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mercredi 5 septembre 2012

Barbe bleue d'Amélie Nothomb


Billet expresso - stop - dernier roman d'Amélie Nothomb lu - stop - réécriture de conte - stop - toujours aussi court - stop - toujours aussi vite digéré - stop - top modernité - stop - phrases courtes - stop - histoire de coloc - stop - héroïne belge - stop - femmes de Barbe bleue congelées - stop - 50 % de dialogues - stop - un peu de mythologie pour assaisonner le tout - stop - ponctuation parfois hasardeuse - stop - mais que font les relecteurs ? - stop - j'ai encore faim ! - stop - l'an prochain, je change de menu - STOP !

jeudi 11 août 2011

Un délicieux naufrage de Frank De Bondt


Voilà un livre que j'ai dévoré tardivement mais d'une seule bouchée... La couverture sied assez bien au contenu, il aurait pu faire un bon livre de plage, si la température avait dépassé un peu plus souvent les quinze degrés, et si il avait plu moins souvent...
Le roman s'ouvre alors qu'un certain Philippe Langon, dont nous allons suivre le triste naufrage, se trouve à cet âge incertain du milieu de la cinquantaine. Ce professeur des universités bien installé et quelconque vient de se remettre à fumer. Il est à l'âge "des derniers espoirs pour ceux qui n'ont pas raté leur parcours". Marié depuis trente ans, il s'ennuie avec une femme  dont le "camp était celui du bon sens et de la tradition, ce qui, quoi qu'on dise, lui laissait une certaine marge de manoeuvre au moment de s'emparer du bulletin qu'elle glisserait dans l'urne". Lui est expansif et bavard, et il défend avec conviction le livre qu'il a publié et qui lui a assuré une renommée bienvenue, assortie d'avantages divers autant que variés. C'est dans ce contexte tout ce qu'il y a de plus classique que Philippe Langon rencontre Lena, une jeune femme de vingt ans de moins que lui.
Jusque là, pas de quoi en faire un énième roman me direz-vous... Mais si mais si ! Car le plus de ce livre réside dans le ton employé. Tout l'intérêt de l'histoire de ce pauvre homme (car il finit par passer pour un être vraiment pitoyable) c'est le ton qui se calque sur l'idéologie de ce professeur. Enseignant en droit, il prône une idéologie libérale à tendance "dure", s'incarnant dans un cynisme mâtiné de théories économiques d'actualité. Au fur et à mesure que sa vie prend une nouvelle tournure, cette tendance s'affirme au point qu'il devient presque un chantre de l'extrême-droite. J'ai trouvé assez intéressant cette description d'un personnage qui, en croyant réussir, se "lâche" et se montre tel qu'il est vraiment : ici, un parfait salaud. J'ai vraiment aimé cette parfaite symbiose entre le parcours de l'homme et sa vision du monde, s'incarnant dans un discours qui se radicalise au fur et à mesure de la montée vers un sentiment de réussite. La chute n'en sera que plus rude... et c'est elle qui rendra le personnage plus attachant.

Ma citation préférée :
"Un livre, c'est comme un préservatif, cela peut toujours servir. Et mieux vaut ne pas être pris au dépourvu, mais aussi ne pas le sortir trop vite de son étui."

Avis partagés pour ce livre ! Petite fleur n'est pas convaincue Laeti non plus. Plume a apprécié, et Canel est enthousiaste comme moi...
Merci à Newsbook et aux éditions Buchet/Chastel pour cette lecture

samedi 19 mars 2011

Une forme de vie d'Amélie Nothomb

Dans son dernier roman, Amélie Nothomb se met en scène, et l'on sait combien elle excelle à pratiquer cet exercice.  Elle nous propose ici un récit à la frontière entre le roman, l'autofiction Une forme de vieet le roman épistolaire. Tout commence le 18 décembre 2008, date à laquelle elle reçoit une lettre envoyée par un militaire basé en Irak, un certain Melvin Mapple. S'ensuit un échange épistolaire : “J'écarquillai les yeux. Ce type avait lu tous mes livres et établissait un lien de cause à effet entre cette donnée et le fait qu'il m'écrive. Cela me plongea dans un abîme de réflexion. J'essayai de comprendre en quoi mes romans avaient pu inciter ce soldat à s'adresser à moi.
D'autre part, j'étais ce personnage ridiculement ravi : l'auteur qui découvre que quelqu'un a tout lu de lui. Que ce quelqu'un fût un 2e classe de l'armée américaine me combla encore davantage. Cela me donna l'impression d'être un écrivain universel. J'éprouvai une grotesque bouffée d'orgueil. (…)”
L'échange se poursuit et l'écrivaine en vient à découvrir que le soldat est obèse : “100 kilos, c'est une personne énorme. Je me suis enrichi d'une personne énorme depuis que je suis à Bagdad. Puisqu'elle m'est venue ici, je l'appelle Schéhérazade. (…)” 
Ce surplus de graisses se transforme alors pour A. Nothomb en figuration de la progression de l'armée américaine, dans un passage assez jubilatoire que je vous laisse bien sûr découvrir… Dans ses bons crus, l'écrivaine manie fort bien les situations loufoques. Ici, j'ai particulièrement goûté la situation absurde imaginée par la romancière, cet obèse envoyé en première ligne, qui sert de bouclier humain parce qu'il cache deux hommes au lieu d'un… Autant dire que l'imagerie guerrière gonflée à la testostérone en prend pour son grade : “Quand même, je suis assez fier de ma dernière victoire : je n'entre plus dans les tanks. La porte est trop étroite. Tant mieux, j'ai toujours eu horreur d'être dans ces machins qui rendent claustrophobe et où l'on est pas si protégé qu'on le croit.”

Amélie Nothomb

    Vous l'avez compris, j'ai apprécié la cuvée 2010 d'Amélie Nothomb. La dernière partie du récit, qui s'attarde sur l'importance de l'échange épistolaire dans sa vie est intéressante, et je vous conseille d'ailleurs d'écouter l'interview qu'elle a accordé à L'Express où elle s'exprime à ce sujet. Voilà un texte où l'ironie fait souvent mouche, comme dans cette sortie délectable : “Il est incontestable que quelques auteurs nuisent gravement à leur œuvre”. De plus, j'aime beaucoup la manière dont elle s'autoparodie. Et pour conclure, “Vous savez, j'ai beaucoup lu dans ma vie, j'ai, comme on dit, fréquenté pas mal d'auteurs, en lisant leurs œuvres complètes, et je peux vous l'assurer : c'est une idée à la Amélie Nothomb.”
Vous pouvez aussi consulter les avis de Mango et Cuné.