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mercredi 20 mai 2015

Du côté de chez Swann de Marcel Proust

     
     Proust hésita longtemps sur le titre à donner à son œuvre, à l’ensemble de La Recherche mais aussi à ce premier volume sans cesse remanié, des brouillons à la dactylographie en passant par les ajouts aux épreuves. Du côté de chez Swann, publié chez Grasset en novembre 1913, puis chez Gallimard en juin 1919, aurait pu s’appeler Jardins dans une tasse de thé (j'aime !) ou Le Printemps. Le manuscrit, refusé par Gide pour la NRF (cela restera son regret le plus cuisant), sera édité à compte d’auteur avant de connaître la renommée que l’on sait.
   Divisé en trois livres, ce premier volume présente un côté hétérogène lié à l’intégration d’une histoire d’amour au milieu d’un récit pris en charge par le narrateur. Ce récit s’ouvre par une première partie, « Combray », où apparaissent une partie de ces « moments privilégiés » au centre de l’œuvre proustienne, mais aussi les principaux acteurs de La Recherche : le héros, sa famille, Françoise, Swann, la fameuse tante Léonie, Bergotte et le clan des Verdurin... 

   « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait (…) ».
   C’est le récit d’une enfance, celle du narrateur qui se souvient des douces heures du sommeil, de la lecture et des promenades chez sa grand-tante. On y retrouve les grandes scènes de notre patrimoine littéraire : la scène du coucher, la scène de la madeleine, les séances de lecture de François le Champi de George Sand. Les yeux de l’enfance transforme l’ensemble en un précieux livre d’images. Tout y est à la fois coloré et évanescent. Tout y est plein de livres reliés d’or d’où s’échappent des lettres qui s’impriment dans la mémoire. Tout y est anodin tout autant que fondamental. Ce monde premier se clôt sur une « mise en fuite par ce pâle signe qu’avait tracé au-dessus des rideaux le doigt levé du jour. ».

Combray, 2011
    La deuxième partie « Un amour de Swann » nous emporte dans un monde bien différent, celui du clan des Verdurin. Commence un roman dans le récit, celui des amours de Swann pour Odette, cocotte et demi-mondaine. Sur la petite sonate de Vinteuil qui déclanche la mémoire involontaire, Swann se laisse emporter par une passion au dessous de sa condition qui va pourtant le conduire à se laisser aller à une jalousie maladive.

« Ainsi à peine la sensation délicieuse que Swann avait ressentie était-elle expirée, que sa mémoire lui en avait fourni séance tenante une transcription sommaire et provisoire, mais sur laquelle il avait jeté les yeux tandis que le morceau continuait, si bien que, quand la même impression était tout d’un coup revenue, elle n’était déjà plus insaisissable. »
   Lors de cette relecture, j’ai été totalement fascinée par la troisième partie qui, après une rêverie sur les noms de pays, voit le héros déchiré par son amour pour Gilberte, la fille de Swann. Celle-ci, retrouvée aux Champs-Élysées, devient le centre de la pensée du narrateur. L'ouvrage se clôt sur un portrait de la Belle Époque au travers de la description des toilettes des femmes qui se promènent au bois. J'ai déjà entamé A l'ombre des jeunes filles en fleurs et espère vous donner des nouvelles de ce deuxième volume qui, dans la foulée du premier, prend une toute autre saveur...

jeudi 4 août 2011

Plumes et tableaux (3) - Flânerie proustienne (3)

Eugène Boudin - Nuages blanc ciel bleu (vers 1854)


" Il y a dans les nuages ce soir des violets et des bleus bien beaux, n'est pas, mon compagnon, dit-il à mon père, un bleu surtout plus floral qu'aérien, un bleu de cinéraire, qui surprend dans le ciel. Et ce petit nuage rose n'a-t-il pas aussi un teint de fleur, d'oeillet et d'hydrangea ? Il n'y a guère que dans la Manche, entre Normandie et Bretagne, que j'ai pu faire de plus riches observations sur cette sorte de règne végétal de l'atmosphère. La-bas près de Balbec, près de ces lieux si sauvages, il y a une petite baie d'une douceur charmante où le coucher de soleil du pays d'Auge, le coucher de soleil rouge et or que je suis loin de dédaigner, d'ailleurs, est sans caractère, insignifiant ; mais dans cette atmosphère humide et douce s'épanouissent le soir en quelques instants de ces bouquets célestes, bleus et roses, qui sont incomparables et qui mettent souvent des heures à se faner."

Eugène Boudin - Nuages (étude-1890)

mardi 2 août 2011

Flânerie proustienne (2) - Lire sous un marronier

Entrée côté jardin de la maison de tante Léonie (juillet 2011)
" (...) l'intérêt de la lecture, magique comme un profond sommeil, avait donné le change à mes oreilles hallucinées et effacé la cloche d'or sur la surface azurée du silence. Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j'y avais remplacés par une vie d'aventures et d'aspirations étranges ausein d'un pays arrosé d'eaux vives, vous m'évoquez encore cette vie quand je pense à vous et vous la contenez en effet pour l'avoir peu à peu contournée et enclose - tandis que je progressais dans ma lecture et que tombait la chaleur du jour - dans le cristal successif, lentement changeant et traversé de feuillages, de vous heures silencieuses, sonores, odorantes et limpides."

samedi 30 juillet 2011

Flânerie proustienne (1) - Le clocher de Combray

Clocher d'Illiers-Combray (juillet 2011)
" Combray, de loin, à dix lieues à la ronde, vu du chemin de fer quand nous y arrivions la dernière semaine avant Pâques, ce n'était qu'une église résumant la ville, la représentant, parlant d'elle et pour elle aux lointains, et, quand on approchait, tenant serrés autour de sa haute mante sombre, en plein champ, contre le vent, comme une pastoure ses brebis, les dos laineux et gris des maisons rassemblées qu'un reste de remparts du Moyen Âge cernait ça et là d'un trait aussi parfaitement circulaire qu'une petite ville dans un tableau de primitif."


 Alors que je viens de terminer Du côté de chez Swann ainsi qu'un excellent dossier du magazine littéraire consacré à cet auteur (numéro 246 d'octobre 1987), il est temps de commencer à vous faire profiter de ma promenade chez Tante Léonie...