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samedi 27 janvier 2018

Munch de Steffen Kverneland

   Noël a du bon ! et Mlle Margotte a du goût et de bonnes idées... puisque c'est elle qui m'a offert cet album enthousiasmant. Comme vous l'indique la couverture, il s'agit d'une biographie du peintre norvégien. Oui mais en ce moment, les biographies en bulles pleuvent comme la pluie sur la Bretagne depuis deux mois me direz vous. En effet, mais celle-ci vaut le détour à plus d'un titre !
   Tout d'abord parce que le dessinateur, Steffen Kverneland a fait preuve ici d'une originalité réjouissante. Il passe pour l'un des meilleurs auteurs de BD en Norvège, ce que je veux bien croire face à la qualité de ce volume consacré à la peinture. Le début donne le ton : le dessinateur s'est mis en scène avec Lars Fiske au moment de l'élaboration du projet, ce qui lui permet de nous expliquer la genèse du volume ainsi que les choix qui ont été faits. Ainsi, en buvant des coups avec son copain, il affirme : "Si je fait une série sur Munch, mon manuscrit sera un collage de citations à la lettre". "Génialix" lui répond son acolyte un peu aviné... Et c'est bien cette démarche qui sera utilisée, pour aboutir, sept ans plus tard, à l'album.

La version norvégienne du dialogue évoqué ci-dessus
   La biographie dessinée se tisse ensuite sur un collage de citations de Munch (il tenait un journal), de ses proches comme Strindberg, ou de critiques de l'époque. Des extraits de lettres sont également intégrés au récit. Les changements de points de vue permettent donc de brosser un portrait riche, tout en donnant un véritable rythme au récit. Les 275 pages défilent, on passe d'un discours de Christian Krohg à des phrases prononcées par Strindberg. Souvent, le dessin se modifie en fonction du point de vue adopté, ce qui donne une grande richesse graphique à l'ensemble. J'ai été impressionnée d'ailleurs par le talent du dessinateur, capable d'imiter Munch comme de se rapprocher de dessins à la Beb Deum.


  Alors bien sûr, on découvre avec intérêt la vie du peintre : la fascination qu'il exerçait sur les femmes, sa longue amitié avec Strindberg, le soutien que lui apporta Ibsen, etc. Mais j'avoue que la première lecture est fortement centrée sur les dessins car on peut vraiment parler de prouesse graphique. On passe de planches en noir et blanc, sobres, où l'aquarelle vient donner une touche de douceur, à des planches où dominent le rouge et les angles, en passant par des copies du travail de Munch intégrées aux cases ou à la page.


   Mention spéciale pour l'idée de l'intégration de photos de l'auteur qui se met en scène par exemple sur l'un des lieux visités pour l'élaboration de la BD. Tous les passages qui concernent la genèse des tableaux de Munch sont passionnants. Enfin, pour résumer, c'est un vrai coup de coeur ! Et en plus, figurez-vous qu'il a réalisé une biographie dessinée d'Ibsen... qui hélas n'est pas traduite en français. Si elle est traduite un jour, elle trônera très vite dans ma bédéthèque... 

jeudi 21 décembre 2017

Le Palais de glace de Tarjei Vesaas

     Premier roman de Tarjei Vesaas, auteur norvégien, Le Palais de glace a initialement été édité en 1963 avant d'être traduit puis édité par Flammarion en 1975. C'est à l'occasion d'une nouvelle traduction par Jean-Baptiste Coursaud pour les éditions Cambourakis que ce livre a pu trouver une nouvelle vie puisqu'il est ensuite sorti en poche chez Babel avec une couverture qui lui va comme un gant polaire. Et de froid polaire il sera bien question dans ce roman intemporel qui navigue entre le conte, le roman et la fable
   Tout commence par la rencontre entre Siss et Unn, deux fillettes de onze ans. C'est la fin de l'automne et, dans un lieu indéfini, tout est figé par le gel. La glace gagne en force sur le lac alors que Siss marche d'un pas résolu vers la maison de Unn. Elle s'enfonce dans le noir, sans aucune peur puisqu'elle va rejoindre celle qui est en passe de devenir sa meilleure amie : "elle portait ses pas vers Unn. Avec en elle le doux frémissement d'une attente."
   Cette rencontre chez la tante de Unn sera étrange autant qu'exaltante et va amener les deux fillettes à sceller un pacte d'amitié. C'est parce qu'elles se sont reconnues qu'elles fixeront ensemble le même miroir, au risque de trouver d'inquiétants frémissements sur la surface lisse. Or, au lendemain de cette association enfantine, Unn disparaît. Alors qu'une immense cathédrale de glace prend place sur le lac, le village va se lancer à la recherche de la fillette.
Si vous ne savez pas comment faire pour partir à la découverte de la littérature norvégienne, ce livre est pour vous (avec la trilogie de Dina bien sûr...). Il décrit avec une poésie féroce l'obscurité du Grand Nord, la glace qui crie et la neige qui vient recouvrir la nature. Tout est transparent dans ce roman et la lumière baigne l'ensemble d'une lueur vaguement spectrale par moments. On découvre, fasciné, l'architecture du "Palais de glace" et sa "salle des larmes". On est emporté par cette écriture à la fois simple, faussement simple et imprégnée d'images et de lumière. Une très belle découverte !


