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mercredi 28 août 2013

Rentrée littéraire 2013 # 1 - Petites scènes capitales de Sylvie Germain


Comme je l'ai déjà évoqué ici, j'attendais avec une impatience non dissimulée le nouveau roman de Sylvie Germain. Tout d'abord parce qu'il s'agit de mon écrivaine préférée, mais aussi parce qu'elle revient ici à la fiction après une pause de quatre ans. En effet, après plusieurs essais, Le monde sans vous où elle évoquait, au travers d'un voyage dans le Transibérien la mort de ses parents et Rendez-vous nomades, elle a rédigé plusieurs ouvrages s'ouvrant franchement sur le religieux : trois en 2011, Quatre actes de présence, Chemin de croix et Octonaire (je n'ai pas lu les deux derniers). 
L'écrivaine revient donc ici à la fiction et elle nous propose l'histoire d'une vie, celle de Lili, née dans l'après-guerre, comme à la suite de Nuit-d'Ambre, l'enfant né après toutes les guerres. L'enfance de la petite fille est marquée par la perte de sa mère. Morte en mer ou disparue, le doute flotte sur cette disparition. Lili va donc être élevée par son père qui "un jour congédie leur solitude à deux" : il se remarie. L'enfant se voit donc affublée d'une nouvelle famille avec trois filles, Chantal, Christine et M. Joye, un garçon, Paul, et une belle-mère, Viviane. Tout se déroule assez bien jusqu'à ce qu'un terrible événement vienne introduire une rupture sans retour dans la vie de chacun. Je ne vous dévoile pas plus l'intrigue... qui explique un changement de rythme narratif. Le début du livre, assez lent, se déroule comme l'âge de latence, sans trop de vagues, simplement empli de ce qui fait les souvenirs d'enfance, la lumière d'un été ou la taille d'un arbre gigantesque pour les géants. Puis la rupture vient bouleverser la donne et accélérer le rythme de l'intrigue avant que le dernier tiers de l'ouvrage change encore une fois de cadence.


J'ai retrouvé dans ce roman tout ce qui fait que la prose narrative de Sylvie Germain est aujourd'hui, pour moi, l'une des plus riches du monde littéraire français (et oui, rien que ça !). Pour faire court, je vous propose trois thèmes récurrents qui la caractérisent au travers d'extraits :

1. Le goût des mots qui s'exprime au travers d'une prose poétique lumineuse : "Et puis, comment décrire le goût des mots-lumière qui l'ont traversé ? Il a senti leur saveur scintiller dans sa bouche, comme si chaque mot était un fruit odorant à la pulpe tendre, aigrelette, rafraîchissante, miellée, brûlante, ligneuse, acidulée, tiède, il est incapable de préciser." 

2. Une écriture des couleurs qui transforme la représentation du monde : "Elle aime les fleurs, elle peut rester des heures à contempler un bouquet. (...) Pour elle, les pétales des anémones sont des doigts ronds disposés en cercle autour d'une paume noire ou jaune, ceux des roses des paupières, ceux des iris, des langues bleues et mauves d'avoir léché le ciel, et les boutons-d'or sont de petites oreilles à l'écoute du soleil." 

3. Une appétence à la vie qui fait que chaque roman est un parcours initiatique vers une forme de délivrance :
"Le goût du sucre à demi-fondu, gorgé de chaleur, d'amertume et de vagues parfums de feuilles et d'écorce - juste cela, cette saveur dans la bouche, la fine brûlure dans la gorge, la sensation toute simple, très nue, très forte, d'être en vie. En vie. (Il ne s'agit pas de la fin du roman...).

Nous avons donc ici un roman qui se place dans la lignée de L'Enfant Méduse et de la Chanson des mal-aimants. Il propose un parcours sur lequel se trouvent placées des "scènes capitales". Celles-ci peuvent être tissée sur la beauté pure, ou, à l'inverse, s'apparenter à une fulgurante violence. Chaque scène vient nourrir et ré-orienter la vie de Lili. Ces scènes sont souvent ce qui reste des lectures de Sylvie Germain qui sont de celles que l'on oublie pas, que ce soit la mort du cheval Escaut dans Le Livre des Nuits ou le tragique accident qui tranche la vie de Lili. L'écriture de la romancière, entre douce mélodie et motifs "forte" nous propose une musique vivace qui n'a pas fini de nous émerveiller...

Je m'en vais d'ailleurs écouter maintenant l'écrivaine puisque Albin Michel nous propose toute une page sur son nouveau roman, avec des vidéos. Si vous voulez en profiter aussi, c'est ICI.

samedi 30 avril 2011

Sylvie Germain sur France Culture

Hier soir, Sylvie Germain était l'invitée du Rendez-Vous de Laurent Goumarre sur France Culture, à propos de son dernier ouvrage, Un monde sans vous.
Pour ceux qui veulent écouter l'émission, c'est ici... Bon voyage...


