressurgir le passé du pianiste qui ne voulait qu'une chose, l'oublier. L'histoire d'amour qui va se nouer entre lui et la serveuse Léna viendra aussi lui rappeler son passé puisqu'elle sait qu'il portait autrefois un autre nom et qu'un événement grave dans sa vie privé l'a conduit à changer radicalement de vie. La violence va ensuite surgir dans la vie de ce nouveau couple enfin formé. Je vais bien me garder de tout vous révéler sur ce film que j'ai vraiment aimé. Tout d'abord pour son ambiance. Le noir et blanc et la nuit s'unissent pour créer une atmosphère propice au film noir. Pourtant, nous sommes toujours ailleurs, entre polar et errance. Les personnages sont toujours dépassés par leur/la vie et s'ils se dirigent vers le bonheur, c'est en empruntant des chemins de traverse. C'est là que l'on aime les suivre, sur les trottoirs de Paris, bras dessus-bras dessous. Lorsque la réalité se rappelle à eux, ils semblent un peu éberlués, comme un enfant qui réalise qu'il ne pourra pas faire ce qu'il veut... Le film se voulait expérimental, il innove pour notre plus grand plaisir, et c'est parce qu'il ne se prend pas au sérieux qu'il s'avère aussi savoureux. A regarder de toute urgence avant le grand spectacle cannois, en écoutant "Avanie et framboise"... ;-)






mercredi 18 avril 2012

Monstro-poème


Monstres

Il y a des monstres qui sont très bons
Qui s'assoient contre vous les yeux clos de tendresse
Et sur votre poignet
Posent leurs pattes de velours

Un soir
Où tout sera pourpre dans l'univers
Où les roches reprendront leur trajectoire de folles

Ils se réveilleront.

Eugène Guillevic, Terraqué (1942).


lundi 16 avril 2012

C'est lundi, que lisons-nous ? (36)


Lu durant la semaine du 6 au 15 avril 2012

Le tome 3 de la série Autre Monde de Maxime Chattam : Le Coeur de la Terre. A l'occasion, il faudra que je vous parle de cette trilogie, maintenant que j'ai terminé le dernier.


Mes lectures en cours

Les Confessions de Rousseau


Ce que je vais lire cette semaine…
 
Sans doute Charles Juliet, le premier tome de son Journal.

Et vous, que lisez-vous ????

dimanche 15 avril 2012

Les dimanches en photo (41) - A la biblio


Après cette longue pause... me voilà de retour. Je ne sais pas si je pourrais rester longtemps, mais j'ai choisi de profiter d'une période de "temps retrouvé" pour venir déposer quelques petits cailloux sur la toile... J'aime assez l'idée de revenir pour ces dimanches en photo que j'affectionne particulièrement.
Un dimanche à la bibliothèque, c'est toujours un vrai plaisir, surtout lorsque souffle à l'extérieur un froid vent du nord. Et comme les livres ont tendance à me mettre un peu la tête à l'envers, voilà ce que cela donne :


Toute à la joie de venir partager à nouveau de bons moments avec vous, je vous souhaite un très bon dimanche à tous et toutes !

Les dimanches en photos sont aussi chez : 

samedi 3 mars 2012

Longue pause...


         A mes lecteurs et lectrices, et à mes "copinautes",

      Un projet qui me tient à coeur depuis longtemps vient enfin de se concrétiser... et comme tout projet, il va me demander du temps, beaucoup de temps. Vous savez tous et toutes aussi bien que moi combien un blog s'avère vite chronophage, une source de plaisir aussi, mais chronophage... De manière à pouvoir me consacrer pleinement à mes nouvelles activités, je vais donc devoir vous abandonner pour un moment. Je passerai vous voir durant le mois d'avril et pour la suite, on verra. 
Je ne veux pas fermer complètement "Le bruit des pages", je risquerais de le regretter bien amèrement... je préfère donc le laisser vivre un peu sans moi et laisser le temps faire son oeuvre. De plus, je ne veux pas abandonner mes challenges Colette et Maupassant, et me passer de la lecture de vos billets sur ces deux auteurs ! Vous pouvez donc venir déposer vos billets, ils seront lus avec grand plaisir :-)
Je vous souhaite de nombreuses et plaisantes lectures... 
A très bientôt, 
Margotte

vendredi 2 mars 2012

J'aime être gourmande de Colette


Colette a beaucoup écrit pour les journaux et revues. Sa collaboration à Marie-Claire (magazine né en 1937, et dont le nom fait référence au roman de Marguerite Audoux) a même donné lieu à un numéro spécial. Ainsi, le 100e du 27 janvier 1939 fut en grande partie conçu et rédigé par l'écrivaine. La plupart des textes de ce livre sont tirés des 27 articles donnés à ce magazine.
Le premier donne son titre au recueil, il s'agit de J'aime être gourmande, publié le 27 janvier 1939. 
"On  naît gourmet. Le vrai gourmet est celui qui se délecte d'une tartine de beurre comme d'un homard grillé, si le beurre est fin et le pain bien pétri. Il y a beau temps que je n'ai plus chez moi de cuisinière experte... Mais je n'ai renoncé à rien de ce qui contente le palais, partant, le cerveau. En fait de "plats préférés", je préfère... tout ce qui est bon, tout ce qui fait, de l'heure des repas, une petite fête des papilles et de l'esprit."
Mais ces textes ne traitent pas seulement de la gourmandise liée aux aliments, ils évoquent aussi des souvenirs anciens, de la dernière chatte à Bette Davis... Parmi tous ces textes disparates, j'ai été très intéressée par Le silence des enfants (du 31 mars 1939), où Colette décrit deux phénomènes surprenants vus lors de la visite à la pouponnière du Camouflage du Dr Clotilde Mulon.
Dans certains d'entre eux, on retrouve bien sûr l'écriture poétique et sensuelle de l'écrivaine, comme dans le très beau texte L'année est un ruban. A savourer, donc, comme on déguste de jolis bonbons, chacun d'eux ayant un goût différent. 
"En tant d'années je n'ai jamais renoncé à ce que la dernière heure de l'année suspendît dans l'air, en signe de prodige et de "temps arrêté", une fleur de givre dont notre seule imagination enfantine fixa, autrefois, le dessin simple et précis. Elle est pareille pour la corolle à une rosacée, soeur de l'églantier et de la fleur de pommier. Comme une sirène sur sa queue, elle se tient debout sur sa tige qui se retourne avec grâce, une seule grosse feuille latérale fait songer, large et charnue, à la langue du chien haletant, et toute la plante brille d'un feu non point fixe mais palpitant, blanc et émietté. Je ne compte pas sur des mots pauvres pour vous la rendre visible, aussi bien elle s'éteint avec la première minute de l'année nouvelle."