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jeudi 29 décembre 2016

Deux films doux dingues pour finir l'année

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        J'ai vu deux films très beaux en ce mois de décembre qui file lentement mais sûrement vers une nouvelle année... Tout d'abord, Polina, Danser sa vie de Valérie Müller et Angelin Preljocaj. Il s'agit de l'adaptation de la bande-dessinée de Bastien Vivès que j'avais chroniquée en 2012 ICI. Le bédéiste en question est également connu pour son petit opus sur la blogosphère dont j'avais également parlé ICI. La lecture de la bande-dessinée est un peu lointaine pour que je puisse évoquer la justesse de l'adaptation, et je suis allée voir le film surtout parce qu'il se déroule dans le milieu de la danse. Le film déroule la vie de la jeune Polina qui souhaite absolument devenir danseuse et intégrer la prestigieuse école du Bolchoï. On retrouve tous les "passages obligés" de ce genre de film : le professeur rude mais juste, les entraînements harassants, les moments de découragement... mais surtout, les moments de grâce. C'est pour ces derniers que je vous invite à aller voir Polina car en effet, elle "danse sa vie" et il y a des scènes de danse, hors scène, qui sont magnifiques. Des moments de beauté poétique qui donnent envie de danser jusqu'en 2017... et même après ! La belle Anastasia Shevtsova n'est pas étrangère à la douceur qui se dégage de l'ensemble et Juliette Binoche trouve ici un rôle qui lui va à merveille (mention spéciale pour elle !).

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      Pour revenir un peu à la littérature, vous pouvez aussi aller voir Paterson, le dernier film de Jim Jarmusch, véritable OVNI cinématographique. L'histoire est on ne peut plus simple : Paterson, trentenaire, vit à Paterson, dans le New Jersey. La ville, connue pour avoir hébergé de nombreux poètes, est en voix de déliquescence. Le jeune homme, chauffeur de bus, mène une existence très réglée à côté de Laura et de Marvin, chien très moche et très drôle (attention, ici, blog à chien). Tout cela pourrait sembler bien mièvre et bien morne s'il n'y avait l'écriture. Car Paterson, tous les jours, écrit des poèmes sur un carnet secret...

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Marvin
Le film se déroule sur une semaine, ce qui permet d'insister sur les instants répétitifs de la vie du jeune couple. C'est également ce qui permet de montrer que la poésie de leur vie ne réside pas dans ce qu'ils font ou ce qu'ils possèdent mais bien dans leur manière d'aborder le monde, de le percevoir. Ainsi, durant les trajets répétitifs de Paterson, celui-ci repère toujours un instant de vie, des visages, un moment fugace qui viendra nourrir son écriture.
Je suis sortie du cinéma un peu partagée concernant ce film. En effet, s'il est très réussi d'un point de vue plastique (il y a de très beaux fondus enchaînés, de magnifiques superpositions d'images), il surjoue de certains poncifs. Le chien comme "miroir" par exemple. J'ai parfois eu l'impression que Jarmusch se regardait faire du Jarmusch. Enfin, il n'en reste pas moins que je ne me suis pas ennuyée du tout. Rythme lent, éloge de l'écriture et de la fantaisie : quoi de mieux pour aller vers 2017 ?

Une critique de Paterson : "La dispute" sur France Culture ICI.

mercredi 20 avril 2016

Les Contemplations de Victor Hugo

      Rédiger un billet sur un « monument » tel que Les Contemplations, un recueil de poésie en plus, me semble bien ardu. Mais le challenge Hugo doublé de celui sur le romantisme pousse au dépassement… Je vais donc essayer de vous proposer, tout simplement, mon ressenti sur cette lecture, après vous avoir éclairé par quelques éléments du contexte qui a entouré la parution de cet ouvrage au mitan du XIXe siècle, en 1856.
  L’ouvrage est né d’un lent « processus de sédimentation » (J. Gaudon). En 1846, Hugo commençait déjà a envisager une parution, comptant les vers de nombreux textes déjà accumulés. Un titre s’imposait alors : Les Contemplations d’Olympio, nom mythique qui déjà annonçait une visée large, dépassant le discours lyrique du « je ». Mais c’est l’exil qui va véritablement donner forme à ce qui va devenir un projet, projet qui va s’incarner dans une structure.
   L’ouvrage se divise en deux masses : Autrefois-Aujourd’hui. Entre les deux, la mort de la fille adorée, Léopoldine, noyée dans la Seine le 4 septembre 1843. Six livres qui, de l’Aurore à Au bord de l’infini, disent la douleur de la perte de l’enfant, symbolisée par trois petits points dans le quatrième intitulé Pauca Meae. Hugo dira, concernant ce recueil, qu’il s’agit d’une « grande pyramide », tombeau de la fille morte, mais aussi de ce narrateur qui parle du fond du gouffre universel et converse avec les spectres.