Un grand merci à Moustafette pour l'info !

lundi 11 avril 2011

Un monde sans vous de Sylvie Germain

"La terre est muette. Muette du lever au coucher du jour, de la tombée du soir à la fin de la nuit. La terre est muette comme un désir frappé d'exil." Cette terre, c'est la taïga qui défile sous les yeux de la narratrice assise dans le Transsibérien. L'avancée du train qui grignote avec régularité ses 10 000 kilomètres accompagne le souvenir, celui de la mère. Ainsi va ce premier texte intitulé "Variations sibériennes". Au rythme des rails il égrène les souvenirs en même temps que les noms des gares aux consonances extrêmes : Tchernoziom, Novossibirsk, le lac Baïkal, Irkoutsk et Vladivostok bien sûr, qui signifie "le possesseur", "le Souverain de l'Est". Ces mots s'accompagnent d'une levée d'images, souvenirs pour la narratrice, lacs, bouleaux, neige et isbas pour le lecteur.

Le lac Baïkal


Ce texte, trait d'union entre la mort d'un être cher et le deuil, entre l'Est et l'Ouest, est également un magnifique hommage à la "terre qui dort", la Sibérie.
Le deuxième texte "Kaléidoscope ou notules en marge du père" est un hommage au père. Sous forme fragmentaire, il présente un kaléidoscope de souvenirs et d'impressions dans une écriture qui se veut "chambre claire". Celui qui fut un "passeur" (elle lui doit sa passion pour les arts), se manifeste sous forme de songes ou au détour de la contemplation d'un tableau. Dans une prose fortement tintée de poésie et d'émotions, encore une fois, Sylvie Germain nous enchante en plus, ici, de nous faire voyager...


 L'avis de Clara et un article du Nouvel Obs Livres à propos de ce livre, avec une interview de Sylvie Germain.





mercredi 6 avril 2011

A la découverte de... Sylvie Germain


  Sylvie Germain, romancière et essayiste contemporaine, fait partie des auteurs qui resteront. Son œuvre se compose aujourd’hui d’une trentaine d’ouvrages, de l’essai spirituel au roman, en passant par la biographie (Etty Hillesum) ou l’essai esthétique (Ateliers de lumière). Son premier roman, Le Livre des Nuits, paru en 1985, fut accueilli avec enthousiasme par la critique, et récompensé par six prix littéraires. Geste familiale qui nous conte les aventures du patriarche Péniel, il se poursuivra avec Nuit-d’Ambre, constituant un diptyque de sept cents pages aux flamboyances baroques.
Philosophe de formation, la romancière s’inspire de la pensée de Levinas qui fut son professeur et dont elle évoque souvent la dette dans ses interviews. Dans sa thèse, intitulée Perspective du visage : Trans-gression, Dé-cration, Trans-figuration, les thèmes du mal, du visage, de l’éthique et de la spiritualité se trouvent déjà présents. Divisée en « stèles », la nuit occupe une place importante dans ce travail, comme dans la saga Péniel. Sa pensée se nourrit aussi de Simone Weil et de nombreux écrivains omniprésents dans ses écrits. Elle cite souvent Dostoïevski dont la phrase tirée des Frères Karamazov « Si Dieu n’existe pas, tout est-il permis à l’homme ? » a déterminé de son orientation en philosophie, alors qu’elle se destinait à l’origine à des études artistiques. 
   Sylvie Germain bâtit une œuvre où elle interroge la question du religieux, sa place dans une société sans dieux. Elle cite également souvent la Bible comme source d’inspiration, avec Bernanos, les mythes, les contes. L’ensemble de sa création romanesque part d’une image, celle de la lutte de Jacob avec l’ange :
« L’image qui m’obsédait, à travers l’histoire de l’art, c’était la lutte de Jacob avec l’ange. C’est l’image ultime de tout individu, la figure que l’on va donner à une force  qui nous dépasse  et qui nous appelle à nous dépasser nous-mêmes. » (Alain Nicolas, Sylvie Germain et les anges, L’humanité, 18 octobre 1996).

Delacroix - Lutte de Jacob avec l'ange

   L'oeuvre se tisse ensuite autour du problème du mal fondamental, symbolisé par le cri primordial. La question se couple avec le problème lancinant pour la romancière du silence de Dieu face aux douleurs humaines. Le mal s’incarne dès l’ouverture de la première fresque par le cri, on le trouve à l’orée de l’œuvre romanesque, avec celui que pousse la mère d’un enfant mort. Sylvie Germain reprend l’ancien débat lié à la souffrance des innocents couplée au silence de Dieu. Ainsi, Le Livre des nuits interroge le mal lié aux guerres, Jours de colère analyse les effets d’un meurtre causé par le désespoir d’un amour contrarié. Dans L’Enfant Méduse, ce sont les conséquences d’un inceste qui amènent Lucie à se transformer en Méduse au regard pétrifiant, face au frère incestueux. La Pleurante des rues de Prague, récit capital marquant un tournant de l’œuvre, prend en charge la douleur humaine et les effets du mal. La Shoah hante ce récit. Le génocide des juifs prend alors une place central et on le retrouve dans Magnus où le père adoptif est un directeur de camp, ou dans Tobie des marais où Déborah est une rescapée. Il est déjà à la source de la perte de la femme préférée de Nuit-d’Or, dans Le livre des Nuits (Ruth). A partir de Tobie des marais, réécriture du mythe biblique du livre de Tobit, la quête spirituelle devient omniprésente.


