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samedi 27 janvier 2018

Munch de Steffen Kverneland

   Noël a du bon ! et Mlle Margotte a du goût et de bonnes idées... puisque c'est elle qui m'a offert cet album enthousiasmant. Comme vous l'indique la couverture, il s'agit d'une biographie du peintre norvégien. Oui mais en ce moment, les biographies en bulles pleuvent comme la pluie sur la Bretagne depuis deux mois me direz vous. En effet, mais celle-ci vaut le détour à plus d'un titre !
   Tout d'abord parce que le dessinateur, Steffen Kverneland a fait preuve ici d'une originalité réjouissante. Il passe pour l'un des meilleurs auteurs de BD en Norvège, ce que je veux bien croire face à la qualité de ce volume consacré à la peinture. Le début donne le ton : le dessinateur s'est mis en scène avec Lars Fiske au moment de l'élaboration du projet, ce qui lui permet de nous expliquer la genèse du volume ainsi que les choix qui ont été faits. Ainsi, en buvant des coups avec son copain, il affirme : "Si je fait une série sur Munch, mon manuscrit sera un collage de citations à la lettre". "Génialix" lui répond son acolyte un peu aviné... Et c'est bien cette démarche qui sera utilisée, pour aboutir, sept ans plus tard, à l'album.

La version norvégienne du dialogue évoqué ci-dessus
   La biographie dessinée se tisse ensuite sur un collage de citations de Munch (il tenait un journal), de ses proches comme Strindberg, ou de critiques de l'époque. Des extraits de lettres sont également intégrés au récit. Les changements de points de vue permettent donc de brosser un portrait riche, tout en donnant un véritable rythme au récit. Les 275 pages défilent, on passe d'un discours de Christian Krohg à des phrases prononcées par Strindberg. Souvent, le dessin se modifie en fonction du point de vue adopté, ce qui donne une grande richesse graphique à l'ensemble. J'ai été impressionnée d'ailleurs par le talent du dessinateur, capable d'imiter Munch comme de se rapprocher de dessins à la Beb Deum.


  Alors bien sûr, on découvre avec intérêt la vie du peintre : la fascination qu'il exerçait sur les femmes, sa longue amitié avec Strindberg, le soutien que lui apporta Ibsen, etc. Mais j'avoue que la première lecture est fortement centrée sur les dessins car on peut vraiment parler de prouesse graphique. On passe de planches en noir et blanc, sobres, où l'aquarelle vient donner une touche de douceur, à des planches où dominent le rouge et les angles, en passant par des copies du travail de Munch intégrées aux cases ou à la page.


   Mention spéciale pour l'idée de l'intégration de photos de l'auteur qui se met en scène par exemple sur l'un des lieux visités pour l'élaboration de la BD. Tous les passages qui concernent la genèse des tableaux de Munch sont passionnants. Enfin, pour résumer, c'est un vrai coup de coeur ! Et en plus, figurez-vous qu'il a réalisé une biographie dessinée d'Ibsen... qui hélas n'est pas traduite en français. Si elle est traduite un jour, elle trônera très vite dans ma bédéthèque... 

mercredi 29 mai 2013

Hoodoo darlin' de Léonie Bischoff (Casterman, 2013)


Etonnants voyageurs a du bon... Mlle Margotte a acheté des bandes dessinées et Mme Margotte peut en profiter... et vous faire découvrir quelques nouveautés colorées. Première de la série, Hoodoo darlin', coup d'essai BD de Léonie Bischoff, jeune auteure Suisse vivant aujourd'hui à Bruxelles. Premier essai réussi pour moi, ce qui tempère un avis plus critique que j'avais rédigé à l'occasion de la sortie d'une historiette, Princesse Suplex, chez Manolosanctis (billet ICI) et qui confirme les bonnes perceptions de Mlle Margotte... Cette histoire, teintée de magie et de fantastique, nous conte l'initiation d'Adèle, jeune noire vivant dans le Bayou. Siméon, maître vaudou, adore Papa Legba et essaie de freiner sa jeune élève qui, pressée et pleine d'enthousiasme, risque par ses maladresses de fâcher le monde des esprits.