Extrait (la découverte du Palais de glace par Unn) :
"C'était comme regarder à travers une vitre brillante.
Le soleil se leva au même moment, oblique et froid. Les rayons transpercèrent la glace, illuminèrent le fond brunâtre, la boue, les pierres, les plantes.
Aux abords de la berge, l'eau était entièrement gelée. Même la vase que recouvrait une pellicule blanche de givre et à laquelle se superposait l'épaisse couche de glace. Incarcérés dans ce bloc de glace, de larges feuilles en forme de sabre (...). Des galets noirs avaient roulés de la rive pour mieux se fixer dans cette masse, aux côtés de bâtons dépourvus d'écorce. Des fougères à la tige pliée, figées elles aussi, évoquaient des croquis d'une grâce infinie. Certaines étaient reliées au sol par la racine ; d'autres, alors qu'elles flottaient sur le lac, s'étaient trouvées captives de l'eau : la surface avait gelé, la croûte de glace s'était solidifiée, la glace acier continuait de s'édifier.
Unn observait , fascinée par le spectacle qui s'offrait à elle, plus étrange que n'importe quel conte de fées."



Participent à cette lecture commune :
Lilly, Claudialucia (un autre Tarjei Vesaas), Nathalie, Marilyne et Anne (j'espère n'avoir oublié personne, dites-moi si c'est le cas !).

vendredi 17 novembre 2017

Une Maison de poupée d'Ibsen


   Ibsen, petit bourgeois né en 1828 à Skien, a composé une œuvre forte marquée par la philosophie de Kierkergaard (mais il aimait aussi Voltaire !). Amateur de sagas islandaises, il a été nourri de ces textes où l'homme se dresse contre un destin contraire. C'est contre la société et ses miroirs trompeurs que Ibsen se dresse, exaltant une vie sans contrainte. Helmer, le mari de Nora, dans la pièce qui nous intéresse aujourd'hui, représente les attitudes superficielles qu'il veut dénoncer. 
   Le dramaturge norvégien a fait partie du mouvement de libération le "genombrott". Cela lui vaudra un exil de vingt-sept ans en Europe de l'Ouest. Metteur en scène au début de sa carrière, il a apporté un grand soin aux indications scéniques de ses pièces. Il possédait de nombreuses capacités artistiques puisque on lui attribut aussi une soixantaine de tableaux. Il a composé des recueils de poésie et dessiné lui-même des décors pour ses pièces.
Une maison de poupée, écrite en Italie, fut jouée pour la première fois à Oslo en 1880. La pièce provoqua de nombreuses réactions venues de tous les bords... des juristes aux psychanalystes. Elle s'inspire, comme Madame Bovary et bien d'autres œuvres littéraires, d'un fait divers réel. Une certaine Laura Kieler, pour sauver son mari malade, fit un emprunt (en secret), pour sauver son mari malade. Ce dernier, après avoir découvert l'affaire, demanda le divorce (au lieu de la remercier). 
La distribution de la pièce est simple et efficace : huit personnages dont "les trois jeunes enfants de Helmer". L'action se passe chez ce dernier. La première scène s'ouvre sur "Une maison confortable et de bon goût, mais sans grand luxe". C'est la période de Noël. Nora entre chez elle les bras pleins de paquets et elle est accueillie joyeusement par son mari Helmer qui lui lance des noms d'oiseaux comme "mon étourneau" ou "mon alouette" pour se moquer de ses tendances à la dépense. Arrive de manière inopinée Mme Linde, veuve sans le sou que Nora se propose d'inviter pour Noël. On apprend au travers de leurs échanges que la famille de Nora a traversé une période très difficile. Helmer a été gravement malade et ils sont partis dans le sud d'où il est revenu guéri. Ils avaient pourtant de gros problème d'argent...
Je ne reviendrai pas ici sur l'aspect féministe de la pièce déjà souligné avec brio par les copinautes ayant participé à cette LC dans le cadre du challenge nordique.  Quel texte ! J'ai pris un grand plaisir à découvrir cette pièce lue très vite. Le texte, en prose, est d'une fluidité extrême et la traduction de Régis Boyer doit être excellente je pense ! Je ne peux donc que vous conseiller la version proposée chez Garnier-Flammarion qui, en plus, propose un dossier passionnant. Je n'ai qu'une envie, découvrir d'autres pièces de l'auteur et j'envisage bien sûr une 2e lecture commune sur le théâtre d'Ibsen. Je la proposerai lorsque mon emploi du temps sera plus paisible...
Participaient également à cette lecture commune Adrienne, Marilyne, Nathalie, Claudialucia (qui a finalement rédigé un beau billet sur Tarjei Vesaas).