   Dans ces romans se côtoient réalisme et merveilleux du conte. Les destinées individuelles se frottent à l’Histoire, ce « fauve » qui broie les personnages et invite des dieux sauvages à des carnages autorisés. La romancière en tire des images sanglantes et marquantes, comme cette scène du lavoir, dans Le livre des Nuits où des hommes assassinés baignent dans l’eau, et tachent les draps de leur sang. Mais la romancière propose avant tout des ouvrages infusés de poésie, elle pour qui, "Ecrire, c'est descendre dans la fosse du souffleur pour apprendre à écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots, autour des mots, parfois au coeur des mots." (Magnus)


mardi 5 avril 2011

L’Enfant Méduse de Sylvie Germain

C’est une métaphore cosmogonique qui ouvre ce quatrième ouvrage de Sylvie Germain : « Une nuit insolite, impromptue, vient de surgir au cœur du jour. La lune, qui un instant avant se tenait invisible, a jailli en plein ciel, toute de noir, de hâte et de puissance armée. La lune a rompu ses amarres nocturnes, elle s’est lancée à contre-courant des vastes remous de nuages pourpres et bleuté sombre qui frangent d’ordinaire le seuil de son apparition. Elle a brisé l’ordre du temps, renié toute mesure et toute loi. La lune est couleur d’encre, couleur de guerre et de folie, - elle monte à l’assaut du soleil. »


 Cette éclipse, planétaire, sera suivie par celle d’une enfance. Le loup céleste qui vient de dévorer la lumière n’est autre que Ferdinand, ce frère aimé qui va s’attaquer à la petite Lucie Daubigné, sa sœur de huit ans. Ce Ferdinand a lui même vu son enfance s’éteindre alors qu’il était âgé de cinq ans, à la mort de son père. Il sera élevé par une mère en deuil, qui considère cet enfant comme un pâle reflet de l’amour disparu dans les fracas de la guerre un beau jour de mai 40, en terre ardennaise. « Il a grandi, seul, sous ce regard étincelant qui tout à la fois mendiait et exigeait de lui une absolue ressemblance avec l’époux mort à la guerre. ».
   Alors que s’ouvre le récit, la petite Lucie admire encore les métamorphoses du ciel avec son ami d’enfance, Louis-Félix Ancelot, petit « prince des étoiles » qui veut devenir astronome. Mais dans ce village paisible caché près des marais sommeille un ogre qui commence par dévorer deux petites filles, Anne-Lise Limbourg et Irène Vassalle. 

Taddeo Gaddi - L'annonciation aux bergers (1328-30)

   « Le monde est une fable et la vie un grand livre d’images ; images bariolées, sonores et odorantes, images en mouvement qui dansent ou qui frappent. » L’album de la petite Lucie, suite à l’agression, va se remplir de vilains crapauds pustuleux. La mort de l’agresseur de suffira pas à changer ce nouveau regard haineux qu’elle porte sur le monde. 
Le roman nous conte le trajet de la vie de Lucie, de l’enfance à l’âge adulte. Les épigraphes qui jalonnent le livre accompagnent le trajet de l’héroïne. Ce roman est né d’une histoire vraie. Elle fut racontée à Sylvie Germain alors qu’elle travaillait à Prague, par une collègue de travail. La romancière, fortement marquée par cette histoire transgénérationnelle qui lui fut confiée, en a tiré ce très beau récit que je ne peux que vous conseiller...

jeudi 24 mars 2011

Plumes et tableaux (1) - Lyrisme astral

"Puis sont venus les matins de printemps, avec un goût de sucre et de fraîcheur sur les lèvres des deux enfants devenus tout à fait babillards. Lucie, dont l'unique lecture était celles des contes et des légendes, saoulait son compagnon d'histoires invraisemblables peuplées de fées, de loups, de feux follets pleins de malice, de sylphes et de fantômes. Louis-Félix donnait libre cours à son lyrisme astral. L'imaginaire de l'une coloriait et avivait les connaissances de l'autre ; les fades et les sorciers transhumaient de la terre vers le ciel, allaient à la rencontre des divinités échouées sur les lointaines planètes."  
Sylvie Germain, L'Enfant Méduse
Illustration de July Tistory

