Affichage des articles dont le libellé est Au théâtre ce soir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Au théâtre ce soir. Afficher tous les articles

vendredi 17 novembre 2017

Une Maison de poupée d'Ibsen


   Ibsen, petit bourgeois né en 1828 à Skien, a composé une œuvre forte marquée par la philosophie de Kierkergaard (mais il aimait aussi Voltaire !). Amateur de sagas islandaises, il a été nourri de ces textes où l'homme se dresse contre un destin contraire. C'est contre la société et ses miroirs trompeurs que Ibsen se dresse, exaltant une vie sans contrainte. Helmer, le mari de Nora, dans la pièce qui nous intéresse aujourd'hui, représente les attitudes superficielles qu'il veut dénoncer. 
   Le dramaturge norvégien a fait partie du mouvement de libération le "genombrott". Cela lui vaudra un exil de vingt-sept ans en Europe de l'Ouest. Metteur en scène au début de sa carrière, il a apporté un grand soin aux indications scéniques de ses pièces. Il possédait de nombreuses capacités artistiques puisque on lui attribut aussi une soixantaine de tableaux. Il a composé des recueils de poésie et dessiné lui-même des décors pour ses pièces.
Une maison de poupée, écrite en Italie, fut jouée pour la première fois à Oslo en 1880. La pièce provoqua de nombreuses réactions venues de tous les bords... des juristes aux psychanalystes. Elle s'inspire, comme Madame Bovary et bien d'autres œuvres littéraires, d'un fait divers réel. Une certaine Laura Kieler, pour sauver son mari malade, fit un emprunt (en secret), pour sauver son mari malade. Ce dernier, après avoir découvert l'affaire, demanda le divorce (au lieu de la remercier). 
La distribution de la pièce est simple et efficace : huit personnages dont "les trois jeunes enfants de Helmer". L'action se passe chez ce dernier. La première scène s'ouvre sur "Une maison confortable et de bon goût, mais sans grand luxe". C'est la période de Noël. Nora entre chez elle les bras pleins de paquets et elle est accueillie joyeusement par son mari Helmer qui lui lance des noms d'oiseaux comme "mon étourneau" ou "mon alouette" pour se moquer de ses tendances à la dépense. Arrive de manière inopinée Mme Linde, veuve sans le sou que Nora se propose d'inviter pour Noël. On apprend au travers de leurs échanges que la famille de Nora a traversé une période très difficile. Helmer a été gravement malade et ils sont partis dans le sud d'où il est revenu guéri. Ils avaient pourtant de gros problème d'argent...
Je ne reviendrai pas ici sur l'aspect féministe de la pièce déjà souligné avec brio par les copinautes ayant participé à cette LC dans le cadre du challenge nordique.  Quel texte ! J'ai pris un grand plaisir à découvrir cette pièce lue très vite. Le texte, en prose, est d'une fluidité extrême et la traduction de Régis Boyer doit être excellente je pense ! Je ne peux donc que vous conseiller la version proposée chez Garnier-Flammarion qui, en plus, propose un dossier passionnant. Je n'ai qu'une envie, découvrir d'autres pièces de l'auteur et j'envisage bien sûr une 2e lecture commune sur le théâtre d'Ibsen. Je la proposerai lorsque mon emploi du temps sera plus paisible...
Participaient également à cette lecture commune Adrienne, Marilyne, Nathalie, Claudialucia (qui a finalement rédigé un beau billet sur Tarjei Vesaas).


lundi 16 octobre 2017

Lecture commune - La Forêt mouillée de Victor Hugo

Résultat de recherche d'images pour "la forêt mouillée de hugo"

Durant l'horrifique marathon livresque du week-end, j'en ai profité pour relire La Forêt mouillée de Victor Hugo. Il s'agissait d'une lecture commune avec Claudialucia qui, dans son billet ICI, évoque son ennui à la lecture de cette œuvre assez inclassable. J'avoue avoir été déstabilisée lors de la première lecture, l'an dernier. A la relecture, si la surprise est moindre, la compréhension n'a pas toujours été au rendez-vous... Mais je vais trop vite...
Cette toute petite comédie en un acte est la plus ancienne du recueil du Théâtre en liberté. Lors de la publication du recueil, en 1886, elle se trouve à la fin alors qu'aujourd'hui, elle l'ouvre, faisant suite au prologue. On y trouve un certain Denarius qui, sous ses airs de contemplateur lyrique, affiche surtout un comportement pédant. Le nom n'est d'ailleurs pas à son avantage puisque denarius, en latin, signifier "denier" dont la traduction française rime avec "niais" (l'étymologie vient des notes du Folio). C'est lui qui apparaît le premier sur scène, dans "une forêt après la pluie". Alors qu'il s'extasie sur l'orage et les herbes fraîches, animaux et végétaux entrent dans la danse et se mettent à vivre sous nos yeux.
Et ce sont ces éléments naturels qui me rendent conciliante vis-à-vis de ce texte. Le verbe hugolien arrive à faire vivre la violette et le lys sans tomber dans la franche mièvrerie. L'ensemble reste délicat et l'on se prend à envier le baiser du papillon au lys. Chacun y va de son chant, du moineau à l'abeille, en passant par l'araignée qui aime les mouches. Les gouttes de pluie, en tombant, font du solfège tandis que le limaçon se dit financier. Seule ombre au tableau (qui est de taille, je vous l'accorde), on ne comprend pas bien où le dramaturge veut en venir... Mais peut-être ne faut-il voir dans cette piécette qu'un simple jeu ! J'avoue ne pas avoir eu le temps de chercher plus loin. Peut-être lors d'une prochaine lecture ? Les cinq scènes permettent de nombreuses relectures, en sautant le ruisseau avec Margot !