dimanche 10 septembre 2017

Je voyage seule de Samuel Bjørk


   Pour une fois, je suis d’accord avec une citation hyperbolique d’une quatrième de couverture. « Le nouveau phénomène de la littérature scandinave policière ! » s’extasie un journaliste de L’Éveil normand. Et il faut reconnaître que pour un premier roman, c’est un coup de maître. Il peut rivaliser sans problème avec ses concurrents pourtant nombreux…

L’histoire

Une fillette est retrouvée assassinée. Elle a été pendue à un arbre avec une corde à sauter et porte autour du cou une pochette avec un message - comme celle que promènent les enfants seuls dans les avions – qui annonce : « Je voyage seule ». Plus étrange, elle porte des habits totalement désuets qui paraissent tout droit sortis d’un conte où évoluent des princes, des princesses, mais aussi de vilains ogres ! Ce crime odieux va mettre la Norvège en émoi, d’autant plus qu’il va vite être suivi par d’autres meurtres du même genre. 
 

Trois bonnes raisons pour le lire


  • Les personnages. Je me suis attachée immédiatement aux personnages qui composent l’équipe policière. Il y a Holger Munch, policier bourru comme je les aime. Son ancienne collègue, Mia Kruger, trimbale des casseroles et une histoire compliquée mais intéressante. Munch l’a sortie de l’île d’Hitra où elle était partie panser ses plaies. Ce sont surtout ces deux-là qui occupent le devant de la scène dans ce premier opus mais l’on devine de Gabriel, le hacker asocial, présente un potentiel qui ne manquera pas d’être développé dans les histoires à venir.
  • Le dynamisme narratif. On ne s’ennuie pas et sans parler de page turner, on est happé à la fois par l’enquête et par le passif des personnages principaux que l’on prend plaisir à découvrir. Il y a bien quelques poncifs du polar mais j’ai envie de dire que cela fait un peu partie du jeu et qu’ici, ils permettent de mieux s’installer  dans le genre…
  • Les milieux décrits. J’ai trouvé l’utilisation de la religion originale. Apparaît en effet dans ce premier volume une secte. Mais l’on navigue aussi du côté des maisons de retraite et l’auteur fait assez bien passer le désarroi qui règne parfois dans ce genre de « maison ».