dimanche 20 mars 2011

Patinir. Paysage avec Saint Christophe de Sylvie Germain

J'attendais de lire cet ouvrage avec impatience… Tout d'abord, c'est LE dernier Sylvie Germain (enfin, un autre essai doit être publié bientôt).S. Germain, Patinir Ensuite, j'aime bien la démarche de cette nouvelle collection que je vous invite à découvrir. Il s'agit d'une publication des éditions Invenit, et la collection s'intitule Ekphrasis. Elle propose à des auteurs plus ou moins connus d'écrire à partir d'un tableau choisi dans chacun des musées du Nord-Pas-de-Calais.
Dans ce cadre, Sylvie Germain nous propose de partir à la découverte d'un peintre méconnu, Patinir, contemporain de Jérôme Bosch, entré à la guilde d'Anvers au milieu du XVIe siècle. “On le dit né entre 1475 et 1485, dans la cité de Dinant établie dans la vallée de la Haute-Meuse, à moins que ce ne soit dans le village de Bouvignes, situé plus près. (…) Il a peint avec du silence, avec la transparence de l'air, avec la luminosité de l'espace, et avec l'âme du Bleu même.”
Joachim Patinir
Considéré comme le premier grand paysagiste des anciens Pays-Bas, il se lia avec Dürer. Initiateur du paysage panoramique, il propose des tableaux où se mélangent ses souvenirs de Flandre et de la Meuse avec des reliefs fantastiques. L'eau prédomine, ainsi que les dégradés de verts et de bleus, comme dans cette magnifique Traversée du Styx.
Patinir - Traversée du Styx
En trois temps, un peu, beaucoup, à la folie, Sylvie Germain tisse du texte autour de la toile intitulée Paysage avec saint Christophe. Une fois de plus, elle excelle à l'exercice de l'ekphrasis. “Dans le tableau du musée de Cassel, la tête de saint Christophe et l'Enfant juché sur son dos se détachent sur un fond outremer assailli par une déferlante de blanc laiteux. L'Enfant surnage autant qu'il vole, mi-poisson mi-oiseau, mi-fleur de corail mi-nuage rond orangé.”
Patinir - Paysage avec saint-Christophe
Un essai court et lumineux. En une trentaine de pages, il invite à fréquenter les musées, à écouter les couleurs… et à découvrir les autres opus proposés dans cette collection. Je vise en particulier Jérôme Bosch, La Tentation de saint Antoine par Michel Ménaché. À suivre..

Quatre actes de présence de Sylvie Gemain




Cet essai de Sylvie Germain se compose d'une série de textes pour certains publiés dans des revues, ou issus de conférences données par la romancière. L'ouvrage, préfacé par Marc Leboucher, se divise en 4 actes : acte de présence, acte de silence, acte de paradoxe et acte de mémoire.
“A sa manière, parmi les multiples entrées, ce nouveau livre invite à questionner un paradoxe : notre monde aurait-il quelque mauvaise conscience, quelque problème avec la mémoire et l'absence ?”
Depuis Hors champs, le thème de l'effacement est à l'œuvre dans l'écriture de Sylvie Germain. Dans le cadre d'un essai, elle peut y réfléchir à loisir. Toutefois, ce livre, à forte connotation spirituelle, peut gêner les athées qui ne se reconnaîtront pas dans les réponses (ou les questions) posées par l'écrivaine. Pourtant, il a le grand mérite d'inviter à des questionnements peu présents dans l'inflation de divertissements de nos sociétés modernes. Ainsi, le premier acte se demande s'il existe une “vraie” vie avant la mort. Le deuxième pose la question des réponses à apporter, pour ceux qui en sont les victimes, à la souffrance et au malheur. Autrement, dit, elle interroge la légitimité de la violence.
   Si je n'apporte pas les mêmes réponses aux questions de Sylvie Germain, nous avons quelques interrogations communes, interrogations somme toute assez universelles… Chaque lecteur se questionnant sur un éventuel acte de “présence” au monde,  sur l'usage de la violence, entre autres, croyant ou pas, pourra à mon sens puiser dans cet ouvrage de quoi alimenter sa réflexion… et c'est déjà beaucoup… En revanche, j'avoue que la fin, très centrée sur le “retrait divin” et les questions religieuses, m'a peu intéressée, et que j'ai arrêté là ma lecture…

Céphalophores de Sylvie Germain

Un céphalophore, en botanique, est une plante qui porte une fleur en forme de tête. L'étymologie vient du grec “tête, qui porte”. Pour Céphalophores de S. GermainSylvie Germain, les céphalophores sont tous « ceux et celles que l'amour a saisis, et qui s'en vont transis par la pensée de l'autre, ardés par le regard de l'autre (ils), marchent ainsi en somnambules. Ils ont la tête ailleurs comme on dit. Leur front est resté lové dans la chaleur et dans l'odeur du cou de l'autre, appuyé contre son épaule. Ils, elles, portent leur tête en offrande à l'aimée, à l'élu, à moins que ce ne soit la tête de l'autre qu'ils, elles, portent ainsi en très secrète et tendre procession. »
Salomé - Gustave Moreau