Cette lecture n'est pas un coup de cœur MAIS j'ai pris grand plaisir à découvrir le dessin de Léonie Bischoff qui, je pense, a un bel avenir devant elle. Le scénario, bien pensé, emmène véritablement le lecteur dans le monde de la sorcellerie et l'on frémit avec la jeune Adèle qui va devoir affronter de bien sombres esprits, sans parler de policiers aussi véreux que racistes du sud des États-Unis. Les couleurs nous entraînent dans un monde où la frontière entre réalité et rêve s'efface pour ouvrir la porte à autre chose... Les verts et les violets dominent, ce qui ne pouvait que me plaire.

Première planche
Vous pouvez, pour en savoir plus, lire l'interview de l'auteure ICI, où elle évoque son goût pour le féérique et le vaudou, tout en expliquant que l'histoire contée ici ne s'apparente pas à cette religion haïtienne (je que j'avais pensé au premier abord). Vous pouvez aussi aller découvrir son blog, pour tout savoir sur les sources d'inspiration de ce volume prometteur !


mercredi 15 mai 2013

Toby mon ami de Grégory Panaccione (2012)



Je ne sais pas pourquoi mais parmi les dames et demoiselles (que ces messieurs veuillent bien m’excuser mais ils sont minoritaires…) qui tiennent des blogs littéraires, nombreuses sont les amies des chats. Si je comprends cet amour pour le souple félin, je préfère, et de loin, nos amis les chiens. Je voue un amour inconditionnel aux canidés… Alors vous pensez bien que lorsque je suis tombée sur cette BD (au rayon des « indépendants », à la bibli), j’ai tout de suite fondu dessus, tel Médor sur son os (vous avez le droit de trouver cette comparaison douteuse).

Cette lecture est indispensable dans deux cas :

1. Comme moi, vous aimez les chiens. Vous allez y (re)trouver toutes les habitudes de nos amis. Il est clair que l’auteur a observé avec attention cet animal. La chienne Alfio, source d’inspiration pour Toby, devait se comporter comme tous les bestiaux de sa race puisque j’avais l’impression de regarder vivre la chienne qui en ce moment même, alors que je rédige ce billet, pousse un petit roupillon dans sa panière, daignant parfois soulever une paupière si je tape un peu trop fort sur l’une des touches de mon clavier...
Tout y est : le jeu du bâton, l’air piteux lors du repas alors que le ventre est déjà rempli afin d’obtenir ENCORE quelque chose… et bien sûr, le désespoir en cas d’éloignement du maître ou de la maîtresse. Rien de bien original pensez-vous… Et c’est là que la deuxième raison intervient.


2. C’est drôle, très drôle même car cette parfaite connaissance de la bestiole permet l’humour en jouant avec ses travers. D’ailleurs, comme Toby, la BD est muette. Pas de paroles. Même le maître (un peintre qui aime finir ses œuvres durant la nuit) est un taiseux. Pas de dialogues donc, pas un seul mot. Juste les couleurs, et les gestes, sur des planches divisées la plupart du temps en six cases. Les quelques phylactères qui se trouvent dans la BD présentent des sigles ou des dessins qui imagent les pensées de Toby. Le lecteur se trouve donc immergé dans le point de vue du chien.


J’ajoute deux mentions spéciales pour ce que j’ai aimé dans cette bd : l’une pour les récits de rêve de chien (voir ci-dessus), l’autre pour les descriptions du chien au moment du repas. Monsieur Margotte n’a pu s’empêcher, après m’avoir entendu rire en tournant les pages, de s’emparer de cette bande dessinée publiée par les éditions Delcourt, collection Shampoing. Je précise qu'il a validé mon impression sur cet opus. Un bon moment de lecture donc, pour rire et à offrir !



mercredi 8 mai 2013

Le petit bleu de la côte ouest de Manchette et Tardi (Futoropolis, 2010)