Nathalie participait aussi à cette lecture commune.

vendredi 16 juin 2017

Lecture commune - Mille francs de récompense de Victor Hugo

Résultat de recherche d'images pour "Mille francs de récompense de Victor Hugo"
 
     Voilà une pièce de Victor Hugo qui aura attendu bien longtemps avant de figurer dans le Théâtre en liberté. Commencée en 1866, elle attendra 1934 pour être éditée, entre le Théâtre de jeunesse et les Plans et projets ! Si elle n’est pas la pièce la pièce la plus connue ou la plus jouée du répertoire hugolien, elle a tout de même été montée par la Comédie française en 1995, sous la direction de Jean-Paul Roussillon.

   On y retrouve les grands thèmes chers à Victor Hugo, avec, en tête, l’injustice. Mais si j’ai pris grand plaisir à la lire, c’est avant tout pour deux raisons : tout d’abord la richesse narrative de ce drame qui présente un côté ébouriffant, ensuite les personnages, et particulièrement celui de Glapieu (j’y reviendrai…).
J’ai déjà évoqué dans un billet précédent (ICI) le contexte de publication du Théâtre en liberté mais je reviens tout de même sur la chronologie qui mènera à Mille francs de récompense. En 1843, le drame de la mort de Léopoldine engendre le silence de l’écrivain qui cesse de publier des œuvres littéraires pour se consacrer à la politique. Toutefois, de 1843 à 1856, les fragments de ses brouillons montrent qu’il continue à écrire. En 1854, un dossier « théâtre en liberté » est ouvert, et ne demande qu’à accueillir de nouveaux drames en gestation. Le 3 septembre 1859, alors qu’il vient de clamer du fond de son exil, « Quand la liberté rentrera, je rentrerai », il ébauche une « Préface des drames à publier ».  Son théâtre alors n’a plus été joué à Paris depuis 8 ans. Fi ! il publie alors Les Misérables (en 1862)… Or, on retrouve, dans les personnages de la pièce qui nous intéresse aujourd’hui de nombreux éléments du roman. En 1866, il note sur son carnet « Aujourd’hui jeudi 1er février, je tire de ma réserve les deux rames de papier Bichard 1831 doré sur tranche. C’est sur ce papier que, selon toute apparence, D.V., j’écrirai les deux drames Cinq cents francs de récompense (prose) et Torquemada (vers). »
«Mille francs de récompense». (Ph : Polo Garat Odessa)
Mise en scène de Laurent Pelly (2010). Source ICI

     Mais qu'en est-il de l'histoire ? Elle est assez simple. Une famille Gédouard est poursuivie par les huissiers et un homme sans scrupule, Rousseline, grand machinateur, essaie de profiter de la situation (qu'il a contribué à créer) afin d'épouser la fille des malheureux. Mais Etiennette n'a aucune envie de se marier avec lui car elle aime ailleurs. Face à tant d'adversité, un voleur au grand cœur, Glapieu, va venir s'opposer à ceux qui ont tout mais veulent toujours plus.
   La pièce se lit avec enthousiasme ne serait-ce que parce que les didascalies sont si nombreuses que l'on se croit parfois dans un roman. Drame romantique oblige. On "voit" ce qui se trouve sur scène : "au lever du rideau, pendant que Cyprienne parle, on voit sur le palier dans le compartiment de gauche un homme en haillons". Les quatre actes se déroulent dans des décors différents et l'ensemble est riche en rebondissements, avec vols, reconnaissance d'enfants machinations rocambolesques.
   Et puis, j'avoue avoir été séduite immédiatement par le personnage de Glapieu. Imaginez Gavroche ayant échappé aux balles des soldats, un Gavroche toujours épris de liberté et de justice : c'est Glapieu. "Car qui n'a pas la liberté, n'a plus la vie", lance-t-il dans la première scène de la pièce. Sa fraîcheur s'oppose au cynique Rousseline qui a une morale simple : "la vertu finit où la bêtise commence"...
   Mention spéciale à la scène 5 de l'acte III, où Glapieu monologue face au coffre-fort du baron de Puencarral, riche banquier. Extrait :
"C'est une chose bizarre que l'acharnement de nos commencements à nous poursuivre. Je veux faire une bonne action. Soit. Il faut que je la fasse avec effraction. Dans la jaunisse tout est jaune ; dans la chute, tout est faute. Une fois qu'on est dans ce que les gens du monde appellent la pègre, il n'est pas possible d'être honnête autrement qu'en se servant du moyen déshonnête. Pour aller de la rive coquine à la rive vertueuse, pas d'autre passerelle que le pont du diable."
Billets de ClaudiaLucia ICI et ICI