Il sera donc question d'amour et de têtes… souvent perdues dans cet essai où Sylvie Germain nous propose sa galerie de céphalophores en cinq chapitres. Dans “Le Seigneur des ombres”, Hamlet ouvre le bal des fantômes. “L'Enchanteur à la lyre” voit Orphée prendre la suite et chanter pour nous, encore une fois, son amour pour Eurydice. Le troisième chapitre, “Les témoins avant-coureurs”,  revient sur l'histoire de David et Goliath, sur la belle Salomé « la si gracieuse et cruelle » et sur Denys l'Aéropagite, disciple de St Paul, « son éveilleur ». Suivent un chapitre sur “Le Maître du visage” (le Christ), et le dernier sur Rodolphe de Habsbourg.

Gustave Moreau - OrphéeMon avis
Si je goûte assez peu les deux derniers chapitres de ce livre, très fortement tintés de spiritualité chrétienne, je me régale toujours de la lecture des trois premiers. Le deuxième, où Sylvie Germain revient sur le mythe d'Orphée qui hante toute son oeuvre, se lit avec bonheur. Elle reprend le mythe et l'intègre dans sa galerie des céphalophores. Les Céphalophores, ceux que l'on suit parce qu'ils nous tracent une route, un chemin que l'on ne peut qu'avoir envie d'emprunter à leur suite. Mais j'apprécie surtout cet essai pour la qualité de l'écriture, infusée de poésie et de fantaisie. On y retrouve les thèmes et les personnages chers à l'écrivaine. Ses questionnements éthiques et spirituels trouvent ici leur incarnation, aux travers de ces figures mythiques et/ou historiques. Sylvie Germain tisse, dans cet opus, de nouvelles trouées d'insolite, en mettant en scène des personnages à la hauteur de la démesure de son monde imaginaire. 

Extrait
“La Lyre stellaire qui brille au ciel fait donc tout à la fois mémoire d'une beauté extrême, - celle d'un chant composé de lumière, d'harmonie, de justesse et d'amour souverains, et mémoire d'une violence démesurée, - celle d'un chant déchiqueté, éclaté en cris fous, en lambeaux de ténèbres, délabré en sanglots rouge sang, frappé de haine et de démence. 
C'est pourquoi nul ne peut s'aventurer sans risque ni souffrance dans les pas du maître de la lyre dont la clarté est cernée de pénombre et l'harmonie hantée de discordances.”
Corot - Orphée et Eurydice (détail)

La Pleurante des rues de Prague

Voilà un récit qui « fait saillie » dans l'ensemble de la production fictionnelle de Sylvie Germain. En effet, au travers du personnage de la La Pleurante des rues de PraguePleurante, la romancière a créé une sorte « d'hyper personnage » (I. Dotan) de la douleur. Le récit, encadré par un prologue et un épilogue se compose de douze chapitres ou « apparitions ». Chaque chapitre est précédé d'une épigraphe, « éveilleur de conscience » (S. Germain) qui engendre la narration qui suit.
   Géante claudicante vêtue de hardes, la Pleurante, surgie des tréfonds de la ville de Prague, offre, à chacune ses apparitions une vision de la douleur qu'elle incarne. Faite « de larmes, rien que le larmes », elle roule son grand corps dont émane une douceur  et une tendresse infinies. Elle apparaît sans couleurs, sous la forme de bruissement, d'une silhouette, d'un silence qui invite le narrateur à l'écriture. « Eveilleuse d'écriture » (I. Dotan), elle engendre le récit qui se structure autour de ses douze apparitions qui, au travers des thèmes et motifs propres à chacune d'entre elles, proposent une variation sur les visages de la douleur.

« Elle est entrée dans le livre. (…) Elle est entrée soudain. Mais cela faisait des années déjà qu'elle rôdait autour du livre. Elle frôlait le livre (…), elle en feuilletait les pages non écrites et certains jours, même, elle a fait bruire imperceptiblement ces pages blanches en attente de mots. »
La Pleurant par le théâtre des trois coups
Cette variation se structure autour de deux pôles, le visible et l'invisible, le réel et l'imaginaire. Le passage de l'un à l'autre rythme le récit et s'incarne dans la claudication de la géante.
J'aime beaucoup ce récit de Sylvie Germain qui se module sur le thème de la Douleur excessive. Tout d'abord pour la beauté de la langue mais aussi parce que, une fois de plus, l'écrivaine donne à penser tout autant qu'elle invite à contempler. Un récit court et dense que je vous invite à découvrir, en attendant les prochaines publications de la romancière (ce sera pour fin novembre, deux essais).