  L’auteur, de son vrai nom Frode Sander Øien, a écrit deux autres romans. Il a de nombreuses cordes à son arc puisqu’il est également dramaturge, peintre, chanteur et compositeur. Le Hibou, son deuxième polar, est sorti en grand format en 2016, et un troisième opus vient de sortir en traduction anglaise seulement. J’attends donc avec impatience la version poche de la deuxième enquête du duo Mia-Holger ! Avec un peu de chance, cela sera pour cet été (billet rédigé avant l'été, et hélas, j'attends toujours la sortie en poche...).


https://bruitdespages.blogspot.fr/2017/07/challenge-litterature-nordique.html

jeudi 10 août 2017

L'Héritage de Karna de Herbjorg Wassmo - tome 3 et fin de la saga

Et bien ! voilà qui clôt en beauté la saga de la famille Gronelv. J'ai terminé le livre tardivement, ne pouvant le lâcher avant l'émouvant épilogue... Ce dernier volume résume en quelque sorte l'épopée de Dina car tout y est : la flamboyance, les sentiments exacerbés qui mènent au meilleur comme au pire, le rire et les larmes (beaucoup de larmes...), le goût du péché et celui du rachat, enfin, pour conclure, un véritable concentré romanesque. Autant dire que je n'ai pas boudé mon plaisir, d'autant plus que je venais de lire les deux premiers volumes de la trilogie intitulée L'Héritage de Karna, ce qui m'avait permis de reprendre contact avec les personnages de la saga.
Et hop ! une trilogie de l'été...
Le premier chapitre s'ouvre le 10 août 1884, jour du martyr de St Laurent, brûlé vif. Cette date n'a pas été choisie par hasard mais je n'en dirai pas plus... Encore une fois, l'entrée en matière se trouve liée à notre héroïne : un énorme piano à queue est livré sur le quai de Strandstedet pour être emmené au Grand Hôtel maintenant propriété de Dina. Car toute la famille a quitté Reisnes pour s'installer à la ville où Benjamin exerce comme médecin. Il a repris le cabinet de l'ancien docteur de la ville. Alors que Karna grandit, elle regrette aussi son ancien lieu de vie.
Alors que la Révolution industrielle est en marche, les liens familiaux vont être soumis à bien des tensions. Le passé ne manquera pas de ressurgir, y compris lorsqu'on s'y attend le moins. Je n'en dévoilerai pas plus car il ne s'agit pas de rompre le charme de la découverte de cette saga romanesque qui, à peine terminée, donne envie de s'y replonger !
https://bruitdespages.blogspot.fr/2017/07/challenge-litterature-nordique.html
Extrait
"Les premiers temps à Strandstedet elle avait été malade de nostalgie. Reisnes lui manquait tellement qu'elle en avait usé deux paires de chaussures le premier été en donnant des coups de pied de rage dans les cailloux. Finalement papa avait déclaré qu'elle n'avait qu'à aller nu-pieds.
Alors elle s'était déchaussée et elle s'était promenée pendant des heures sur les cailloux du rivage. A son retour, papa avait été obligé de la panser. Il la grondait et la pansait en même temps. En fait, il la pansait surtout.
- J'rentre à pied à Reinsnes ! avait-elle dit."