dimanche 15 janvier 2017

L'Amour est une île de Claudie Gallay

   Coup de cœur intense dès le début de l'année 2017 pour ce roman de Claudie Gallay. Publié après Les Déferlantes (toujours pas lu, je le garde pour la fin...), il a depuis été suivi par deux autres volumes. Après Seule Venise, je ne savais trop vers lequel me diriger, et c'est en voyant qu'il se déroulait dans le milieu du théâtre que je me suis décidée pour celui-ci. Une excellente idée car je n'ai pas été déçue ! 
   Tout d'abord j'ai retrouvé style facilement reconnaissable de la romancière : phrases courtes, utilisation abondante du présent, et une écriture qui privilégie les images qui semblent défiler au gré de paragraphes qui défilent rapidement et nous plongent dans un univers fortement teinté de nostalgie. Alors qu'elle écrit souvent au présent, elle nimbe tous ses récits du voile du passé qui semble toujours peser sur le déroulement des événements.
   L'intrigue se déroule à Avignon, pendant le festival. Odon, directeur d'un petit théâtre de la ville, vit sur une péniche. Il a follement aimé Mathilde pour laquelle il a quitté sa femme. Et cette année-là, son ancienne maîtresse revient entre les remparts. Devenue une actrice adulée, elle se fait maintenant appeler "la Jogar". Elle doit son succès à un texte écrit par un certain Paul Selliès, mort dans d'étranges circonstances. Or, la sœur de l'écrivain est également présente dans la cité des Papes. Cette même année, le festival est en ébullition car les intermittents sont en grève...
   Avec Avignon en toile de fond, la romancière tisse un beau roman sur les retrouvailles manquées et sur le passé qui ne passe pas. Poids des souvenirs, regrets des occasions manquées, nostalgie concernant les choix effectués, qu'ils soient bons ou mauvais, tout cela compose un récit que l'on ne lâche pas, emportés que nous sommes dans l'été avignonnais. Avis aux amateurs(trices) de théâtre, ils/elles ne peuvent qu'être conquis(es) ! 
 
 

mercredi 21 décembre 2016

Torquemada de Victor Hugo


    Ce drame de Victor Hugo a une histoire mouvementée, liée à l’exil. Dernier opus du Théâtre en liberté dans l’édition d’Arnaud Laster (Folio, 2002), il fut publié pour la première fois en mai 1882. À l’époque, des massacres de Juifs ont lieu en Europe de l’Est : à Balta par exemple, on jette des enfants dans les flammes pendant que les maisons sont pillées. Les scènes de violence présentes dans Torquemada se retrouvent donc d’une actualité brûlante et la pièce est imprimée le 2 mai. Un Comité de secours est mis en place et Hugo, dans Le Rappel, journal tenu par son fils entre autres, publie un texte qui résonne étrangement pour nous, alors que la population syrienne vient d’être abandonnée aux mains de ses bourreaux :
« L’heure est décisive. Les religions qui se meurent ont recours aux derniers moyens. Ce qui se dresse en ce moment, ce n’est plus du crime, c’est de la monstruosité. Un peuple devient monstre. Phénomène horrible. (…) ». 



   La pression des événements contemporains est donc à l’origine de cette publication. Face à la terrible actualité, il détache cette œuvre du Théâtre en liberté, renonçant pour l’occasion à un dévoilement de l’ensemble de ses pièces de l’exil. Publication en 1882 donc, mais l’idée et la rédaction sont beaucoup plus anciennes. En effet, en juillet 1859, Victor Hugo demande de la documentation sur Torquemada. En août, il écrit à son fils et lui avoue qu’il « rêve » d’un drame qui aurait pour personnage principal l’inquisiteur. La même année, il refuse l’amnistie et lance la sentence bien connue : « Quand la liberté rentrera, je rentrerai. ». La censure sévit encore dans les théâtre et Hugo n’a pas été joué à Paris depuis 8 ans. 
... : http://www.reitix.com/Makaleler/Tomas-de-Torquemada-Kimdir/ID=1947
Torquemada

   Il garde toutefois un rythme d’écriture impressionnant et, de son rocher, continue à explorer la veine romanesque tout autant que la veine théâtrale. La rédaction du Torquemada l’occupe du 1er mai au 4 juillet 1869. Le drame était en gestation depuis au moins dix ans. Il rédige, durant le même mois, le prologue qui ouvre Le Théâtre en liberté, où il fait dialoguer la Comédie et la Tragédie. Il vient de publier, en avril, L’Homme qui rit. Un peu plus d’un an plus tard, alors que la IIIe République vient d’être proclamée, le 6 septembre 1870, il rentre en France, après dix-neuf ans d'exil. Il faudra attendre 1886 pour que son Théâtre en liberté soit entièrement publié, un an après sa mort.
http://www.unique-poster.com/media/images/popup/blechen-carl--gotische-kirchenruine-785559.jpg
Carl Blechen
   Torquemada, drame en cinq actes, nous raconte l’histoire d’un couple d’innocents – qui n’est pas sans évoquer Roméo et Juliette –, Don Sanche de Salinas et Doña Rose d’Orthez, pris dans le jeu d’un duel entre les grands : le Roi et Torquemada. La scène s’ouvre en Catalogne dans le « monastère Laterran, couvent de l’ordre des augustins et de l’observance de Saint-Ruf ». La didascalie qui plante le décor nous emporte dans une ambiance gothique, avec cimetière, croix et tombeaux sur un « sol bossué de fosses ». Au fond, une muraille de monastère en ruine, fendue par une « grande brèche ». Devant, un « sépulcre  dont le couvercle a été enlevé », figure de la « bouche d’ombre » d’où sortira bientôt l’Inquisiteur, renaissant pour mieux assassiner…