L’homme en songeant descend au gouffre universel.
J’errais près du dolmen qui domine Rozel,
A l’endroit où le cap se prolonge en presqu’île.
Le spectre m’attendait ; l’être sombre et tranquille
Me prit par les cheveux dans sa main qui grandit,
M’emporta sur le haut du rocher, et me dit :
                                    *
Sache que  tout connaît sa loi, son but, sa route ; (…)
Tout parle ; l’air qui passe et l’alcyon qui vogue,
Le brin d’herbe, la fleur, le germe, l’élément.
T’imaginais-tu donc l’univers autrement ?
VI, Au bord de l’infini, « Ce que dit la bouche d’ombre »


   Mais si l’ensemble construit un monument destiné à Léopoldine, il propose également une réflexion sur le rôle du poète considéré ici comme « mage » pourvoyeur d’une parole sacrée en direction des vivants. En parallèle s’ébauche une doctrine sur la poésie et ses moyens où l’on retrouve les vers souvent cités comme le fameux : « J’ai disloqué ce grand niais d’alexandrin » (I, XXVI, « Quelques mots à un autre »). J’ai particulièrement goûté le passage qui concerne l’introduction des mots « d’en bas » à la poésie, voyez donc :
 
Les mots de qualité, les syllabes marquises,
Vivaient ensemble au fond de leurs grottes exquises,
Faisant la bouche en cœur et ne parlant qu’entre eux,
J’ai dit aux mots d’en bas : Manchots, boiteux, goitreux,
Redressez-vous ! planez, et mêlez-vous, sans règles,
Dans la caverne immense et farouche des aigles !
I, XXVI, « Quelques mots à un autre »


Avril 2016
   Je dois avouer que j’ai vraiment préféré la deuxième partie du recueil,  même si la première recèle des morceaux d’anthologie, avec, entre autres, des figures de pédants digne d’une comédie de Molière. J’ai été totalement emportée par le souffle noir d’Aujourd’hui qui m’a parfois fait penser à Baudelaire. Hugo souhaitera d’ailleurs, avant Spleen et idéal, inventer un vers « aussi beau que de la prose ». Comme dans les Fleurs du mal, on y retrouve ces morts échevelés à la parole prophétique, ces incantations qui nous rappellent que la vie est brève et que la charogne n’est jamais loin, ces ombres et ces mages qui font naître dans notre esprit aux abois des réminiscences de tableaux romantiques plein de ruines et d’arbres aux doigts crochus. J’ai refermé le livre méditative, en me promettant de le relire assez vite, plus lentement, afin de profiter du système d’échos qui le compose. Ces « mémoires d’une âme » parlent à tous et, des tableaux idylliques des premiers livres aux sombres visions de ce qui suit, c’est un miroir que le poète tend au lecteur.


Cet homme, dans quelque ruine,
Avec la ronce et le lézard,
Vit sous la brume et la bruine,
Fruit tombé de l’arbre hasard ! (…)
                       
Il est l’être crépusculaire.
On a peur de l’apercevoir ;
Pâtre tant que le jour l’éclaire,
Fantôme dès que vient le soir.
III, Les Luttes et les rêves, XXX, « Magnitudo Parvi »

http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2014/11/challenge-victor-hugo_5.html

Et pour conclure, je ne peux que vous parler de la réception de l’ouvrage, qui nous montre combien nous avons changé de société. En effet, le succès du livre fut « foudroyant » et le premier jour vit 2 000 exemplaires se vendre sur les 3 000 du premier tirage. Imagine-t-on aujourd’hui un phénomène de ce type pour un livre de poésie ? Les ventes se stabilisèrent ensuite, à l’inverse de la critique qui resta très virulente contre le recueil, et particulièrement contre la deuxième partie de l’ouvrage.

http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2013/12/challenge-romantique-quatrieme-bilan.html

samedi 10 janvier 2015

Relligio de Victor Hugo


Relligio

L'ombre venait ; le soir tombait, calme et terrible.
Hermann me dit : - Quelle est ta foi, quelle est ta bible ?
Parle. Es-tu ton propre géant ?
Si tes vers ne sont pas de vains flocons d'écume,
Si ta strophe n'est pas un tison noir qui fume
Sur la tas de cendre Néant,

Si tu n'es pas une âme en l'abîme engloutie,
Quel est donc ton ciboire et ton eucharistie ?
Quelle est donc la source où tu bois ? -
Je me taisais ; il dit : - Songeur qui civilises,
Pourquoi ne vas-tu pas prier dans les églises ? -
Nous marchions tous deux dans les bois.