dimanche 9 juillet 2017

L'Héritage de Karna de Herbjorg Wassmo - tomes 1 et 2

     C'est avec délectation que j'ai replongé en ce début d'été dans la saga romanesque de Herbjorg Wassmo consacrée à Dina, magnifique personnage féminin. Pour éclairer ceux et celles qui ne connaissent pas cette fresque qui se déroule dans le nord de la Norvège, à Reisnes, un comptoir dédié au commerce maritime, elle se compose de 8 volumes.
- La trilogie dite du Livre de Dina (titre du premier volume). On y découvre Dina enfant, au milieu du XIXe siècle. Elle deviendra une jeune fille fougueuse qui, bien que mariée à un homme beaucoup plus âgée qu'elle, mènera une vie riche et indépendante.
- Le diptyque Fils de la Providence où l'on retrouve la sulfureuse Dina mais aussi son fils Benjamin, parti faire ses études de médecine à Copenhague.
- L'ensemble se clôt par la trilogie de L'Héritage de Karna dont j'avais lu le premier volume, et abandonné le deuxième, sans doute prise par d'autres occupations. Ma participation au défi "Les trilogies et les séries de l'été" ainsi que le challenge "littérature nordique" étaient deux excellentes raisons pour reprendre cette lecture et connaître enfin la fin de cette grande saga norvégienne.
J'ai littéralement dévoré ces deux premiers opus. Mon péché n'appartient qu'à moi m'a permis de retrouver les différents personnages de la saga de Dina (Stine, Oline, Anders, Benjamin, etc.) et de faire connaissance avec la petite Karna. Le personnage central de cette trilogie est la fille de Benjamin, et donc la petite-fille de Dina. Enfant éveillée tout autant que sauvage (on repense à Dina enfant bien sûr...), elle est atteinte d'épilepsie. Ce volume voit Benjamin revenir à Reisnes, après ses années de médecine à Copenhague. Le retour sur cette côte battue par les vents est l'occasion de découvrir un monde nouveau, car en cette fin de XIXe siècle, le hareng a disparu. Je me suis installée auprès des personnages sans bouder mon plaisir tout en suivant avec fébrilité les relations compliquées entre les membres du trio amoureux Anna, Hanna et Benjamin. J'ai commencé le deuxième volume alors que je venais à peine de tourner la dernière page du premier...
Il faut dire que la motivation était au rendez-vous puisque Le pire des silences voit Dina revenir enfin à Reisnes. Le livre s'ouvre en 1878 et c'est durant un jour de mai, "en plein vent d'ouest et par un ciel d'orage" que Dina débarque à Strandstedet. Ce retour de l'aventurière, de celle qui a abandonné son enfant durant dix-huit ans, va bousculer le fragile équilibre de la petite communauté maritime. Car Dina revient avec de l'argent, et avec des idées assez précises sur la manière de survivre à la Révolution industrielle qui est en marche. Mais surtout, ce retour fait resurgir les anciennes blessures, que cela soit le dépit d'Anders, le mari délaissé, ou la colère de Benjamin, l'enfant abandonné. J'ai lu ce deuxième opus aussi vite que le premier ! J'ai été particulièrement sensible au rôle joué par le passage du temps dans les relations entre les personnages. Autant vous dire que j'ai déjà le troisième et dernier opus de la série que je vais commencer au plus vite.
Une façon enthousiasmante pour moi de vous proposer un premier billet pour le challenge littérature nordique, et pour vous inviter à commencer cette saga à lire absolument.

https://bruitdespages.blogspot.fr/2017/07/challenge-litterature-nordique.html



vendredi 7 juillet 2017

Challenge littérature nordique


   Alors que l'été nous annonce des chaleurs importantes, il est temps de partir se mettre au frais. Je propose donc, pour une durée d'un peu plus d'un an, de partir découvrir les littératures nordiques. 

Le challenge commence aujourd'hui et sera clôt le 31 août 2018 

Voilà déjà un moment que je souhaite découvrir plus avant une littérature riche et variée puisqu'elle englobe les auteurs islandais, finlandais, norvégiens, danois et suédois (on parle de littérature scandinave lorsqu'on enlève la Finlande et parfois l'Islande...). J'ai choisi de monter dans le grand Nord et d'inclure les Islandais, ne serait-ce que pour profiter des polars d'Indridason !
   Outre que je souhaite découvrir la littérature contemporaine nordique, cela s'accompagne pour moi d'un challenge personnel, à savoir inverser la tendance qui s'affiche sur ce blog (une majorité d'auteurs anglo-saxons : je n'ai rien contre eux mais la diversité ne nuit pas !).


   Je proposerai durant la durée du challenge des RAT nordiques et l'hiver, bien sûr, sera le moment fort du challenge ! J'envisage également un mois "polars nordiques", ainsi que des lecture communes (vous pouvez aussi en proposer). Il s'agit de lire des auteurs nés dans les pays pré-cités. Tous les genres sont acceptés, y compris la littérature jeunesse ou les albums, le principal étant de partir à la découverte d'une culture (ou de cultures)... Des semaines thématiques pourront être envisagées afin de découvrir la cuisine par exemple, ou le théâtre (je pense à Ibsen...). 
L'inscription de fera sur ce billet.


Je propose trois catégories :
- Poucette : niveau de découverte un à trois livres.
- Petite sirène : niveau curieux, de trois à cinq livres.
- Reine des neiges : niveau "expert", plus de cinq livres.

Je m'inscris en catégorie "reine des neiges", ayant déjà commencé mes lectures avec la reprise de la trilogie de Karna d'Herbjorg Wassmo (dernière série de l'histoire de Dina). Afin de vous donner des idées de lectures, je vous mets les liens des billets "nordiques" déjà publiés (Islande, Norvège, Suède). Pour le moment, je n'ai rien du côté du Danemark et de la Finlande. Je proposerai durant l'été une petite promenade dans la littérature nordique... J'en profite pour vous souhaiter un bel été, avec de nombreuses lectures. Vi sees senere ! A bientôt !