   L’exposition se fait dans les trois premières scènes du Prologue (ou premier acte). Le roi, accompagné par ses soldats, est visiblement venu au monastère afin de trouver femme à son goût : « Avoir soif d’une femme, avoir faim d’un plaisir,/Ne pas voir une vierge, un proie, un désordre,/ Un cœur, sans tressaillir du noir besoin de mordre,/ Se sentir de la tête aux pieds l’homme de chair ! ». Le loup est entré dans la bergerie et, étouffé par sa relation avec sa femme Isabelle, « ce monstre immobile », il souhaite y faire bombance. Son désir à peine réfréné est confié au marquis de Fuentel, dans une longue tirade aux accents shakespeariens. Alors que le roi cherche sa proie et tente d’interroger le Prieur du monastère, passe un « moine à figure hagarde », « occupé seulement à saluer toutes les croix des tombeaux devant lesquelles il passe ». Vous l’avez deviné, il s’agit de Torquemada, marmonnant des prières et s’agenouillant sans fin. Mais après avoir aperçu celui qui va devenir le grand Inquisiteur, le roi remarque dans le jardin du cloître un couple de jeunes gens destinés à se marier : l’infante Rosa d’Orthez et l’infant Sanche de Salinas. Et bien sûr, le Roi va jeter son dévolu sur la belle Rosa. Alors que le Roi se révèle dès l’ouverture un opposant au bonheur des enfants, le marquis de Fuentel va vite se découvrir comme un adjuvant puisque une révélation dans la troisième scène nous apprend qu’il n’est autre que le grand-père du jeune Sanche.

« Je sens que cet enfant, avec tous ses rayons,
Vient d’entrer dans ma brume, et que cette jeune âme 
A pris possession de mon vieux cœur infâme, (…) 
Et je suis un autre homme, et je pleure, et j’adore,
Et ma sinistre nuit voit un lever d’aurore ! »


   Ces quelques vers reflètent parfaitement la beauté lyrique qui se dégage de certaines tirades. Tout ce qui concerne le jeune couple est tissé de légèreté et de douceur. Ainsi, cette magnifique scène V où Rose essaie d’attraper des papillons pendant que Sanche cueille des fleurs, tout en s’écriant « Oh ! je suis enivré par tant de douces choses ». Les papillons cherchent des fleurs comme le jeune homme cherche la bouche, promesse de baiser, de Rose. Ces papillons associés à la jeune fille m’ont évoqué le « vol de papillons arrêté dans l’extase » des Contemplations, dans le poème que Victor Hugo a dédié à ses deux filles. Mais un méchant rosier viendra piquer le doigt délicat de la Princesse, juste au moment où, le jour commençant à baisser, elle aperçoit le moine Torquemada.
   Ce dernier se lance alors dans un monologue digne des feux de l’enfer qui soulève avec un plaisir malsain « Le dessous monstrueux des cimetières noirs ». Il sera bientôt le bras armé des folies inquisitoriales, mais aussi celui de la mort des innocents. 
   C’est un texte magnifique, d’une puissance rare que je vous invite à découvrir. Dans un temps où les fanatiques reprennent du poil de la bête immonde, voilà une lecture qui invite à réfléchir, tout autant qu’elle fait frémir. Ainsi, cette vision dantesque de Torquemada en train de contempler son œuvre mortifère (des Juifs sont en train de brûler sur le quemadero) :

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2014/11/challenge-victor-hugo_5.html« Pétille ! luis, bûcher ! prodigieux écrin
D’étincelles qui vont devenir des étoiles ! (…) 
                             Il se retourne vers les suppliciés. 
Ah ! sans moi, vous étiez perdus, mes biens-aimés !
La piscine de feu vous épure enflammés. »

Lecture effectuée dans le cadre d'une lecture commune organisée par Claudialucia et qui s'intègre dans ses deux challenges : challenge Victor Hugo et challenge romantique. Elle prend aussi tout naturellement place dans le challenge théâtre organisé par Eimelle.
Billets de Claudialucia ici, Nathalie .

http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2016/01/challenge-theatre-2016-et-bilan-2015.html

mardi 20 septembre 2016

Mangeront-ils ? de Victor Hugo

     L'avantage des lectures communes, c'est que cela donne un objectif. Et avec une absence de presque trois mois de la blogosphère, il fallait au moins Victor Hugo pour se remettre le doigt au clavier ! Alors, au point où j'en suis, autant avouer que je ne connaissais pas, mais alors pas du tout cette pièce de notre grand écrivain national. Victor, d'ailleurs, l'avait oubliée dans ses cartons et elle ne sera publiée qu'à sa mort, en 1886, dans le Théâtre en liberté. Juliette Drouet, fidèle auditrice, avait elle bénéficié d'une lecture privée et avait tout de suite repéré le côté inclassable de la pièce.
C'est du haut de son rocher d'exilé que Victor Hugo rédige cet opus surprenant. Tout en maudissant Napoléon le Petit, il rédige quelques-unes de ses œuvres les plus puissantes comme L'Homme qui rit, entre autres... et pour se délasser, il écrit les pièces de ce qui deviendra son Théâtre en liberté.  
   La pièce, courte (1582 vers), se divise en deux actes. Rédigée en 1867, entre Les Travailleurs de la mer et L'Homme qui rit. Elle met en scène une histoire étrange qui se déroule dans un temps indéterminé mais habité par un Moyen Âge fantaisiste. Sur l'île de Man, deux amants sont pourchassés par un roi jaloux. Pour abriter leur amour, lady Janet et lord Slada ont trouvé refuge  au fond d'un cloître. Sur les pierres des ruines qui les entourent, des plantes vénéneuses. Ils peuvent donc s'aimer mais... ils ont faim jusqu'à ce qu'Aïrolo, fils de la sorcière Zineb, vienne les aider (où l'on apprend qu'il est difficile de vivre seulement d'amour et d'eau croupie...).