Et je lui dis : - Je prie. - Hermann dit : - Dans quel temple ?
Quel est le célébrant que ton âme contemple,
Et l'autel qu'elle réfléchit ?
Devant quel confesseur la fais-tu comparaître ?
- L'église, c'est l'azur, lui dis-je ; et quant au prêtre... -
En ce moment le ciel blanchit.

La lune à l'horizon montait, hostie énorme ;
tout avait le frisson, le pin, le cèdre et l'orme,
Le loup, et l'aigle, et l'alcyon ;
Lui montrant l'astre d'or sur la terre obscurcie,
Je lui dis : - Courbe-toi. Dieu lui-même officie,
Et voici l'élévation.

Victor Hugo, Les Contemplations

http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2014/11/challenge-victor-hugo_5.html
Valable aussi pour le challenge romantique !
Dans le cadre du challenge Victor Hugo, je devais aujourd'hui publier mon poème préféré. L'actualité m'en a empêché. Je vous propose donc celui qui s'est imposé à la place.
Les poésies d'Asphodèle, Claudialucia, Valentyne, Moglug, Miriam, Aaziliz et Aifelle.

dimanche 4 janvier 2015

Le projet 52 (1) - Ici

Pour entrer dans l'année 2015, je me lance dans la participation au "projet 52" initié par 'Ma. Elle nous invite à publier chaque semaine une photographie en lien avec un thème proposé à l'avance. Cette première semaine était consacrée à l'"ici". Je vous propose donc l'ici nuageux, le ciel vu de chez moi qui m'évoque Baudelaire...


Ciel brouillé

On dirait ton regard d'une vapeur couvert ;
Ton œil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés, 
Qui font se fondre en pleurs les cœurs ensorcelés,
Quand, agités d'un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu'allument les soleils des brumeuses saisons...
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé !

O femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l'implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?

Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal

samedi 19 octobre 2013

Lectures de vacances # 6 - Correspondances de Valence Rouzaud

   Je commence enfin à rédiger un billet qui attend depuis longtemps, trop longtemps, car je l'ai lu durant l'été, ce très beau livre de Valence Rouzaud. Mais il fait partie de ces ouvrages dont, finalement, on a du mal à parler car la lecture fut un moment trop personnel. L'auteur ici nous parle de littérature... et il est plus difficile de parler "littérature" que de parler de livres passe-partout qu'on lit aussi vite qu'on les oublie. Vous l'avez compris, cet ouvrage n'entre pas dans cette dernière catégorie.
   En voici l'ouverture : "Tourné vers demain, le poète s'il ne veut pas se perdre préfère encore la canne blanche au Bottin mondain." Le ton est donné. Après une préface de Louis Delorme, cinquante-huit lettres viennent nous rappeler que le mot poésie peut encore avoir un sens. Loin des salons, Valence Rouzaud aiguise son regard et sa plume qu'il a plongée dans son "usine à rêves au fond des bois".
   Il surplombe ce recueil, le rêve, avec ses images folles et ses soubresauts fantasques : "De mon imaginaire j'ai fait mon bureau, où à coup sûr s'écrivent mes rêves." Et avec les rêves, l'enfance, période où les compromis avec le réel ne sont pas encore fatals : "Je préfère m'évader en retrouvant l'enfance, cette mécanique à part, alliage d'une réalité de poche et d'un merveilleux nuage."
   Les compromis avec les cercles littéraires, il n'en veut pas Valence, car il a bien compris que la poésie est ailleurs. Asphodèle, dans le beau billet qu'elle a rédigé à propos de ce livre, le compare à Léo Ferré. J'ai également pensé à lui en lisant ce recueil. Mais il me semble que la démarche est ici plus radicale, peut-être plus franche... et plus risquée... 
   J'ai souvent été émue en lisant ces lettres, comme on peut l'être à l'adolescence, en découvrant un auteur qui trouve les mots pour exprimer ce que l'on ressent sans trop le savoir. Nous savons pourtant très bien ce qu'exprime Valence, nous ne le savons même que trop bien. Et lorsque nous lisons un ouvrage comme celui-ci, on se souvient. On se souvient soudain quel pouvoir peut avoir la lecture d'un "classique". On se souvient de la claque ressentie à la lecture de tel ouvrage du XIXe qui nous hante encore au plus profond de nos nuits, à coups d'ailes d'albatros. On se souvient que la lecture peut être aussi grisante que la conduite "sans ceinture", à fond la caisse. On se souvient du poids des compromis, et l'on se prend à rêver aussi.
   Il existe, dans les programmes de littérature du secondaire, une catégorie "littérature engagée" qui me laisse souvent dubitative. L'engagement supporte peu les étiquettes, encore moins les manuels scolaires... voilà pourtant un ouvrage qui pourrait y trouver une place bien méritée ! Je lirai, cette année, l'une de ces lettres en classe. Cette magnifique lettre où l'auteur, s'adressant à son fils, lui rappelle "qu'oser une écriture de haut vol brassant la réalité physique jusqu'au champ de l'invisible, la chose n'est pas aisée - qui connaît le travail sur les mots a connu la chaise du marin, lorsqu'on est armé que d'un CAP de chaudronnier."