 Ce billet sera court (enfin, finalement, pas vraiment…) car je pense qu’il n’est pas utile de présenter ici Tardi, devenu, de son vivant, un auteur déjà « classique ». Chacun sait qu’il a un faible pour la Grande Guerre… et pour l’adaptation de romans. Il a commis des réécritures des ouvrages de Céline et de Léo Malet, entre autres. Ici, il s’attaque à un des romans de Manchette, auteur de polars des années 70. J’ose à peine l’avouer, je n’ai jamais lu Manchette… alors, une adaptation en bande dessinée, c’était l’occasion rêvée de me frotter un peu à son écriture.
La première de couverture annonce en partie la couleur : un certain Georges Gerfaut, cadre commercial de son état, vit et s’ennuie à Paris. De temps en temps, il noie un chagrin qui s’ignore dans quelques verres de bourbon Four Roses (beurk !), le tout accompagné d’un ou deux comprimés de barbituriques. C’est donc dans un état non pas second, mais plutôt tertiaire, qu’il prend , une nuit, le volant de sa Mercedes pour rouler au hasard, hasard qui va le mener à croiser la route d’un « magnifique connard » qui va emplâtrer sa DS - ah, que de souvenirs, la DS…- autour d’un arbre qui n’en demandait pas tant.
Gerfaut, obligé d’interrompre son écoute de Two Degrees East, Three Degrees West - et dégrisé plus rapidement que prévu - conduit le chauffeur à l’hôpital local avant de retrouver sans entrain sa petite famille. Alors que le monde semble avoir retrouvé son train-train habituel, trois jours plus tard, Gerfaut est victime d’une tentative de meurtre ! Le même jour : 
« Les chars et l’aviation étaient intervenus contre six mille paysans boliviens insurgés.
Un esquimau avait été abattu comme il tentait de détourner un Boeing 747 sur la Corée-du Nord.
Un chalutier breton avait disparu avec onze hommes à bord.
Une centenaire venait d’avoir cent ans et proclamait son intention de voter à gauche.
Le gouvernement préparait un train de mesures brutales. (…)
A l’imitation d’une mode récente de la West Coast - de la côte Ouest - des Etats-Unis, un couple avait tenté de s’accoler en public sur une plage française de la Méditerranée et avait été empêché et appréhendé par la gendarmerie.
Le lecteur de cassettes diffusait du Lee Konitz avec Lennie Tristano. Il était 14 heures. »



Ici, alors que je rédige ce billet, il est 17h, je n’ai pas de radio-cassette et n’entend que les quelques voitures qui daignent emprunter la route de campagne près de laquelle je suis nichée. Les actualités ne viennent pas jusqu’ici puisque je n’ai ni télévision, ni ordinateur, ni radio… mais j’ai Tardi avec moi et je viens de passer un très très bon moment de lecture !!! Le dessin en noir et blanc illustre à merveille le ton légèrement désabusé, mais aussi souvent combatif, de Manchette. Le texte est à la fois « engagé » et ironique, distancié. Il s’amuse avec les codes du noir et l’on pense souvent aux bons vieux romans du hard-boiled américain. Ça saigne et ça jure, ça picole et ça lit des comics américains. Vous l’aurez compris, on y trouve de vilains garçons pas polis qui gueulent pour pas pleurer parce que, franchement, le monde va pas toujours comme on voudrait qu’il aille. Pour conclure, au lieu d’écouter le 20h, vaut mieux lire Manchette illustré par Tardi… ou écouter ça :



mercredi 1 mai 2013

Whaligoë de Yann et Virginie Augustin (Casterman, 2013)


Vous avez déjà envie de connaître ce qui se passe dans cette BD grâce à cette superbe couverture ? Et bien sachez que tout commence en Écosse par une nuit sans lune. Nous sommes au début du XIXe siècle, à Whaligoë, un village niché entre les collines où l'on pratique depuis des générations le combat de coqs. C'est sur l'un de ces combats que s'ouvre cette histoire, triste combat qui s'achève par la mort du pauvre "ergot de velours" lancé dans l'arène par son maître, Branwell, un jeune garçon roux. Le jour s'étant levé, c'est un décor de landes sauvages peuplées de grouses et de craighorns qui s'offre à notre regard. Deux enfants vont se lier sur un site sacré par un étrange serment. 