Résultat de recherche d'images pour "aïrolo fils de zineb"
Pièce mise en scène au Théâtre de la Criée (voir ICI)
J'ai lu cette pièce sans trop me soucier d'analyse ou même d'un éventuel billet à rédiger et me suis laissée porter par la fantaisie qui irrigue ce texte. J'ai aimé me retrouver dans cette atmosphère de conte qui vilipende le pouvoir arbitraire et les rois trop jaloux. La vieille Zineb a eu ma préférence, et me faisait presque oublier les tourtereaux. J'ai savouré les didascalies à rallonge qui proposent un récit dans le théâtre et goûté ce mélange des genres digne d'une marmite de sorcière ! Voilà une œuvre théâtrale à consommer sans modération et qui donne franchement envie de la voir sur scène...

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Claudialucia, Nathalie et Miriam. Cela compte aussi pour les chalenges romantisme et Victor Hugo, et pour le challenge théâtre d'Eimelle.


mardi 14 octobre 2014

L’École des femmes de Molière



     C’est à l’occasion de la fête des Rois de l’année 1663 que Louis XIV fait représenter L’École des femmes, nouvelle comédie de Molière. Jouée  pour la première fois le 26 décembre 1662 au Palais-Royal, le succès de cette comédie fut immédiat et durable. Elle succédait à L’École des maris et à la pièce Les Fâcheux, qui remontaient à l’été 1661. La « fronde » qui va suivre cette représentation explique que chacun va s’y presser, d’autant plus que Molière va alimenter ce qui deviendra la « querelle de L’École des femmes » en créant La Critique de L’École des femmes. L’année 1663 sera ainsi rythmée par les épisodes liés à la Querelle lancée tout d’abord par Donneau de Visé dans ses Nouvelles nouvelles publiées un mois après la première de la pièce. Les enjeux du débat qui va durer un an sont esthétiques et moraux. Les récits, multiples, s’enchevêtrent dans une comédie dont les thèmes sont ancrés dans le monde contemporain et la structure de la pièce (5 actes) la rangent dans la catégorie des « grands textes » alors qu’elle propose des éléments de comique. Et c’est bien du côté du comique que les enjeux moraux se placent puisque Molière développe même dans cette pièce des allusions franchement sexuelles, ce qui va lui valoir d’être accusé d’impiété.

L’intrigue
Arnolphe (joué à l’origine par Molière), barbon quarantenaire, souhaite épouser une femme qui ne présentera pas les défauts des précieuses et autres femmes trop savantes à son goût. Sous le nom de M. de La Souche, il décide donc d’élever une jeune fille, Agnès, qu’il maintient non seulement enfermée, mais aussi ignorante. La pièce commence à la veille du mariage. Arnolphe s’entretient avec son ami Chrysalde, le « raisonneur » de la pièce. C’est l’occasion de nous présenter les principaux ressorts de l’intrigue à venir, et déjà nombre de bons mots et sentences fameuses :
Chrysalde : Oui : mais qui rit d’autrui,
Doit craindre, qu’en revanche, on rie aussi de lui.
Arnolphe : Épouser une sotte est pour n’être point sot.
Arnolphe : Chose étrange de voir, comme avec passion,
Un chacun est chaussé de son opinion !
La pièce commence alors qu’Arnolphe vient de s’absenter dix jours. Sa pupille et future femme, pendant ce temps, a rencontré Horace, un jeune homme beaucoup plus plaisant que notre vieux barbon, et capable de faire naître un désir jusqu’alors inconnu d’Agnès. Or, Horace est le fils d’un ami d’Arnolphe et les deux hommes se rencontrent à la scène 4. Le jeune homme, ravi de revoir un ami, en profite pour se confier. Il avoue son nouvel amour et les ennuis de la pauvre jeune fille élevée par un certain M. de La Souche. Le quiproquo ne sera levé qu’à la fin de la pièce, lorsque Horace, stupéfait, découvrira que son confident se confondait avec le père adoptif de sa bien aimée. Mais je ne vais pas vous révéler l’ensemble du dénouement…

