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lundi 26 février 2018

Bénédict de Cécile Ladjali


   La découverte d'un livre, parfois, s'entoure de hasard, voire de mystère. Pour Bénédict de Cécile Ladjali, il y eut tout d'abord l'écoute d'une émission de France Culture, ICI. Sa lecture d'un extrait de son roman où il est question de la manière d'enseigner m'a décidée à l'acheter. Car Bénédict, personnage éponyme du roman, est professeur de littérature comparée. Il travaille en France mais également en Iran. Alors bien sûr, lorsqu'on connaît un peu Cécile Ladjali, on pense à sa propre histoire puisque, enfant adoptée en Iran, elle enseigne elle-même à l'université et retourne régulièrement dans le pays qui l'a vue venir au monde.
   Mais plus qu'un professeur, Bénédict est également un mentor. Adulé par ses édudiant(e)s, la manière dont il se donne corps et âme à son métier fascine les jeunes et gêne les rigoristes à Téhéran. Car Maître Laudes, tout en faisant partager son goût pour la littérature, refuse de laisser le monde se réduire à ce qui semble aller de soi. Son enseignement singulier s'inspire tout autant de la pensée soufie que des souffles puissants de l'Apocalypse. Il peut scander de la poésie occidentale comme des vers perses. Son amour des mots dépasse les frontières, les religions et même les frontières liées au genre.
   Et de genre il sera bien question puisque Bénédict joue sur son aspect androgyne, refusant une identité qui l'assigne à résidence, refusant le sort des femmes qui est imposé par le régime des mollahs en Iran. 
   Je ne veux pas en dire plus afin de ne surtout pas dévoiler ce qui fait tout le charme de ce roman, et son mystère. Car mystère il y a. C'est un livre qui invite à se défaire des pensées toutes faites. On plonge dedans comme on pourrait aller s'enivrer de silence dans un cloître. Tout y résonne. Le début s'ouvre d'ailleurs sur un "chemin de croix qui relie la chapelle des Vernettes à l'oratoire pour boire à la source miraculeuse".
   Composé d'une suite de chapitres, courts, il peut se lire en faisant des pauses. Elles sont bienvenues dans la partie qui se déroule en Iran où le sort fait aux femmes étouffe rien qu'à la lecture... J'avais besoin d'air pour continuer à arpenter les rues de Téhéran aux côtés du personnage principal... Enfin, pour conclure, c'est un vrai coup de cœur ! Le genre de livre que l'on oublie pas. Qui prend sa place tout seul, auquel on repense car il est riche, dense, tissé de références sans être lourd. Quel régal ! A rédiger ce billet, j'ai déjà envie de le relire...