Douze ans plus tard, par une nuit pluvieuse cette fois-ci, une calèche arrive à vive allure dans le village. Sir Douglas Dogson, écrivain en mal d'inspiration et Lady Speranza, son ancienne muse aujourd'hui accro au laudanum, font une halte dans leur fuite de la capitale anglaise. Cet arrêt va être la source pour eux de bien des ennuis à venir...
Je ne dévoilerai rien de plus concernant l'intrigue de cette BD tant elle mérite d'être fébrilement découverte. Sachez simplement que voilà une histoire qui a tout pour plaire aux amateurs(trices) des soeurs Brontoë et des romans gothiques.. En effet, on trouve pêle-mêle : des spectres qui parcourent la lande par jour de grand vent, une sombre histoire de famille, des dandys débauchés et des références à foison à la littérature.

Le tout est servi par un dessin assez classique si l'on excepte les visages des personnages aux traits souvents accentués en fonction de leur psychologie. Ainsi, Lady Speranza, usée par les mondanités londoniennes tout autant que par le cynisme d'un certain monde littéraire, présente une figure longue aux traits acérés, comme celui de son compagnon que vous pouvez découvrir ci-dessus. 
Les couleurs servent bien l'ambiance de cette histoire et les gris viennent nous rappeler que le climat de l'Ecosse est loin de celui du bronze-culs de l'Europe (l'expression n'est pas de moi mais d'un habitant de la célèbre... Côte d'Azur...). Je n'attends plus qu'une chose : lire la suite de cette histoire qui a le mérite de se développer en seulement deux tomes, la suite ici bientôt donc, qu'on se le dise !







mercredi 24 avril 2013

Les fables de l'Humpur de Bordage et Roman


Les habitués de ce blog connaissent mon faible coupable pour les figures anthropomorphes dans les bandes dessinées. Alors bien sûr, que pensez-vous qu'il se soit passé lorsque j'ai découvert, chez mon libraire préféré, ce pauvre grogne (homme-cochon) au bord de l'eau, visiblement surveillé par l'ombre d'un vilain maître corbeau ? Surtout lorsque le scénario du volume en question est signé Pierre Bordage et que l'on a déjà lu (et adoré) le livre qui a donné naissance à cette réécriture.... Car tout a commencé en 1999, lorsque Pierre Bordage, auteur de SF très connu aujourd'hui, a publié Les fables de l'Humpur. Dans ce roman qui mélange fantasy et science-fiction, il intègre très adroitement de nombreux éléments de l'histoire médiévale (on connaît son goût prononcé pour l'histoire).


"Ainsi s'en vient le grogne, l'allure pesante, la fourche ou la faux sur l'épaule, la tête baissée sur cette terre qu'il éventre de son soc et engrosse de sa sueur, et sa peur l'ensuit comme une ombre. Un jour, un hurle errant et de mauvais aloi croise le chemin d'un grogne âgé et frappé par la maladie des os mous." (...)
Ainsi s'ouvre cette BD, sur l'un des "fabliaux de l'Humpur", monde dans lequel évoluent d'étranges animaux qui parlent et portent froc. L'histoire commence dans la communauté de Manac, paisible village où vit Véhir, un paisible grogne encore puceau. Promis à Troïa, il refuse de participer à la grande saillie durant laquelle il doit perdre son pucelage car il ne veut pas partager sa belle grogne. Il s'enfuit donc du village et va rencontrer dans la forêt le vieux Jarit, un grogne paria qui lui propose de partir découvrir le "grand centre", lieu mythique où résiderait les dieux humains... Je n'en dévoilerai pas plus sur l'intrigue que je vous laisse découvrir !