Mise en scène de Jouvet en 1936
L’intérêt de la pièce 
Le comique
Molière, dans cette pièce, a joué des allusions grivoises et pour qui s'avère bon public concernant l’humour dit « bas » (c’est mon cas, je l’avoue, et avec le sourire en plus…), le texte offre de quoi s’amuser. On y trouve la fameuse scène du « le » dans laquelle Arnolphe s’inquiète de ce que le jeune Horace risque d’avoir pris à Agnès. La scène entre les domestiques où Alain explique à sa femme qu’elle peut se comparer à un « potage » est également drôle. Les autres ressorts du comique dépendent beaucoup de l’interprétation du texte, ce dont j’aurai l’occasion de vous reparler (j’ai visionné la mise en scène de Jacques Lassalle, avec Olivier Perrier dans le rôle d’Arnolphe).
La structure de la pièce
Première pièce en cinq actes de Molière, et considérée comme la première « grande comédie » du dramaturge, L’École des femmes présente une structure originale et inhabituelle. En effet, au lieu de nous proposer l’action, Molière a joué sur la narration d’actions dont le spectateur ne prend connaissance qu’au travers du discours. Ainsi, la bastonnade donnée à Horace n’est pas jouée. Le spectateur voit Horace à terre, et c’est au travers de ce qu’il en raconte qu’il apprendra ce qui s’est passé.
La question féminine
La force de la pièce vient de la place qu’elle accorde à la question féminine. L’enfermement d’Agnès et le manque d’éducation qui est le sien posent la question de l’éducation des femmes. Les rapports entre les deux jeunes gens invite à se questionner sur le problème des mariages forcés (question hélas encore d’actualité). L’évolution personnelle d’Agnès invitent également à réfléchir sur le libre arbitre de chacun. En effet, alors qu’elle ne devait apprendre qu’à lire, et surtout pas à écrire, on apprend qu’elle sait écrire. Elle a donc transgressé les interdits de son père adoptif. On pourrait donc également gloser sur le bon usage de la transgression…

Extrait
Non, non, je ne veux point d’un esprit qui soit haut,
Et femme qui compose, en sait plus qu’il ne faut.
Je prétends que la mienne, en clartés peu sublime,
Même ne sache pas ce que c’est qu’une rime ;
Et s’il faut qu’avec elle on joue au corbillon,
Et qu’on vienne à lui dire, à son tour : « Qu’y met-on ? »
Je veux qu’elle réponde : « Une tarte à la crème » ;
En un mot, qu’elle soit d’une ignorance extrême ;
Et c’est assez pour elle, à vous en bien parler,
De savoir prier Dieu, m’aimer, coudre et filer.


http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html

lundi 11 août 2014

Cinna de Corneille

Corneille a écrit deux tragédies historiques dans la foulée du Cid. Horace en 1640 puis Cinna en 1642 se déroulent sur fond d'histoire romaine. L'action se déroule à Rome, en 6 av. J.-C., chez Auguste mais aussi chez Émilie, personnage non historique de la pièce.
La pièce s'ouvre par un long monologue d’Émilie, fille de Caius Toranius. Celle-ci fait part de son désir de vengeance contre l'empereur responsable de la mort de son père durant les proscriptions. Bien qu'étant fille adoptive de l'empereur et ayant bénéficié de ses libéralités, elle entraîne Cinna, son amant, dans un projet d'assassinat prévu pour le lendemain. Les deux chefs de la conjuration, Maxime et Cinna, convoqués chez l'empereur, apprennent que celui-ci, fatigué par le pouvoir, songe à abdiquer. Les trois hommes entament alors une réflexion sur le pouvoir. Chacun donne des arguments pertinents, tout en dissimulant les véritables motivations qui l'anime. 
Si le nœud de l'intrigue est tout d'abord familial et politique, il devient au IIIe acte sentimental, lorsque Maxime avoue à Euphorbe être lui aussi amoureux d’Émilie. Ce dernier, parfait dans son rôle de fourbe, laisse alors entendre à Maxime que poursuivre dans la voie de la conjuration ne fera que mieux placer son rival aux yeux d’Émilie et il le convainc de trahir Cinna.

http://catalogue.drouot.com/ref-drouot/lot-ventes-aux-encheres-drouot.jsp?id=2240685
 C'est une pièce de Corneille tout à fait passionnante  mais qui nécessite de se replonger dans l'histoire romaine si l'on veut profiter un peu de l'intrigue. Toutefois, si Corneille place l'action dans l'Antiquité, il vise aussi la vie politique de son temps. Un an avant la mort de Louis XIII et la régence d'Anne d'Autriche, il propose une réflexion sur la mise au pas de la noblesse ainsi que sur le pouvoir. La magnanimité, attribut du souverain, est la vertu ici mise en valeur.
Si les questionnements philosophiques et politiques sont intéressants, j'avoue avoir été surtout émerveillée par la langue de Corneille. La pièce, versifiée, propose de très nombreuses sentences sur lesquelles on s'arrête, on médite, et que l'on admire. On a envie de lire à voix haute, pour entendre le texte résonner car on sent bien que sa puissance vient par la voix. Je n'ai qu'un regret, n'avoir pas entendu le texte dit par des acteurs...