Les participantes enthousiastes et leurs billets :

Catégorie Poucette
     * Manika 27
- Le Lièvre de Vatanen de Arto Paasilinna
- Hypothermie d'Arnaldur Indridason 

     * Marilyne, blog Lire & Merveilles 
- Le Violon du fou de Selma Lagerlö
- Le Palais de glace de Tarjei Vesaas
- Lumikko de Pasi Ilmari Jääskeläinen

     * Hilde, du Livroblog
- Hypothermie de Arnaldur Indridason 
- Le Bonhomme de neige de Jo Nesbo 

     * L'Or, blog L'Or rouge 
 - Snjor de Ragnar Jonasson
 
Catégorie Petite sirène

   * FondantGrignote, blog Le Terrier d'une grignoteuse de pages
Lumikko de Pasi Ilmari Jääskeläinen
- A la grâce des hommes de Hannah Kent (roman qui se déroule en Islande)
- Comment braquer une banque sans perdre son dentier de Catharina Ingelman Sundberg 
- Quand le destin s'en mêle de Anna Jansson 
- Aurore et la petite auto bleue de Anne-Caty Vestly 

     * Valou, blog Les Quotidiennes de Valou

     * Anne, blog Des mots et des notes
- Les Bottes suédoises d'Henning Mankell
- Marcher de Thomas Espedal 
- Le Palais de glace de Tarjei Vesaas
- Chienne de vie de Helle Helle 
Bäckström Episode 1 : Linda, de Leif GW Persson

     * Martine, blog Les Lectures de Martine (et plus). Billet de présentation ICI

     * Kathel, blog Lettres exprès 
- Soleil de nuit de Jo Nesbo 
- Ör de Audur Ava Olafsdottir


Catégorie Reine des neiges

     * Adrienne, blog Elle s'appelait Adrienne
- La Minute de vérité de BjØrn Sortland
- Hors-service de Solja Krapu
- M comme Maison de poupée pour Une Maison de poupée d'Ibsen 

     * Aifelle, blog Le goût des livres
- L'Eté infini de Madame Nielsen
- Sable mouvant de Henning Mankell 
- Dans l'ombre, tome 1 de Arnaldur Indridason 
- Dans l'ombre tome 2, La Femme de l'ombre de Arnaldur Indridason 
- Dans l'ombre tome 3, Passage des ombres de Arnaldur Indiridason
- J'ai toujours ton coeur avec moi de Soffía Bjarnadóttir
- Des chemises comme s'il en pleuvait de  Kaarina Keikkonen
- Il n'en revint que trois de Gudbergur Bergsson 
- Les Invisibles de Roy Jacobsen 
- Quelle n'est pas ma joie de Jean-Christian Grondahl 
Snjor de Ragnar Jonasson

     * Maggie, blog 1001 pages
- Snjor de Ragnar Jonasson
- Dans l'ombre de Arnaldur Indridason 
- Promesse de Jussi Adler Olsen (en version audio)

     * Margotte, blog Le Bruit des pages
- Mon péché n'appartient qu'à moi et Le pire de silence, billet sur les deux premiers volumes de L'Héritage de Karna de Herbjorg Wassmo.
- Les Femmes si belles. Fin de la trilogie de Karna de Herbjorg Wassmo. 
- Les Secrets de l'île de Viveca Sten
- Snjor de Ragnar Jonasson
- Je voyage seule de Samuel Bjork
- Les Contes d'Andersen 
- Munch de Steffen Kverneland (BD)

     * Claudialucia, blog Ma Librairie
- Une Maison de poupée d'Ibsen (pièce vue au festival d'Avignon)
- Les Guerres de Lisa de Anne-Cathrine Riebnitzsky 
- Dans l'ombre d'Arnaldur Indridason 
- La Mort en Arabie de Thorkild Hensen
- Les Contes d'Andersen
- Nuit de printemps de Tarjei Vesaas
- Les Invisibles de Roy Jacobsen
- En Sacrifice à Moloch de Asa Larsson
- Horreur Boréale de Asa larsson
- Le Sang versé de Asa Larsson 
- Ör de Aurdur Ava Olafsdottir
- Le Prodige de Ray Jacobsen
- Peer-la-chance d'Andersen 
- Un ennemi du peuple d'Ibsen 
- Le Banni de Selma Lagerlö