PS : merci aux éditions Thierry Sajat pour l'envoi de ce livre et merci à l'auteur pour sa dédicace.
  
Les avis de Mélusine et d' Asphodèle

samedi 13 avril 2013

L'homme joie de Christian Bobin


Certains aiment les romans fleuves, intarissables flots de remous et de vagues immenses, d'autres goûtent les récits plus courts, à la fois denses et concis. J'apprécie plutôt les ouvrages qui se rangent dans la deuxième catégorie, Chrisitian Bobin a donc tout pour me plaire... Et dans ce nouvel opus, il ne déroge pas à ses habitudes : il fait court (180 pages) et fragmentaire, à l'image d'un Quignard, l'Histoire en moins.
La quatrième de couverture nous annonce, d'une écriture bleue manuscrite : "J'ai rêvé d'un livre qu'on ouvrirait comme on pousse la grille d'un jardin abandonné."
Au milieu de ce jardin trône Le carnet bleu, huit pages manuscrites envoyées à la "plus que vive" en 1980 (sa femme, Ghislaine, morte prématurément d'une rupture d'anévrysme à 44 ans...). Autour de ce carnet, comme des herbes folles, seize chapitres au goût de fleurs et de vent : L'homme joie, Le laurier rose, Trésors vivants... Ils disent la vie, la mort, la maladie et la joie d'être vivant, coûte que coûte.
Partout dans ce jardin, des livres, éternels compagnons d'infortune :
"Je n'aime que les livres dont les pages sont imbibées de ciel bleu - de ce bleu qui a fait l'épreuve de la mort. Si mes phrases sourient c'est parce qu'elles sortent du noir. J'ai passé ma vie à lutter contre contre la persuasive mélancolie. Mon sourire me coûte une fortune. Le bleu du ciel, c'est comme si une pièce d'or tombait de votre poche et qu'en l'écrivant je vous la rendais."
Partout dans ce jardin, des livres, éternels camarades des moments de délice :
" Mon idéal de vie c'est un livre et mon idéal de livre c'est une eau glacée comme celle qui sortait de la gueule d'un lion d'une fontaine sur une route du Jura, un été."
Alors bien sûr, j'ai été conquise, et joyeuse, et j'ai lu comme on pioche dans un panier de cerises, les yeux brillants, jupe et cheveux au vent ! 

 

mercredi 18 avril 2012

Monstro-poème


Monstres

Il y a des monstres qui sont très bons
Qui s'assoient contre vous les yeux clos de tendresse
Et sur votre poignet
Posent leurs pattes de velours

Un soir
Où tout sera pourpre dans l'univers
Où les roches reprendront leur trajectoire de folles

Ils se réveilleront.

Eugène Guillevic, Terraqué (1942).


vendredi 10 juin 2011

Le pagivore

Il eu soudain grand faim de livres,
En avala cent trente-trois

Dont un traité de savoir-vivre, 
Mi à l'envers, mi à l'endroit.

Il épargna la poésie,
Dévora l'encyclopédie

Et juste à l'heure du dessert,
Mi à l'endroit, mi à l'envers,

Croqua la bibliothécaire.