http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html


jeudi 7 août 2014

Lysistrata d'Aristophane


On connaît peu de choses de la vie d’Aristophane. Athénien sans doute, comme son père, il est né aux environs de 445 av. J.-C. Lysistrata a été jouée avant les Thesmophories, en – 411. Si l’auteur est connu pour son comique de bas étage, il s’avère qu’il utilise toutes les ressources du comique, de l’ironie aux jeux de mots, en passant par la parodie. Il veut faire rire, mais il est, avant tout, un moraliste qui pourfend la politique et les mœurs de son temps.
L’intrigue de Lysistrata débute sous l’archontat de Callias. La situation est alors difficile pour Athènes, minée par la guerre. Le dramaturge prend alors la parole pour toutes les femmes de la cité et par leurs voix, plaide pour la paix.
La scène s’ouvre sur deux maisons, celle de Lysistrata et celle de Cléonice. Au fond, les Propylées et la grotte de Pan. Lysistrata attend devant sa maison les femmes qu’elle vient de convoquer. Femme d’un citoyen d’Athènes, elle a convoqué toutes les Héllènes qui sont venues. Son plan est simple : afin de retrouver enfin leurs frères et maris, elles doivent s’unir et mettre en place la stratégie suivante. Tout d’abord, elles doivent s’emparer du trésor public qui sert à alimenter la guerre. Ensuite, elles devront, lorsque les guerriers rentreront au bercail, leur refuser tout commerce sexuel tant qu’ils n’auront pas renoncé à la guerre pour toujours. « Si bien qu’on ne verra plus d’hommes, de nos jours, porter la lance les uns contre les autres… » 
La pièce, truffée de grivoiseries, voire de franches paillardises, est très drôle. J’ai été totalement séduite tout d’abord par l’idée, la pièce étant par ailleurs d’une étonnante modernité. Car finalement, rien n’a changé et les hommes continuent à se faire joyeusement la guerre, avec souvent le corps des femmes comme arme d’anéantissement. Il suffit de penser à ce qui se passe en Centrafrique aujourd’hui (le viol y est utilisé comme machine de guerre). Cette place du corps féminin au centre du conflit est donc tout à fait d’actualité, hélas.
Seul bémol, le vocabulaire parfois un peu obscur (nom de lieux, termes spécialisés), mais pour une première lecture, ce n’était pas gênant et cela n’empêchait pas la compréhension de la pièce.


Extrait
Lysistrata : Je vais parler ; il ne faut pas que l’affaire soit tenue secrète. Nous devons, ô femmes, si nous voulons réduire nos hommes à faire la paix, nous priver… 
Cléonice : De quoi ? Explique.
Lysistrata : Le ferez-vous donc ? 
Cléonice : Nous le ferons, dût-il nous en coûter la vie. 
Lysistrata : Et bien, nous devons nous priver de … verge. – Pourquoi me tournez-vous le dos ? Où allez-vous ? Pourquoi faites-vous la grimace et secouez-vous la tête, vous là-bas ? Pourquoi changer de couleur ? Pourquoi ces larmes ? Le ferez-vous ou ne le ferez-vous pas ? Pourquoi hésitez-vous ?
Cléonice : Je ne saurais le faire ; que la guerre aille son train.

http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Maggie et Claudia et Océane.

mardi 15 juillet 2014

La Locandiera de Goldoni

Lorsqu'on s'inscrit quelques jours avant une date limite à une lecture commune, on lit forcément vite et on propose un billet express... Pourtant, c'est une pièce qui mérite qu'on s'y arrête puisque Goldoni, dans son avis au lecteur, dit avoir composé ici sa comédie la plus "morale, la plus utile, la plus instructive."

L'intrigue

Dans l'Italie du XVIIIe siècle, à Florence. Mirandoline, jeune et belle aubergiste, séduit tous les hommes qui passent chez elle. Ainsi, le marquis de Forlipopoli et le comte d'Albafiorita séjournant dans son hôtel, rivalisent pour obtenir ses faveurs et même l'épouser. Le comte lui offre cadeaux, argent et diamants pendant que le marquis, ruiné mais bien né, lui propose nom et protection. Le chevalier de Ripafratta, lui, fuit les femmes. Il ne les connaît pas et pour éviter tout désagrément issu de la gent féminine, il a choisi l'esquive. Le noeud de l'intrigue se tisse donc autour d'un trio masculin qui affronte une femme.

Mise en scène de Rosseti
Le chevalier, fort de son mépris pour les femmes, va bientôt éveiller la cruauté de la belle hôtelière. Celle-ci, délaissant le comte et le marquis, va user de tous ses charmes afin de faire succomber le chevalier. Pendant ce temps, les personnages secondaires apportent de la complexité et des éléments comiques à la pièce. Fabrice, le valet de Mirandoline, l'aime, et l'on se demande quand va s'arrêter le jeu cruel que celle-ci lui impose. Hortense et Déjanire, deux comédiennes arrivées à l'auberge, se font passer pour de "grandes dames", confondant le comte et le marquis, trop occupés par leurs tentatives de séduction pour voir ce qui pourtant crève les yeux. Tout cela finira par un mariage... mais pas forcément par celui que l'on attendait...

Compagnie Alfraprosa
Comédie en trois actes jouée pour la première fois en 1753 au théâtre Saint-Ange, La Locandiera a pour particularité d'avoir été interprétée sans masques. Celui qui a été surnommé le "Molière italien", à l'égal de son prédécesseur français, rêvait de tragédie et a brillé dans le registre comique. Il voulait réformer le théâtre italien mais en 1762, il gagna la France où il apprit l'italien aux princesses de la cour. Il s'éteindra d'ailleurs à Paris au n°1 de la rue Pavé-Saint-Sauveur, en 1793.
J'ai aimé cette pièce au rythme soutenu et qui propose un personnage féminin intéressant en la personne de Mirandoline. Alors bien sûr, je regrette de n'avoir pas eu le temps de voir la pièce mise en scène... et j'avoue que l'interprétation de Dominique Blanc dont je vous propose un extrait ci-dessous me tente beaucoup, reste à voir si elle a été filmée. Le théâtre est un art fugace... comme les sentiments qui agitent les personnages de cette pièce où la transformation règne en maître. 



