dimanche 8 juin 2014

Suis-je snob ? de Virginia Woolf


Cet essai de Virginia Woolf se compose de sept textes, dont le premier donne son titre au recueil. S’ils peuvent sembler disparates, ils ont en commun une réflexion sur l’aristocratie et le « beau », y compris dans le chapitre supprimé de Mrs. Dalloway « Un soir dans le Sussex ». 
Le premier, « Suis-je snob ? », est la transcription d’une conférence prononcée par Virginia Woolf pendant l’hiver 1936-1937 pour faire rire ses amis. Le sujet peut paraître désuet, la notion de snobisme ayant sombré dans les deux guerres qui ont embrasé le monde. Le terme désignait alors « la fascination des bourgeois pour la noblesse au sens strict » (définition donnée par Maxime Rovere dans l’introduction). Or, plus que les biens matériels dont elle ne manque pas, ou les titres, ce qui fascine Virginia Woolf dans la noblesse, c’est la « position assurée dans le monde. Le miracle de cette certitude lui paraît, pour ainsi dire, inhumain. » La réflexion qu’elle mène dans ce premier texte dépasse donc de loin la simple description des différentes classes sociales de l’Angleterre du début du XXe siècle, avec ses us et coutumes. 
Ce qui m’a intéressée dans cet ouvrage, c’est de découvrir un monde en voie de disparition. J’avais l’impression d’avoir devant les yeux les reliquats d’un monde agitant ses derniers feux avant liquidation. La vrai question qui surplombe cet essai étant : « L’art d’une époque véritablement démocratique sera – quoi ? » (question, soit dit en passant, que l'on devrait se poser régulièrement...).
J’avoue ne pas avoir été enthousiasmée par les questionnements sur l’apparence ni par l’heure du lever de la duchesse, préoccupations qui ne sont pas forcément des interrogations qui agitent ma petite cervelle, mais cela permet de mieux comprendre une époque et certains écrits. En effet, Proust, Henry James, Jane Austen et d’autres sont sans doute mieux compris après avoir lu cet essai qui a le mérite, en plus, d’être fort bien écrit.
Deuxième participation au mois anglais
Extrait

Malheureusement, la vie est ainsi faite que le succès littéraire signifie invariablement que l’on s’élève, jamais que l’on chute et rarement, ce qui serait beaucoup plus souhaitable, que l’on se diffuse dans l’échelle sociale. Le romancier en vue n’est jamais harcelé d’invitations à prendre un gin et des bigorneaux avec le plombier et sa femme. Ses livres ne le mettent jamais en contact avec le boucher ambulant, il n’entame jamais une correspondance avec la vieille dame qui vend des lacets et des allumettes à la porte du British Museum. Il devient riche, il devient respectable ; il s’achète un costume du soir et dîne avec ses pairs.(…) De l’autre côté, le vieux chasseur de rats et les palefreniers du temps de Shakespeare sont tous rejetés hors de scène, ou deviennent, ce qui est beaucoup plus offensant, des objets de pitié ou de curiosité. Ils servent à faire voir la richesse. Ils servent à souligner les maux du système social. 

Et un essai, un !

 

16 commentaires:

  1. Les essais de V Woolf sont de petites merveilles, j'en raffole!

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    1. @Keisha : en plus, ils sont nombreux, quelle chance ! Je les découvre petit à petit et c'est vrai, on se régale ;-)

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  2. Ce n'est pas avec celui-ci que tu t'es le plus régalée on dirait ? Je l'avais noté après l'avoir vu sur quelques blogs.

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    1. @Aifelle : clairement, je n'ai pas aimé tous les articles du livre... même si ceux que j'évoque étaient vraiment intéressants. Ce n'est pas mon essai préféré de cet auteur. D'ailleurs, il semblerait que le billet ne réveille pas les foules non plus ;-) Enfin, cela ne m'empêchera pas de lire d'autres essais de Virginia Woolf. Bon we à toi

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  3. J'aime bien, de temps en temps, lire des essais. Ca change.L

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    1. @Alex : idem, j'aime de plus en plus même ! Bonne soirée.

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  4. Il semble que ce soit un livre inévitable pour les amateurs de VW. Je l'ai un peu lue, à travers des nouvelles. Une femme très intelligente.
    Le texte sur la noblesse me fait penser à un extrait de John Banville tiré de "La lettre de Newton" que j'ai cité il y a quelques temps : voir
    http://www.christianwery.be/article-la-lettre-de-newton-john-banville-extraits-107876828.html
    (premier extrait de la page)

    Bonne soirée.

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    1. @Christw : dès que j'ai un moment, je vais lire ton billet sur Banville, tu as éveillé ma curiosité ;-) Bonne soirée !

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  5. tu lis trop ;-) ou moi pas assez ;-)
    (je rigole hein! en fait je crois que je veux dire que tous ces beaux billets de lecture me font sentir encore plus durement le manque de temps pour lire ;-))

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    1. @Adrienne : ah, le temps et la lecture... deux inséparables... Mais avec ta maison (et tous les travaux) tu dois avoir bien des choses à faire ! Bonne soirée à toi.

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  6. Je ne l'ai pas encore lu mais comme je compte lire tout Woolf, cela va venir !

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    1. @Titine : tout Woolf ? quel beau programme !

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  7. Rien que le titre me l'aurait fait acheter si j'étais tombée dessus en librairie (avec une pensée pour VIan)...j'adore ton billet, et je note

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    1. @Galéa : j'avoue le titre a été incitateur... même si je n'ai pas pensé à Vian sur le coup ;-)

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  8. Il me semble que je l'ai acheté mais je n'en suis pas sûre !!!!!! Je vais chercher dans ma PAL : les questions d'apparence me semble très importante de nos jours non ? (ou alors tu ne parles que de l'apparence de la duchesse ?)

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    1. @Maggie : oui, il y aurait bien des choses à dire aujourd'hui en ce qui concerne l'importance de l'apparence, on est bien d'accord ;-) mais ici, ce qui concernait Mme la duchesse m'a un peu lassée... Bonne soirée !

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