Sylvie Germain, entretien avec Xavier Houssin

Vous trouverez ci-dessous le lien pour écouter l'entretien de Sylvie Germain avec Xavier Houssin, critique littéraire au Monde et à France Culture. Entretien réalisé en juin 2010, dans le cadre de l'émission Ecrire, écrire, pourquoi ?
 ”Tout reste à dire, tout reste à faire. A récrire. Ou peut-être, plutôt, tout reste à lire (…)” Sylvie Germain, La Pleurante des rues de Prague 


Hors champ de Sylvie Germain

Tout commence un DIMANCHE. Aurélien se réveille un matin bizarrement noué, “une sensation de poids sur le plexus”. Au lever ce jour là, il repère “une grosse cloque jaunâtre au plafond de la cuisine”. La journée continue avec la perte de toutes les données qui se trouvaient dans son ordinateur. LUNDI, alors qu'il sort de chez lui, Aurélien se heurte aux passants qui semblent ne pas le voir. A partir de ce jour, tout se passe comme s'il devenait de plus en plus transparent aux yeux des autres. MARDI… même Clotilde, sa compagne, paraît ne plus le voir, et sa mère semble à peine reconnaître sa voix au téléphone. Jusqu'au SAMEDI ou….
Hors champ de Sylvie Germain
Hors champ brosse la chronique d’un effacement puis d'une disparition. « Il se regarde dans le miroir mural, de face, de profil, il ne détecte rien d’anormal, son visage, sa stature sont intacts. Juste, peut-être, une légère impression d’estompage de sa silhouette, de ses traits ? Cela doit être dû à l’état nauséeux dans lequel il flotte encore. ». Cette silhouette à la frontière de l'évaporation, on la trouvait déjà dans Tobie des marais en la personne de Théodore. La perte est au centre de l’œuvre de Sylvie Germain et depuis L’inaperçu, le thème de la disparition devient plus prégnant. Il se double ici d'une méditation sur les moyens de communication modernes et sur l'importance de l'attention que l'on accorde (ou pas…) aux autres. Même si j’ai préféré la flamboyance de l’univers des premiers romans de Sylvie Germain, Hors champ reste un livre à lire. Tout d'abord parce qu'il poursuit une œuvre qui trame une réflexion éthique d’une rare exigence, ensuite parce que l'écriture reste fidèle à elle-même, à la fois simple et poétique, souvent « à fleur de songe ».
Citation :
Les romans ont, très concrètement, et puissamment, “leur mot à dire” dans la réalité, quand, de celle-ci, ils savent écouter au plus près les pulsations du coeur.” p. 25

Tobie des marais de Sylvie Germain

Ce dixième roman de Sylvie Germain est un récit librement inspiré du célèbre Livre de Tobie, livre Tobie des marais de Sylvie Germaindeutérocanonique de la Bible chrétienne. Toutefois, si le roman reste fidèle à la trame du récit d'origine, il dépasse le simple exercice de réécriture en développant un univers qui lui est propre et qui s'ancre dans le monde contemporain.

L'histoire :
“Une petite boule couleur de bouton-d'or, montée sur roue - comme si le soleil avait été précipité sur la terre par la violence de l'orage et brutalement réduit au cours de sa chute à la dimension dérisoire d'une citrouille jaune vif -, roulait à toute allure sur cette route de campagne.” Cette petite boule jaune, “soleil miniature”, c'est Tobie. L'enfant vient de perdre sa mère, victime d'un accident de cheval. Elle a perdu la tête, au sens propre, et cette tête n'a pas été retrouvée. Tobie sera donc élevé par sa grand-mère, Déborah, “née avant le siècle dans un village de la Galicie polonaise”. Le roman déroule l'histoire familiale de Déborah, née des décombres de la Seconde Guerre Mondiale, ainsi que la quête qui va devenir cette de Tobie. En effet, alors qu'il est devenu adulte, son père lui demande d'aller récupérer pour lui une somme d'argent, prêté à un peintre, Ragouël. Tobie sera accompagné dans son voyage par Raphaël, un homme étrange, sorti de nulle part (un ange dans Le Livre de Tobie).

Le Caravage
Le Carvage, L'Amour vainqueur

Mon avis :
Voilà un roman de Sylvie Germain riche en merveilleux, qui renoue avec la “saga familiale”. De plus, la romancière excelle à tramer des histoires issues du fond mythique de l'humanité. Elle brode ici savamment un texte dans lequel on se laisse complètement emporter, à la fois par l'histoire de Déborah mais également par les “interludes” merveilleux, qui restent toutefois en arrière plan. Un très bon cru de la romancière… Le chapitre intitulé “L'atelier du peintre” vaut à lui seul la lecture du roman, je vous en propose donc un extrait. “Mais depuis que sa fille est devenue la proie d'une malédiction que ni lui ne personne ne s'explique, son regard s'est transformé, il s'est durci, et comme halluciné. Il n'a nullement renié son premier maître, Caravage, mais son attention se concentre dorénavant sur certaines de ses oeuvres, - toutes celles représentant un cri. Car il sent, Ragouël, qu'un cri immense et fou habite Sarra, couve et mugit en elle sans oser éclater, avouer sa révolte, sa colère. Sarra est innocent, et néanmoins par sept fois elle a donné la mort à de tout jeunes hommes. (…) Ragouël cherche à traduire ce cri de désespoirprisonnier en Sarra, il veut l'expulser hors de son corps grâce à la magie de la peinture (…).”
Bacon - Pape hurlant
Francis Bacon,
Étude d'après le portrait du pape Innocent X peint par Velasquez, 1953