Lecture commune : les billets de Maggie et de Claudia. Ce billet compte aussi pour le challenge de Miss Léo, catégorie théâtre.

http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html


mercredi 21 mai 2014

Les Fausses confidences de Marivaux au TNB


TNB à Rennes
J'ai eu la chance d'assister, samedi dernier, à une représentation de la pièce de Marivaux, Les Fausses Confidences, mise en scène par Luc Bondy. Avec : Isabelle Huppert dans le rôle d'Araminte, Louis Garrel dans le rôle de Dorante. Mention spéciale pour Jean-Damien Barbin qui jouait Arlequin et Bulle Ogier parfaite en Madame Argante.

P. Garrel et Bulle Ogier
L'intrigue 
Dorante, un jeune homme pauvre mais beau (vous remarquerez que je choix de Louis Garrel était plutôt adapté...), aime Araminte, femme riche qui n'a jamais vu son amoureux transi. Le fossé social qui sépare nos deux personnages devrait interdire toute rencontre mais c'est sans compter sur Dubois, ancien valet futé de Dorante. Car Dubois, plein de ressources, sous le couvert de" confidences" savamment distillées, va exciter tout d'abord la curiosité d'Araminte. Piquée d'intérêt face à cet amour qu'on lui porte, la belle va vite se construire des scénarios romanesques. Face à cet engouement naissant, Madame Argante vient rappeler, pour le plus grand bonheur des spectateurs, que les fâcheux existent encore. L'argent face aux intermittences du cœur... thème au centre de ce petit bijou, n'est pas sans questionner l'actualité.

J'ai moyennement goûté
L'aspect survolté de cette lecture du texte. J'ai trouvé de parfois les personnages étaient "surjoués" au point de friser le ridicule. Le marivaudage est pour moi plus discret et plus fin. Cela donne un aspect franchement comique à la pièce, ce qui n'est pas désagréable mais Araminte est parfois au bord de l'hystérie, alors que je l'imagine plus mélancolique et plus réservée. Isabelle Huppert expliquait, dans une interview donnée au journal Ouest-France, qu'elle s'amusait à varier les interprétations d'un soir à l'autre, passant de la franche gaîté à un aspect plus mélancolique justement du personnage. Il faudrait donc que je retourne voir la pièce une deuxième fois...

J'ai aimé
- La mise en scène de Luc Bondy qui tout en étant moderne, sait évoquer sans marteler. La présence des chaussures au fond de la scène, disposées en rond, m'a interrogée... jusqu'à ce que je pense ce matin à l'expression "trouver chaussure à son pied" et que je revois la pauvre Marton (Manon Combe) à la fin de la pièce en train d'essayer vainement de nombreuses chaussures, et qui arrivait à la fin munie de chaussures plates à lacets, alors qu'elle portait, amoureuse et bientôt mariée au début de la pièce de belles chaussures noires à talons aiguilles. 

Dorante et Dubois (Yves Jacques)

Les panneaux coulissants qui paraissent glisser sur la scène et composent une maison à la fois trouée, labyrinthique et en perpétuel changement me semblent incarner parfaitement les intermittences du cœur et de ce monde intérieur si souvent fluctuant. Les panneaux s'éloignent, se rejoignent, dans un ballet amoureux qui évoque le marivaudage.

Araminte et Dubois
 - Le jeu des acteurs ! J'ai adoré la composition de Bulle Ogier. Le plaisir de jouer des acteurs était palpable : on sentait à la fois le travail mais aussi le bonheur de jouer encore une fois pour ces acteurs pour la plupart très expérimentés. Ce plaisir, en ce qui me concerne, a été communicatif.

- Quel plaisir d'entendre la voix d'Isabelle Huppert en direct ! De retrouver certaines de ces mimiques vues tant de fois sur un écran et ici présentes sans aucun "filtre". Un vrai bonheur pour moi car je voue une grande admiration à cette actrice pour ces choix et sa manière d'aborder son travail. 

Isabelle Huppert
- J'ai également apprécié cette place accordée à la fin du spectacle à la lecture de la belle lettre de Jacques Ralite en faveur de la culture, adressée au Président de la République. Vous pouvez la lire entièrement ici.
Extrait :
"(...) Le travail est tellement livré au management et à la performance que les personnels se voient ôter leurs capacités de respiration et de symbolisation. On a l’impression que beaucoup d’hommes et de femmes des métiers artistiques sont traités comme s’ils étaient en trop dans la société.

On nous répond, c’est la crise. La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend au contraire plus indispensable. La culture n’est pas un luxe, dont en période de disette il faudrait se débarrasser, la culture c’est l’avenir, le redressement, l’instrument de l’émancipation. C’est aussi le meilleur antidote à tous les racismes, antisémitismes, communautarismes et autres pensées régressives sur l’homme. (...)"

Pour conclure : une excellente soirée ! 


http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2013/12/challenge-theatre-2014.html

Les photographies proposées pour illustrer ce billet ont été prises par Pascal Victor, et sont visibles sur le site du théâtre de l'Odéon.