L'exercice de réécriture s'avère parfois risqué, mais ici, il faut avouer que l'aventure a engendré une vraie réussite ! Tout d'abord parce que le scénario (de Bordage, il est vrai...) respecte tout à fait l'oeuvre originale. Ainsi, on retrouve tous les éléments principaux de l'intrigue, et surtout, l'ambiance du roman. Le jeu sur les noms d'animaux ou l'ancien français. Ainsi, les hommes-cochons sont des "grognes", les hommes-loups des "hurles", les hommes-serpents des "siffles"... et ils s'expriment en utilisant des tournures empruntées à la langue de l'Ancien régime : "l'est avec icelle que tu as meurtrié les prévots dans la forêt de Manac !?"
Ensuite, le graphisme, s'il n'est pas forcément très innovant du côté des personnages, a le mérite d'être fort agréable à regarder et de convenir parfaitement à l'intrigue. Les innovations existent pourtant en terme de mise en page. Il existe de nombreuses variations dans la disposition des cases et/ou dans leur forme. De nombreuses pages proposent des jeux de surimpressions entre le fond qui propose une sorte de tableau-paysage et l'histoire qui se décline dans les cases, et vient donc animer le tableau. Tout cela dynamise la lecture, tout en la rendant stimulante.


Enfin, mention spéciale à Cyril Vincent pour son travail sur les couleurs et à Claude Guth pour les couleurs de couverture. En effet, de nombreux volumes de bandes dessinées pèchent par un travail insuffisant sur la couleur. Ici, au contraire, on est tout de suite séduit par la clarté du trait du dessin d'Olivier Roman très bien mis en valeur par les couleurs. Que dire de plus ? Une vraie réussite et un excellent moment de lecture pour moi. Ne reste plus qu'à attendre le deuxième volume...


L'avis enthousiaste de L'enjomineur (fan de Pierre Bordage, vous l'aurez compris). Un avis moins enthousiaste sur planète BD.

mercredi 24 octobre 2012

Les chasseurs de l'aube de Hausman


Hausman est un créateur que j'admire vraiment pour la qualité graphique de ses productions. J'avais déjà été totalement conquise par Le chat qui courait sur les toits, écrit en collaboration avec Rodrigue, mais ici, l'émotion fut à son comble ! Tout d'abord, il s'agit d'une bande dessinée qui se déroule pendant la période de la préhistoire... et rien que ça, c'est un sujet d'admiration car il faut oser s'y coller, en BD, le risque étant de confondre Rahan et l'homme préhistorique. Or, ici, le pari est totalement gagné ! Hausman est visiblement bien renseigné sur ce qu'a pu être la pensée de nos ancêtres, en plus de sa documentation visiblement fournie concernant leur mode de vie ou la faune de l'époque. La nature, omniprésente, imprègne non seulement l'environnement des hommes mais également toutes leurs pensées, leur façon d'être au monde. 


Je suis restée rivée, littéralement accrochée à la couverture de cette BD... jusqu'à la fin, arrivée trop vite à mon goût. Car le voyage vaut le coup et on en redemande. J'ai aimé les dessins d'Hausman, comme toujours. Les couleurs fondues, ici, se marient parfaitement à cet hiver qui survient et va affamer les hommes et les bêtes.Les orangés qu'affectionne ce dessinateur se retrouvent ici sur les toisons ou les braises de ce feu qu'entretiennent les clans. C'est un dessin qui illustre la merveille la pensée magique traduite aussi dans les textes d'une excellente facture.
Les références à La guerre du feu de Rosny Aîné s'affichent de manière explicite, et l'on a franchement envie de lire le roman en refermant cette bande dessinée....