     * Emma, blog Emma et son petit monde
- Le Pacte de Lars Kepler
- L'Heure trouble de Johann Thorin
- Profanation de Jussi Adler Olsen 
- Roseanne de M. Sjöwall et P. Wahlöö 

     * Cléanthe, blog Dans la bibliothèque de Cléanthe
- Une Histoire de corde de Veijo Meri 

   * Eva, Patrice et Goran du blog Evabouquine 

dimanche 9 novembre 2014

Rentrée littéraire 2014 - Ces instants-là de Herbjorg Wassmo


Toute nouvelle parution de la grande écrivaine norvégienne Herbjorg Wassmo annonce toujours un grand moment de bonheur pour moi. Depuis la lecture de la grande saga qui commence avec la trilogie du Livre de Dina, je me précipite sur chaque nouveau volume comme j'irais chez une vieille amie, le sourire aux lèvres.
L'écrivaine, fille de l'heure bleue et des aurores boréales, habite toujours à Hinnoya, une île à proximité du cercle polaire. Après l'excellent Cent ans qui nous contait histoire d'une dynastie de femmes du grand nord sur trois générations,  elle nous livre ici un ouvrage  qui s'arrête sur une seule femme. Ce roman m'a semblé le plus autobiographique de l'ensemble de l’œuvre. Certains points communs avec la vie de la romancière s'avèrent presque troublants.

Source de la photo ici
Contrairement à ses autres romans qui proposent en général une narration plutôt chronologique, l'écrivaine a composé avec Ces instants-là l'itinéraire d'une quête sous la forme d'une mosaïque. Chaque chapitre s'arrête sur un instant qui va compter dans la vie de l'héroïne et qui, quelque part, mène à ce qui sera le résultat de cet assemblage hétéroclite qui compose une vie : devenir écrivain. Deux références me viennent à l'esprit, Proust et sa Recherche pour la quête, Sylvie Germain et ses Petites scènes capitales qui trament le parcours de Lili.
L'héroïne, c'est "elle" dont on ne découvrira le prénom que tardivement, dans la bouche des autres, de ceux qui l'appellent. Le roman s'ouvre alors qu'elle fait sa rentrée au collège. Elle vit dans un lieu où les tourbières et les eaux du lac rendent le monde irréel. Son père, en revanche, est réel et lui fait du mal. Il sera présent tout au long de cette histoire comme celui qu'on méprise et qui, en quelque sorte, incarne la détestation.
"Son père fait toujours obstacle au monde. Aux gens qu'elle rencontre. Aux événements. Son père est une ombre qu'elle essaie toujours de gommer, mais ça ne marche pas. Elle sait bien que ça ne marche pas. Il a le pouvoir d'envahir ses rêves tant et si bien qu'elle se retrouve tout à coup debout au milieu de la pièce dans la nuit noire. Il diffuse au travers de toute chose une répulsion fétide. Même à l'église, son ombre est présente dans les moindres recoins." 
Divisé en trois parties, le roman commence avec l'enfance et l'école, continue avec les études, le mariage et les enfants (elle en aura deux). La troisième partie commence sur une île et correspond à la vie du personnage principal devenu écrivain. Dans ce découpage de la vie, des instantanés qui s'arrêtent sur des moments caractérisés par leur titre : "Aller en visite en Suède", "A la fenêtre de la honte", "Le prix de l'instruction", "Rêve d'un espace à soi" (on pense ici à V. Woolf...), "Cours d'anglais" auquel je décerne une mention spéciale à cause de ce passage tellement évocateur (elle est alors devenue institutrice et va continuer des études de lettres) :
Et elle s'entend dire qu'il n'y aura pas d'interrogation de vocabulaire, parce qu'elle a oublié de la préparer, et parce qu'elle a le sentiment que la journée est trop palpitante pour une interrogation de vocabulaire. Leurs visages s'ouvrent comme s'ils étaient exposés à un soleil inopiné. (...)
Elle commence à leur parler, pas en anglais, mais en norvégien. De pensées. De curieux petits instants dont on se souvient simplement, longtemps, même s'ils n'étaient pas grandioses. (...) Et de tout l'intempestif qu'on croit ne pouvoir partager avec personne.

