Avis à tous les aficionados de Mo
Hayder ! La voilà qui nous revient en grande forme… avec, en prime, la
suite des aventures de Flea la plongeuse et du commissaire adjoint Caffery dont
les histoires sont maintenant conjointes (pour ceux qui n’ont pas suivi, ce
n’est pas grave, vous saurez tout en lisant cet opus…).
Il est vrai que j’étais vaincue
d’avance en achetant ce dernier livre que j’attendais avec impatience depuis
cet été, mais, sans mentir, voilà deux excellentes raisons de vous lancer dans
cette lecture.
1. Au moment où la santé mentale devient le parent pauvre de la
médecine en Europe, voilà un ouvrage qui se déroule en grande partie dans un
hôpital psychiatrique. Voilà déjà de quoi faire frémir le lecteur lambda
qui travaille avec des gens dits sains d’esprit dans un bureau, mais en plus,
il s’agit d’un hôpital de haute sécurité (comme Cadillac, entre autres, en
France). Dans ce lieu sont confinés sous haute surveillance des malades tous
plus dangereux les uns que les autres. L’ambiance n’est déjà pas à la Petite
maison dans la prairie lorsque un délire collectif s’empare de la maisonnée…
Les patients, et bientôt certains membres du personnel, ont l’impression de
voir un fantôme surnommé « La Maude », spectre d’une ancienne
infirmière naine, morte depuis fort longtemps, mais qui viendrait encore hanter
les lieux… L’affaire va prendre des proportions inattendues lorsque des
patients vont commencer à mourir de manière étrange…
Mo Hayder a visiblement effectué
un travail de documentation avant de se lancer dans l’écriture de ce roman. Non
seulement elle brosse très bien l’univers de la maladie mentale, mais en plus,
elle décrit avec justesse les ravages produits par les politiques de
redéploiements des moyens (ce qui, en langue de bois administrative, signifie :
de restriction budgétaire…). Un polar intelligent qui met le doigt sur une
véritable problématique sociale, voilà déjà une bonne raison pour s’arrêter
chez son libraire.
2. Vous suivez les aventures
de Fléa et de Caffery depuis leurs débuts : là, point besoin de s’étendre,
sachez simplement que vous ne serez pas déçu(e)s ! Dans ce 9e
roman, vous saurez ce qu’il advient du cadavre caché par Fléa à cause de son
lâche de frère. Vous saurez également ce que Caffery va faire de ce qu’il sait
de cette affaire. Et vous aurez de quoi attendre le 10e roman avec
autant d’impatience que celui-ci… Pour ceux qui soupirent parce qu’ils ne
connaissent absolument pas ces deux héros récurrents, sachez que cela n’empêche
pas du tout de suivre l’intrigue et que les rappels qui émaillent le roman
permettent facilement de se rafraîchir la mémoire ou de suivre tout simplement
le déroulement d’une enquête haletante de bout en bout. Un seul regret pour
moi : l’absence du marcheur, l’un de mes personnages préférés. Il est cité
mais n’apparaît pas, hélas…
Pour conclure, un excellent polar à l’ambiance automnale, ce qui s’avère
plutôt de saison ! A lire en période d’Halloween, auprès d’un bon feu, en
veillant à avoir fermé toutes les portes et fenêtres…
| Mo Hayder |
L’incipit du roman
Invisible
Mère Monstre est assise
sur le lit quand le triangle de lumière vacille sous la porte. Il bouge, file
vers le côté en dansant, puis s’immobilise. Elle le regarde fixement, le cœur
battant. Quelque chose est là, dehors, qui attend.
En silence, Mère Monstre
descend du lit et gagne furtivement le coin le plus éloigné de la pièce – le
plus loin possible de la porte. Elle se recroqueville dans l’angle formé par
les murs, tremblante, les yeux larmoyants de peur. Par la fenêtre située
derrière elle, des lampes de sécurité projettent sur le sol des ombres d’arbres
qui s’agitent et se courbent, semblables à des doigts qui grattent la pièce,
trouvent l’ombre sous la porte. Elle parcourt la chambre du regard – les murs,
le lit, l’armoire. Inspecte chaque recoin, la moindre fissure dans le plâtre.
N’importe quel endroit où la Maude pourrait se glisser. Mère Monstre en sait
plus sur la Maude que n’importe qui ici. Pourtant, elle ne révélera jamais ce
qu’elle sait. Elle a trop peur.