 
Un jour la horde s'arrêta avant le crépuscule. C'était à la pointe d'un lac aux eaux vertes, sur une terre sableuse, par un temps extraordinairement sec. On voyait dans le firmament un vol de grues; des sarcelles fuyaient parmi les roseaux; au loin rugissait un lion. Les Wah allumèrent deux grands feux; Naoh, s'étant procuré des brindilles très minces et presque carbonisées, frappait ses pierres l'une contre l'autre. Il travaillait avec une passion violente. Puis des doutes le prirent; il se dit que les Wah cachaient encore un secret. Près de s'arrêter, il donna quelques coups si terribles qu'une des pierres éclata. Sa poitrine s'enfla, ses bras se raidirent; une lueur persistait sur une des brindilles. Alors, soufflant avec prudence, il fit grandir la flamme : elle dévora sa faible proie, elle saisit les autres herbes... 
Extrait de La guerre du feu de Rosny Aîné


mercredi 17 octobre 2012

La blogosphère de Bastien Vivès

Le nom de Bastien Vivès, pour moi, est associé à Paulina, l'une de mes meilleurs lectures BD de l'année écoulée (billet ICI). Lorsque je suis tombée sur les autres BD de cet auteur, proposées dans le cadre d'une opération commerciale (vous savez, du genre vous en achetez deux on vous offre un mug mais pas le thé qui va avec), le nom m'a tout d'abord arrêtée. L'opération commerciale m'a ensuite refroidie... jusqu'à ce que je tombe sur ce titre qui, en période de marathon de lecture, me semblait particulièrement correspondre à l'atmosphère du moment ! Je l'ai donc acheté, cette BD mais je n'ai pas eu de mug, le monde est injuste !....
C'est donc samedi, au cours d'un RAT mémorable, que j'ai dévoré tout cru ce volume. Et il est drôle, mais drôle... et ne croyez pas que le crumble à la poire confectionné la veille soit responsable des rires provoqués par cette lecture, non non, c'est tout simplement que Bastien Vivès tombe juste. Avec crudité, avec lucidité, il croque certaines de nos habitudes liées à la tenue, ou la lecture des blogs. Et même s'il présente uniquement le monde des blogs BD, on peut tout à fait transposer une partie des historiettes dans le monde des blogs "littéraires". Il décrit aussi très bien le "fossé" qui sépare les accros des nouvelles technologies et leurs contemporains qui évitent les réseaux sociaux que vous connaissez... 
Autant dire que j'ai passé un très bon moment de lecture détente, voilà qui tombait à pic entre quelques nouvelles de fantastique du XIXe et Enfance de Nathalie Sarraute : merci Bastien !
Et en plus j'adore la 4e de couverture !



mercredi 1 août 2012

Marie Tempête de Cothias et Wachs


   Comme je suis d'humeur aux relectures en ce moment, j'ai sorti de ma bédéthèque la série des Marie-Tempête qui, en plus, a le mérite de se placer tout naturellement dans le challenge régional de Lystig puisque l'intrigue, vous vous en doutez, se déroule dans le pays de l'Ankou. J'ai donc relu les trois premiers volumes de cette série qui en compte quatre. Je n'ai hélas pas le quatrième volume, qui est épuisé... (et après on s'étonne que j'hésite maintenant à me lancer dans l'achat de séries interminables...). L'ensemble est publié chez Glénat, dans la collection "vécu" où l'on trouve aussi l'excellente série (ouf ! celle-ci au moins est complète...) Les 7 vies de l'Epervier.