http://delivrer-des-livres.fr/challenge-rentree-litteraire-2014/
Ces "petits instants" sont ceux qui tissent la trame de ce roman composite. Celle qui les vit, "elle", peut être l'héroïne ou une autre. Je ne la distingue pas très bien en sortant de cette lecture, elle est une femme mais aussi toutes les autres, faite de leurs peurs, de ces "curieux petits instants" liés à la maternité, au travail à la vie commune avec un homme. C'est peut-être bien ce qui fait la force de cette histoire à la fois unique et universelle. 
L'avis de Nadael qui a aimé aussi.


Merci à PM pour cet envoi !


vendredi 18 mars 2011

Cent ans d'Herjborg Wassmo

Vous devez être nombreux à connaître la romancière norvégienne H. Wassmo (photographie ci-contre) grâce à sa trilogie Le livre de Dina. Cette saga follement H. Wassmoromanesque, pleine de bruit et de fureur amoureuse, ne peut que faire aimer la Norvège et ses écrivains ! D'ailleurs, pour ceux qui n'ont pas encore goûté aux aventures de Dina, foncez acheter le premier tome. J'ai dévoré il y maintenant une dizaine d'années cette première trilogie, puis sa suite en deux tomes, Fils de la Providence et enfin le premier tome de la trilogie qui suit, L'héritage de Karna. Il me reste donc deux livres au menu… La trilogie de Tora, la plus ancienne, lue à la même époque, m'a bouleversée. Alors, lorsque Blog-O-Book, associé avec les éditions Gaïa, a proposé la lecture de Cent ans, le dernier ouvrage de l'écrivaine, vous imaginez mon enthousiasme… qui bien sûr ne fut pas déçu ! 

Le récit
Cent ansEncore une fois, la romancière nous emporte au nord de la Norvège, près de Tromsø, dans cette zone septentrionale où les extrêmes climatiques ont forgé des hommes et des femmes rudes et passionnés. Cent ans. Le titre, fait référence à la durée qui sépare trois générations de femmes : Sara Susanne, Elida et Hjørdis. La fresque s'étend de la fin du dix-neuvième siècle à aujourd'hui et se divise en six cahiers. Le premier cahier s'ouvre sur la honte. Celle d'une petite fille qui nous fait part de sa quête. “Dans ce livre je suis à la recherche de mes aïeules et de leurs époux. Mais c'est une grande famille qui ne demande qu'à être découverte. Certains restent cachés, ou bien laissés dans l'ombre. Lui demande plus de labeur que les autres. Il écrase tout, il n'apporte que le chaos et l'obscurité. (…) Il a le pouvoir de détruire la moindre fragile petite joie ou pensée positive. Ce n'est qu'après sa mort que je peux entreprendre la tâche essentielle, celle d'essayer de le considérer comme un être humain. Non pas pour lui pardonner, mais pour sauver mon âme.” 

Mon avis
On la suit cette enfant, et l'on part pour plus de cinq cents pages. On referme le livre sans l'avoir vu passer, en ayant envie de se replonger  immédiatement dans la trilogie de Dina. D'autant que l'on retrouve certains des personnages des fresques précédentes. Benjamin, devenu médecin, accouche Sara Susanne… et va lui faire des confidences que je me garde bien de vous révéler… On retrouve les thèmes chers à la romancière : les rapports hommes-femmes, la violence faite aux enfants, la vie rêvée face à la réalité. Encore une fois, l'ensemble baigne dans la fureur du grand nord, avec peut-être moins de flamboyance que dans le Livre de Dina, mais avec plus de profondeur. La romancière s'y livre, je pense, plus que dans tous ses autres romans. De plus, elle alterne avec brio les aventures de ces femmes, au gré des cahiers, tenant le lecteur en haleine d'un chapitre à l'autre. L'écrivaine maîtrise aujourd'hui son art narratif… Le lecteur ne peut qu'être captif… et admiratif !
Un très grand merci aux éditions Gaïa et à tout l'équipe de Blog-O-Book. J'en profite ici pour vous conseiller l'excellent dossier du Magazine littéraire du mois de mars consacré aux littératures nordiques. Bon dimanche à tous.