samedi 19 mars 2011

Ateliers de lumière de Sylvie Germain

Ateliers de lumière comporte trois essais. Après une Ouverture rédigée pour cette Ateliers de lumièreréédition suit un premier texte sur Piero della Francesca titré Nocturne et accompagné de trois tableaux du peintre, ainsi que de L’annonciation aux bergers de Taddeo Gaddi. L’essai sur « Vermeer le lumineux » (S. Germain), commande de l’éditrice C. Flohic, arrive en deuxième position. Il s’inspire de onze toiles du peintre, dont dix seulement sont proposées à la vue du lecteur. Enfin, le troisième texte chemine à partir de quatre représentations de Madeleine, par Georges de La Tour. Mais l’ouvrage, dans son ensemble, propose à la fois une nouvelle analyse de ces œuvres picturales, une douce rêverie liée à la contemplation de ces dix-neuf toiles, et une réflexion sur l’objet d’art.
   Après une première lecture, force est de constater l’importance de la relation d’inclusion des deux « substances » présentes, texte et image. Littérature et peinture cohabitent, in praesentia, puisque les textes verbalisent à partir de toiles effectivement présentes (sauf La Jeune Fille endormie). L’image, ici, ne se réduit donc pas à un simple ornement, ou à une fonction illustrative, puisque le texte lui est subordonné. Les deux matériaux se nourrissent l’un l’autre, dans une relation d’interdépendance que le lecteur perçoit rapidement, puisqu’il se trouve obligé, s’il souhaite profiter pleinement de sa lecture, d’aller du texte à l’image, et de l’image au texte.
 
Le songe de Constantin L'annonciation aux bergers
Le texte propose aussi une série de correspondances picturales qui permettent de naviguer de tableaux en tableaux, à la fois « à vue », et accompagné. S’ajoute donc au récit une série d’images qui s’éclairent les unes par rapport aux autres, dans une sorte d’accumulation qui attise les perceptions sensitives du lecteur. Car ces associations picturales se trouvent elles-mêmes renforcées par l'écrit, par le biais des comparaisons ou des verbes d’évocation. Le lecteur oscille en permanence entre références picturales et littéraires. Et Sylvie Germain nous invite ainsi à sonder le « mystère de cette haute nuit » qui voit naître le songe de Constantin. Voilà un beau voyage en perspective pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore ce petit bijou.

Jours de colère de Sylvie Germain

Dans ce troisième roman de Sylvie Germain, publié en 1989 et prix Fémina de la même année, la colère tient une place centrale. Après la vaste fresque familiale de 700 pages regroupant Le Livre des Nuits et Nuit-d'Ambre, l'écrivaine propose ici une variation sur l'envie et le désir de vengeance. Dans un hameau morvandais, Le Leu aux Chênes, deux hommes couvent leur folie. Ce hameau n'avait pas de limites, il était ouvert à tous les vents, tous les orages, toutes les neiges et les pluies. A toutes les passions.
Village morvandais
“Chez Ambroise Mauperthuis la folie était entrée en coup de vent, avait grimpé par bonds puis s'était cabrée en une pose toute arquée de violence. (…) Chez Edmée Verselay la folie au contraire s'était insinuée à tous petits pas, avait coulé en légers ruissellements pour à la fin faire la pause en douceur. La folie douce, comme une trouée de bleu tendre dans un coin de ciel qu'aucune nuit ne pourrait recouvrir et éteindre. Une folie qui lui avait poussé au cœur aussi, à cause d'une femme.”
La femme au perroquet - Courbet
Cette femme, c'est Catherine. Catherine Corvol, femme sensuelle aux yeux de vouivre, assassinée par son mari. Ambroise Mauperthuis assiste au crime et décide de faire payer le meurtrier. Empli de colère et du sentiment d'avoir été privé de l'image même de la beauté, il met en place une vengeance machiavélique. “Il avait rencontré la beauté, - elle avait le goût de la colère. Et ce goût de la colère depuis lors hantait sa vie.” C'est par l'intermédiaire de Camille, la fille de Catherine, que la vengeance parviendra à son apogée.
La colère d'Achille
Voilà un roman de Sylvie Germain plein de bruit et de fureur. On y retrouve le chant de la nature avec les forêts du Morvan où vivent bûcherons, flotteurs de bois et bouviers. On y retrouve les personnages en excès comme la magnifique Reinette-la-grasse, occupée par une faim insatiable. On y découvre les ravages de la passion-possession amoureuse. Le sujet ne date pas d'aujourd'hui mais la prose poétique de la romancière compose ici une nouvelle variation que j'écoute pour la deuxième fois, sans lassitude aucune…

Couleurs de l'invisible de Sylvie Germain

Voilà un ouvrage peu connu de Sylvie Germain, série de neuf “poèmes-nouvelles” illustrés par Couleurs de l'InvisibleRachid Koraïchi. Chaque nouvelle développe une histoire qui se tisse à partir d'une couleur. Ici, la prose se fait inspirée, à la frontière de “l'effusion poétique”. L'auteure du Livre des Nuits et de Magnus nous livre ici une série de songes liés à sa quête métaphysique. 