   Comme vous pouvez le découvrir sur cette première planche, l'histoire s'ouvre à Versailles, le 10 mai 1774. Nous sommes à la veille de la Révolution et dans toute la série, le peuple gronde. Le scénario rend très bien l'ambiance des prémices révolutionnaires. Une femme vient de mettre au monde un enfant, une petite fille. Le père est noble et marié. La mère décide de s'effacer face à un éventuel scandale à venir, elle a décidé d'abandonner son enfant et d'entrer au couvent. Le nouveau-né est donc confié à un des régisseurs du père, en Bretagne, où l'on trouve d'excellentes nourrices. La petite Marie, dont on va suivre les aventures, arrive chez Gaël, un homme bon et fier de son travail de métayer. Elle sera élevée avec les enfants de la maison, Yanig et Francine.
   Le premier tome de la série s'attache à nous présenter l'enfance de Marie. On découvre également la vie dans une ferme bretonne au XVIIIe siècle. J'ai apprécié les nombreux détails qui évoquent la vie quotidienne de l'époque, que cela soit au niveau des meubles de la maisonnée, de la vaisselle utilisée ou des croyances populaires en vogue à l'époque. Du côté de l'intrigue, vous pensez bien que cette situation d'enfant issue de la noblesse, puis abandonnée, va donner lieu à de nombreux rebondissements ! D'autant que la jeune fille en question va vite devenir une belle jeune femme brune qui fait tourner les têtes... et va bientôt se trouver avec deux prétendants, un noble et un filou au grand coeur. Tous les ingrédients des péripéties à venir sont en place : un enfant abandonné devenant une jolie fille, deux amoureux rivaux, des seigneurs un peu trop entreprenants et une terre de légende... En arrière plan, un contexte historique explosif qui va bientôt voir naître un monde transformé...
   Une relecture fort agréable qui ne demande qu'à se poursuivre ! Je suis entrée immédiatement dans l'histoire et j'ai lu les trois volumes très rapidement... tout en regrettant bien sûr amèrement de n'avoir pas acheté le 4e lorsqu'il est sorti ! Il ne me reste plus qu'à le trouver en bibliothèque afin de savoir enfin ce qu'il advient de Marie, qui se trouve dans une situation difficile à la fin du troisième volume. Arrrrrrgh ! la vie est parfois cruelle :-(



mercredi 18 juillet 2012

les larmes de l'assassin de Thierry Murat, librement adapté du roman de Anne-Laure Bondoux


   Cette excellente bande-dessinée (publiée en 2011) est le fruit de la rencontre entre Anne-Laure Bondoux, écrivaine de littérature jeunesse, et de Thierry Murat, rencontre joliment présentée dans l'introduction qui ouvre cet ouvrage.
   La BD présente ensuite une planche composée d'une seule case occupée par un dessin sombre, celui d'un paysage du Chili : "Ici, personne n'arrivait par hasard. Car ici, c'était le bout du monde, le sud extrême du Chili où la côte fait de la dentelle dans les eaux froides du Pacifique." Sur cette terre lointaine et hostile habitent une famille, le père, la mère et leur enfant Paolo. Seuls quelques voyageurs, ou, parfois un poète égaré, s'aventurent aussi loin de la ville. Ils sont alors hébergés dans la modeste maison du bout du monde. Mais un jour, c'est un homme étrange au passé chargé, Angel Allegria, qui fait office de voyageur. Il va assassiner les parents et rester avec l'enfant, fuyant la police qui le recherche activement. 
   Je ne vous dis rien de plus en ce qui concerne l'intrigue, car l'intérêt de cette bande-dessinée réside surtout dans l'atmosphère que Thierry Murat a réussit à distiller. Les tons de gris et d'ocre, omniprésents, rendent le dessin sombre mais aussi fascinant. Le texte, rare, laisse le lecteur se focaliser sur l'image où chaque trait fait sens. Pas de surcharge mais au contraire une simplicité qui va à l'essentiel. Sur la terre ingrate où rien ne pousse, on voit les cailloux. Sur la table où il n'y a pas grand chose à manger, on voit quelques légumes. Et dans les mains de l'assassin, en gros plan, un couteau. La sobriété prend ici une force aussi vive que l'esprit de résistance qui anime les personnage de cette terre aride.

   Non seulement cette bande dessinée est une vraie réussite du point de vue du dessin, mais en plus, l'histoire est réellement émouvante. Je n'ai pu lâcher ce livre avant d'avoir lu la dernière page. L'épilogue, que je vais bien me garder de vous dévoiler, réserve en plus une belle surprise au lecteur. Pour conclure : de la belle ouvrage, un vrai coup de coeur !


