Proust hésita longtemps sur le
titre à donner à son œuvre, à l’ensemble de La
Recherche mais aussi à ce premier volume sans cesse remanié, des brouillons
à la dactylographie en passant par les ajouts aux épreuves. Du côté de chez Swann, publié chez
Grasset en novembre 1913, puis chez Gallimard en juin 1919, aurait pu s’appeler
Jardins dans une tasse de thé (j'aime !) ou Le Printemps. Le manuscrit, refusé par
Gide pour la NRF (cela restera son regret le plus cuisant), sera édité à compte
d’auteur avant de connaître la renommée que l’on sait.
Divisé en trois livres, ce
premier volume présente un côté hétérogène lié à l’intégration d’une histoire
d’amour au milieu d’un récit pris en charge par le narrateur. Ce récit s’ouvre par une première partie,
« Combray », où apparaissent une partie de ces « moments
privilégiés » au centre de l’œuvre proustienne, mais aussi les
principaux acteurs de La Recherche :
le héros, sa famille, Françoise, Swann, la fameuse tante Léonie, Bergotte et le
clan des Verdurin...
« Longtemps, je me suis
couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se
fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je
m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de
chercher le sommeil m’éveillait (…) ».
C’est le récit d’une enfance,
celle du narrateur qui se souvient des douces heures du sommeil, de la lecture
et des promenades chez sa grand-tante. On y retrouve les grandes scènes de
notre patrimoine littéraire : la scène du coucher, la scène de la
madeleine, les séances de lecture de François
le Champi de George Sand. Les yeux de l’enfance transforme l’ensemble en un
précieux livre d’images. Tout y est à la fois coloré et évanescent. Tout y est
plein de livres reliés d’or d’où s’échappent des lettres qui s’impriment dans
la mémoire. Tout y est anodin tout autant que fondamental. Ce monde premier se
clôt sur une « mise en fuite par ce pâle signe qu’avait tracé au-dessus
des rideaux le doigt levé du jour. ».
![]() |
| Combray, 2011 |
La deuxième partie « Un
amour de Swann » nous emporte dans un monde bien différent, celui du clan
des Verdurin. Commence un roman dans le récit, celui des amours de Swann pour
Odette, cocotte et demi-mondaine. Sur la petite sonate de Vinteuil qui
déclanche la mémoire involontaire, Swann se laisse emporter par une passion au
dessous de sa condition qui va pourtant le conduire à se laisser aller à une
jalousie maladive.
« Ainsi à peine la sensation
délicieuse que Swann avait ressentie était-elle expirée, que sa mémoire lui en
avait fourni séance tenante une transcription sommaire et provisoire, mais sur
laquelle il avait jeté les yeux tandis que le morceau continuait, si bien que,
quand la même impression était tout d’un coup revenue, elle n’était déjà plus insaisissable. »
Lors de cette relecture, j’ai été
totalement fascinée par la troisième partie qui, après une rêverie sur les noms de pays, voit le héros déchiré par son amour pour Gilberte, la fille de Swann. Celle-ci, retrouvée aux Champs-Élysées, devient le centre de la pensée du narrateur. L'ouvrage se clôt sur un portrait de la Belle Époque au travers de la description des toilettes des femmes qui se promènent au bois. J'ai déjà entamé A l'ombre des jeunes filles en fleurs et espère vous donner des nouvelles de ce deuxième volume qui, dans la foulée du premier, prend une toute autre saveur...