“Des vents parfois se lèvent,
montés de l'extrême orient de notre être. 
Ils feulent dans les broussailles de notre coeur,
dans les gouffres parfois zigzaguant à fleur de nos pensées.” p. 11

Ma préférence va au vert, à la belle histoire des dieux nomades porteurs de songes.
Voilà un livre qui se lit et se relit, chaque nouvelle lecture étant l'occasion d'y découvrir de nouvelles saveurs. Dommage que l'ouvrage soit assez difficile à trouver. Tout d'abord parce qu'il s'agit d'un éditeur peu connu et ensuite parce que la poésie, en France, se vend peu et mal…
     “Timbre du souffle    tessiture des soupirs
     bruissement d'un tissu et de l'air que l'on
froisse
     bruit de pas cheminant    piétinant doucement sur un
seuil
     bris d'un rire    d'une toux
     sourd tambour du coeur    grésillement
d'une flamme

                                - tout est langage -

Tout est exercice de lecture” p. 56
Page Couleurs de l'Invisible                  Page Couleurs de l'Invisible

Nuit d'Ambre de Sylvie Germain

Nuit d'Ambre

   Ce roman fait suite au Livre des Nuits et forme avec lui un ensemble de 700 pages qui retrace la saga de la famille Péniel. Deuxième roman de l'écrivaine, il forme avec le précédent le socle de l'œuvre à venir, et l'on y (re)trouve déjà tous les thèmes chers à la romancière. Tout commence par un cri, celui que pousse la mère de Nuit-d'Ambre et qui, “un soir de septembre, s'empara de son enfance, ne le quitta jamais plus, traversant sa vie d'âge en âge, - et proclamant son nom au futur de l'histoire.”De la “Nuit de l'eau” à “l'Autre Nuit” qui clôt le diptyque, il sera question des racines et des échos de ce cri. Dans ce deuxième roman, nous assistons aux conséquences des drames noués dans Le Livre des Nuits. L'enfant “d'après toutes les guerres”, Charles-Victor perd son frère, né d'un amour absolu et d'un jour “de peau très nue”. Sa mère, Pauline, incapable de surmonter sa douleur, s'abîme dans la souffrance et entraîne avec elle son mari Jean-Baptiste, surnommé le “fou d'elle”. Charles-Victor , qui deviendra Nuit-d'Ambre, entre alors en détestation. Des autres, de tout, de lui.
   
Il quitte la terre familiale et se rend à Paris où il va entamer un voyage au bout du mal, jusqu'à ce qu'il livre un étrange combat, celui de la “Nuit de l'Ange”. Scènes fantastiques, intervention du merveilleux, violence aux excès baroques, encore une fois, Sylvie Germain nous emporte dans un tourbillon narratif et poétique. De son écriture aux échos multiples, elle tisse un roman à la fois grave et envoûtant. 

Le livre des Nuits de Sylvie Germain

Le Livre des Nuits


   Fresque familiale baignée de fantasmagorie, Le Livre des Nuits retrace la naissance puis l’histoire de la famille Péniel. Ce premier roman brosse le portrait de cinq générations marquées par les conflits guerriers du vingtième siècle. L'histoire commence en 1870, traverse le XXe siècle, puis se prolonge dans un deuxième livre : Nuit-d’Ambre(soit un ensemble le 700 pages). Roman de la genèse et vaste arbre généalogique, Le Livre des Nuits se déroule en six nuits elles-mêmes divisées en sept chapitres (sauf le dernier). Il s'ouvre sur un cri, celui de Nuit-d'Ambre, personnage à venir. 
   Le Livre des Nuits emporte le lecteur - pour son plus grand plaisir - dans le tourbillon romanesque de la saga familiale de Victor-Flandrin-Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup. Fresque fantasque et baroque, le récit mélange les genres : roman, conte, récits de rêve aux excès baroques. Le merveilleux, sous la forme du conte, fait éclater le cadre réaliste pour emporter le lecteur vers l'ailleurs et vers un roman ouvert “à tous les possibles” (M. Robert). Sylvie Germain compose ici à la manière extrême orientale. L'œuvre s'écrit, se tisse comme une tapisserie, sur un métier où résonnent les œuvres passées. La poésie relie thèmes et échos entre eux dans un subtile réseau de correspondances.