mercredi 11 juillet 2012

Le Vent dans les Saules de Michel Plessix


   C'est une session de rattrapage de Dominique qui m'a donné envie de lire enfin l'adaptation du Vent dans les Saules de Kenneth Grahame. Ce classique de la littérature jeunesse anglaise est magnifiquement illustré par Michel Plessix, et c'est vraiment avec délice que j'ai plongé dans les mésaventures bucoliques de nos amis les animaux.
   Le tome 1 s'intitule Le Bois sauvage, et tout commence au bord de l'onde. Monsieur Taupe, comme tous les ans lorsque le printemps montre le bout de sa truffe, vient de se lancer dans une grande opération de nettoyage. Mais...lorsque les papillons volètent au dessus de l'herbe fraîche, il s'avère bien difficile de renoncer à l'appel de la nature... Alors Monsieur Taupe s'installe au bord de l'eau pour rêvasser, avant de partir à la découverte de la rivière avec Monsieur Rat.


   Au fil de l'eau, Taupe et Rat vont rencontrer Loutre mais aussi Baron Crapaud, illustre habitant du "Manoir Tétard" (encore mieux que Downton Abbey !). Crapaud fume le cigare tout en ruminant d'étranges idées, toutes plus loufoques les unes que les autres, car Monsieur batracien est fantasque, beau parleur et par dessus tout, fainéant tout autant que labile.  Ainsi, il va emmener ses camarades à poils courts dans une ballade en roulotte avant de se décider à acheter une voiture...
   Cette bande dessinée m'a procuré un vrai plaisir de lecture lié à la contemplation des dessins qui sont d'une poésie se mariant parfaitement au texte de Kenneth Grahame. Michel Plessix, auteur breton de St Malo, excelle dans la représentation des animaux humanisés. Monsieur Crapaud et les autres sont d'une vivacité réjouissante, sur fond de nature omniprésente. Tout bruit dans cette bande dessinée, partout, des papillons, des mouches qui passent, des oiseaux sur un fauteuil, des coccinelles sur les arbres, sans parler des fleurs. Les planches qui correspondent aux changements de saison, magnifiques, respirent l'air vif de la campagne ensauvagée. La page 31, enneigée, m'a évoqué La Pie de Monet, avant que je lise, pour rédiger ce billet, les remerciements à Monet, Van Gogh et Klimt. 


Il ne me reste plus qu'à acheter l'intégrale... car j'ai déjà en tête de nombreuses utilisations pour mon travail...



mercredi 22 février 2012

Le cadeau de César de Goscinny et Uderzo


Ah ! grâce soit rendue aux vacances ! j'ai pu réviser mes classiques... Ce volume des aventures d'Astérix le Gaulois n'a pas pris une ride. De plus, non seulement il est drôle, mais en plus il est d'actualité car il est question de grèves, d'augmentation de salaires et de conditions de travail dans ce volume (ah bon, c'est pas d'actualité ça ?...).
Tout commence dans un cabaret situé dans un quartier mal famé de Rome. Roméomontaigus et Claudius Bouilleurdecrus fêtent la fin de leurs 20 années de service militaire. Jules César doit leur donner le lendemain leur Honesta missio (congé), avec une terre en prime. Le jour J arrivé, l'imperator va offrir à Roméomontaigus un cadeau empoisonné. Comme celui-ci est un ivrogne patenté et qu'en plus, il s'est permis lors de sa dernière beuverie, de l'insulter, il lui offre comme terre un petit village situé au nord de la Gaule... vous savez, ce drôle de village peuplé d'irréductibles Gaulois mangeurs de sangliers... L'ancien légionnaire voyage donc en direction de ses terres, mais, assoiffé en chemin, il vend "pour une bouchée de pain et quelques rasades de vin" son village à un aubergiste qui n'en demandait pas tant. Ce dernier s'empresse de vendre son auberge et part : en route pour l'Armorique ! 
Voilà le genre de lecture qui ramène aux saveurs de l'enfance, comme les bugnes bien moelleuses, saupoudrées de sucre glace, dégustées le jour de ma lecture... Ma scène préférée de ce volume : Obélix tout penaud qui tente maladroitement de faire sa cour à la belle Coriza durant une partie de "cueillette" de sangliers :-))